mardi 29 septembre 2020
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Entrer en contact avec des enfants victimes ou témoins de violences intra-familiales pour éviter qu'ils ne deviennent plus tard des agresseurs: c'est l'objectif d'un partenariat unique en France mis en place par des gendarmes et des médecins en Ille-et-Vilaine. L'expérimentation, qui a démarré trois ans, a déjà permis de prendre en charge plusieurs centaines d'enfants.

Ille-et-Vilaine : médecins et gendarmes main dans la main face aux violences familiales

Entrer en contact avec des enfants victimes ou témoins de violences intra-familiales pour éviter qu’ils ne deviennent plus tard des agresseurs: c’est l’objectif d’un partenariat unique en France mis en place par des gendarmes et des médecins en Ille-et-Vilaine.

“Les études montrent que des enfants confrontés à ce type de violences risquent davantage que d’autres de développer en grandissant des dynamiques agresseur/agressé”, explique le professeur Sylvie Tordjman, chef du Pôle hospitalo-universitaire de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent (PHUPEA) à Rennes.

D’où l’idée d’intervenir en prévention en entrant en contact “en situation de crise avec ces enfants que nous ne voyons pas en temps normal”, souligne le médecin. Plusieurs centaines d’enfants ont ainsi été pris en charge depuis trois ans. Un plus pour la société, insiste le Dr Tordjman, car ces enfants vont mieux ensuite, ont une meilleure réussite scolaire, et risquent moins de sombrer dans “des pathologies de santé, voire des problèmes de délinquance”.

“Pour nous, l’objectif est double”, explique le capitaine Olivier Tourangin, adjoint au commandant du groupement de gendarmerie d’Ille-et-Vilaine: “qu’il n’y ait pas de réitération des faits de violence au sein de la cellule familiale et que les mineurs soient aidés pour ne pas reproduire ce type de comportement plus tard”.

Lorsque les gendarmes sont appelés dans une famille, ils remplissent une “fiche-navette” rapidement transmise à l’équipe médicale. A une condition: que les parents soient d’accord pour envisager une aide pour les enfants “en concertation” avec eux. Ensuite, “si la famille ne s’est pas manifestée dans les 72 heures, nous l’appelons et lui proposons de la rencontrer où elle le souhaite”, explique Mme Tordjman.

Le service dispose d’un camping-car aménagé en bureau pour aller à la rencontre des familles. L’expérimentation s’étend sur un vaste secteur rural, “où les familles sont parfois dans un grand isolement social et une précarité qui ne leur permet pas de se déplacer”, note le médecin.

Des conséquences des années plus tard

Un processus d’évaluation et d’aide est alors mis en place au cours d’une série d’entretiens, avec la liberté pour chaque famille de mettre un terme au processus si elle le souhaite. Le travail effectué à Rennes s’inspire largement de celui mené aux États-Unis depuis 23 ans par le professeur Steven Marans, professeur de psychiatrie et pédopsychiatrie à l’université de Yale dans le Connecticut, auprès duquel le professeur Tordjman a passé 18 mois.

L’expérience américaine se limite aux violences conjugales et domestiques, alors qu’en Ille-et-Vilaine, le champ de prise en charge a été élargi à toute situation intra-familiale potentiellement traumatisante, comme un suicide. “Certains enfants surmontent mais, chez d’autres, ça peut avoir des conséquences délétères qui se manifesteront plusieurs années plus tard”, relève Sylvie Tordjman.

Les gendarmes ont également fait des suggestions. Par exemple, prendre en compte les fugues de mineurs, qui sont “toujours le signe qu’il se passe quelque chose”, selon le Dr Tordjman. S’intéresser à leurs enfants est aussi un plus dans les cas de conflits entre parents: “Ça les amène à se soucier davantage de leurs enfants, à prendre conscience des conséquences de leurs propres difficultés et, du même coup, à se décentrer de leurs propres problèmes”.

Au final, la réussite du processus repose sur la confiance entre équipe médicale et gendarmerie. “Le professeur Marans considère qu’il a fallu six ans pour atteindre la vitesse de croisière dans ce partenariat. Ici, nous en sommes à trois ans. Nous avons appris à nous connaître, il faut maintenant construire des liens de confiance”.

Le capitaine Tourangin ne dit pas autre chose: “Nous sommes deux mondes aux cultures profondément différentes. Il faut mieux se connaître pour faire tomber certains préjugés!”

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