mercredi 28 octobre 2020
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Justice (Photo Matthieu GUYOT/Essor)
(Photo/MG/Essor).

Mayotte : des avocats dénoncent des “pressions” dans un dossier impliquant des gendarmes

Quatre avocats de Mayotte, défendant la victime et les suspects comoriens dans une affaire de trafic de drogue qui défraie la chronique sur l’île, ont dénoncé conjointement mardi “pressions” et “instrumentalisation” de la justice par des gendarmes de métropole mis en examen dans le dossier.

L'”affaire Roukia” porte le nom d’une jeune fille décédée début 2011 d’une overdose avec de la drogue qui aurait été introduite par des forces de l’ordre à Mayotte. L’enquête, instruite par le juge Hakim Karki, a connu de nombreux rebondissements, notamment avec la mise en évidence que la drogue provenait d’un stock que des gendarmes avaient fourni à des indics comoriens en situation irrégulière. Un bras de fer s’était ensuite installé entre le procureur de la République, désireux de dépayser l’affaire à La Réunion, et le juge Karki. L’affaire est toujours instruite à Mamoudzou.

L’affaire a également suscité une vive émotion dans la population locale mahoraise, qui craint que la justice cherche à protéger les personnes mises en cause parce qu’elles sont d’origine métropolitaine. C’est dans ce contexte qu’intervient la prise de position publique de quatre avocats du barreau de Mamoudzou –ceux de la famille de Roukia et des indics comoriens– qui dénoncent des “méthodes d’un autre siècle, contraires aux promesses de la République d’égalité de tous devant la loi”.

Les quatre avocats s’inquiètent d’une requête en suspicion légitime, qui doit être instruite mercredi par la chambre criminelle de la cour de cassation à Paris, qui vise à dessaisir le juge Karki du dossier. Cette requête est présentée par les deux gendarmes et le policier qui ont été mis en examen dans cette affaire.

Pour l’étayer, “ces agents ont fait appel à des témoignages de leurs collègues en exercice au GIR (Groupe d’intervention régional): des témoignages cousus de fil blanc qui sont démentis par tous les éléments du dossier. C’est choquant d’instrumentaliser la justice pour couvrir ces agents”, a déclaré  Mansour Kamardine, avocat de la famille de la victime.

Dans leur communiqué de presse, les quatre avocats –dont la bâtonnière de Mayotte, Catherine Préaubert– s’insurgent contre les “très vives pressions” subies par “l’ensemble des acteurs” du dossier. Le juge Karki fait aussi l’objet d’une plainte pour violation du secret de l’instruction, de même que plusieurs médias locaux qui se sont fait l’écho de cette affaire, et Me Kamardine fait l’objet d’une plainte “en sorcellerie” pour subornation de témoins.

Le dossier reste à Mayotte

Le juge d’instruction Hakim Karki reste saisi de l’enquête a-t-on appris ce jeudi 21 février. A l’annonce du rejet de la requête, Me Mansour Kamardine, avocat de la famille de Roukia, s’est déclaré “très content”. “C’est un signal fort. La Cour de cassation souhaite que l’Etat de droit s’exerce aussi à Mayotte”, a-t-il dit en rappelant que “les accusations de la requête étaient graves, sans fondement et dirigées contre un juge qui ne cherche qu’à faire émerger une vérité que certains veulent cacher”.

Me Kamardine, à l’instar de ses collègues, a aussi déploré les “très vives pressions” subies par “l’ensemble des acteurs” du dossier. Ainsi, lui-même fait l’objet d’une plainte pour subornation de témoins, le juge Karki fait l’objet d’une plainte pour violation du secret de l’instruction, de même que plusieurs journalistes de médias locaux qui se sont fait l’écho de cette affaire.

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