mercredi 28 octobre 2020
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Justice (Photo Matthieu GUYOT/Essor)
(Photo/MG/Essor).

Les gendarmes en question au procès de deux frères jugés pour la mort de leur beau-père

Insuffisances, mauvais conseils: le rôle des gendarmes dépêchés sur place a été au centre des débats mercredi après-midi au procès des deux frères jugés pour la mort de leur beau-père qu’ils avaient roué de coups en réponse à des violences sur leur mère.

“Si vous pouvez lui mettre une correction, tapez dans le ventre, ça ne laissera pas de traces”. Tel est ce que les deux gendarmes conseillent aux deux frères, lorsqu’à quatre, ils réfléchissent à une solution après avoir extrait la mère de son domicile pour la protéger de son concubin, affirme Jérémy, l’aîné, à la barre de la cour d’assises de l’Oise, à Beauvais.

Le jeune homme se qualifie de “papa de famille” et affiche son volontarisme pour expliquer ce qui l’a poussé avec son frère à ligoter son beau-père saoul et à le frapper à mort sur un chemin agricole situé à une cinquantaine de kilomètres du domicile de sa mère, à Orgeval (Yvelines).

En face, le démenti est catégorique. “Nous avons fait sortir Patricia de son domicile, ce n’est pas indiscutable mais ça permettait de la mettre en sécurité”, avance un gendarme prénommé David. Son collègue Yannick déclare même que les gendarmes n’étaient pas à l’origine de l’idée d’éloigner le beau-père via les deux garçons. Les gendarmes ont répété “deux voire trois fois la volonté ferme que ça se passe sans violences”.

Julien, le cadet, qui vivait depuis ses 12 ans seul avec sa mère alcoolique et encline à se choisir des concubins violents, raconte qu’il était très énervé pendant la discussion avec les forces de l’ordre, et que cela avait peut-être incité un gendarme à lâcher le néfaste conseil.

Hématome

Face à l’impasse d’une parole contre l’autre, les débats se sont ensuite concentrés sur les errements présumés des deux gendarmes. Pourquoi ont-ils sorti la mère de son propre domicile au lieu de placer le beau-père en garde à vue?

Question après question, l’avocat de Jérémy, Me Patrick Klugman, pousse David à dire qu’il avait négligé le code de procédure pénale. “Vous intervenez quelque part, savez que l’homme est défavorablement connu des services de police, constatez des hématomes et considérez que vous n’êtes pas” fondés à intervenir chez lui?, interroge Me Klugman.

“Je ne suis pas médecin, je ne peux pas savoir que l’hématome date du jour même”, réplique le gendarme. Ce soir-là, celui-ci remarque avant tout chez la mère une “haleine chargée d’alcool, sa tenue légère, un hématome”. “Je regrette que l’hématome vienne en troisième seulement”, assène l’avocat. “A posteriori, dans un bureau, c’est beaucoup plus simple de prendre la bonne décision”, se défend David.

En donnant l’autorisation aux frères de transporter le beau-père dans leur utilitaire, les gendarmes ont, selon les avocats de la défense, délégué leur autorité. “C’est une solution à un problème social qui jusque-là ne voulait être géré par aucun membre de la famille”, répond David. “On a ressenti ce soir de la part des deux frères un agacement vis-à-vis de leur mère, mais à aucun moment des tensions vis-à-vis de leur beau-père”, abonde Yannick, aujourd’hui reconverti ambulancier.

Ceux qui se trouvent sur le banc des accusés, ce sont bel et bien les frères, fait remarquer la présidente pour couper court au débat qui s’enlise. “On a le sentiment que la thèse des deux frères c’est que leur beau-père était violent et les gendarmes leur avaient dit quoi faire et qu’ils ne cherchent pas à assumer”, confiait plus tôt l’avocat des parties civiles, Me Maxime Cessieux.

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