samedi 26 septembre 2020
Accueil / L'actualité Mayotte / Mayotte : de la prison ferme dans une affaire de drogue fournie par des forces de l’ordre à leurs indics
Justice (Photo Matthieu GUYOT/Essor)
(Photo/MG/Essor).

Mayotte : de la prison ferme dans une affaire de drogue fournie par des forces de l’ordre à leurs indics

Ils avaient mis en circulation de l’héroïne avec laquelle ils payaient leurs indics: un policier et un gendarme ont été condamnés mercredi à Mayotte à de la prison ferme pour “homicide involontaire”, dans une affaire d’overdose mortelle d’une jeune Comorienne en 2011.

L’amant de la jeune femme, qui lui avait fourni la drogue, a été condamné à la plus lourde peine, 5 ans de prison ferme, par le tribunal correctionnel de Mayotte, reconnu coupable d’homicide involontaire, d’acquisition, offre ou cession et usage de produits stupéfiants en récidive, mais aussi de recel de cadavre et destruction de preuves. Absent lors du délibéré, il est sous le coup d’un mandat d’arrêt.

Tout est parti de la mort d’une jeune femme de 19 ans, Roukia, dont le corps avait été retrouvé le 15 janvier 2011 à moitié enfoui à Trévani, au nord de Mamoudzou. L’autopsie a révélé un décès par overdose d’héroïne, fait rarissime sur cette île de l’océan indien, où les drogues dures sont quasi-inexistantes.

Son amant, Mathias Belmer, chez qui Roukia est morte, avait rapidement été arrêté. Il avait reconnu lui avoir fourni la drogue, qu’il croyait être de la cocaïne. Il avait ensuite tenté d’enterrer le corps.

L’affaire avait fait grand bruit quand un indicateur de police d’origine comorienne, en situation irrégulière à Mayotte, avait révélé au juge que la drogue qui avait tué la jeune femme provenait du Groupement d’Intervention régional (GIR) de Mayotte, unité composée de policiers et de gendarmes chargée de la lutte contre l’immigration clandestine et les produits stupéfiants. Cette drogue était, selon le témoin, remise à des indicateurs en échange de leur coopération.

La révélation de ces méthodes et du fait que les forces de l’ordre avaient recours à des immigrés clandestins comme indics en échange de titres de séjour avait fait scandale. Lors du procès fin novembre, le procureur Joël Garrigue avait dénoncé une “chaîne de responsabilité” au sein du GIR.

Trafic de drogue entre Les Comores et Mayotte

Mercredi, le chef d’acquisition de produits stupéfiants n’a pas été retenu contre le policier Jérémie Bouclet, qui a toutefois été condamné à deux ans d’emprisonnement dont un ferme, notamment pour homicide involontaire, détention et complicité d’importation de stupéfiants. Il lui était notamment reproché d’avoir caché à ses supérieurs l’existence de cette drogue, issue d’un trafic entre Les Comores et Mayotte, qu’il n’avait pas mise sous scellés et pour laquelle il n’avait dressé aucun procès-verbal.

Le gendarme Daniel Papa, qui avait remis la drogue à un indic, Daniel Mohamed, a été condamné à un an d’emprisonnement, dont six mois ferme, pour homicide involontaire et acquisition, détention et complicité d’importation de stupéfiants.

Lors de l’audience, la défense des deux prévenus du GIR avait insisté sur l’absence de certitude quant à la nature de la drogue qui a tué Roukia, affirmant que rien ne prouvait qu’il s’agissait de celle qui avait transité par le GIR.

Daniel Mohamed, qui avait écoulé la drogue, a été condamné à deux ans d’emprisonnement dont un ferme, notamment pour homicide involontaire, et acquisition, détention et cession de drogues. Un complice, Said Ahamada M’zé, qui l’avait aidé à revendre l’héroïne, qui peine à trouver preneur à Mayotte, a été relaxé pour l’homicide involontaire mais condamné à un an d’emprisonnement dont six mois avec sursis, pour acquisition, détention, offre ou cession et usage de stupéfiants.

Dans cette affaire était également impliquée Frédérique Blondel, l’employeur de Mathias Belmer au moment des faits, qui l’avait aidé à se débarrasser du corps de Roukia et de ses affaires. Elle a été reconnue coupable de recel de cadavre et destruction de preuves et condamnée à quatre mois d’emprisonnement ferme couverts par la période de détention provisoire qu’elle a d’ores et déjà effectuée.

Crowdfunding campaign banner

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *