vendredi 24 mai 2019
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Lors de sa passation de commandement à son départ du GIGN, le général Hubert Bonneau (à droite) passe les troues en revue avec le directeur général, le général Lizurey (Ph: M.GUYOT/ESSOR)
Lors de sa passation de commandement à son départ du GIGN, le général Hubert Bonneau (à droite) passe les troues en revue avec le directeur général, le général Lizurey (Ph: M.GUYOT/ESSOR)

Hubert Bonneau, ex-chef du GIGN mis en cause pour le Bataclan et Dammartin, répond à ses accusateurs

Le général de division Hubert Bonneau, 52 ans, ancien commandant du GIGN (septembre 2014 – avril 2017), a reçu longuement L’Essor pour répondre aux violentes critiques concernant sa conduite de l’opération de Dammartin et la non-intervention du groupe au Bataclan. La première salve date de juillet 2016. Le Canard enchaîné publie des extraits d’une lettre anonyme de trois pages. Signée “L’esprit de l’inter”, elle émane de certains sous-officiers du groupe qui dénoncent sa non-intervention, le 13 novembre 2015 au Bataclan (80 morts). Le même courrier avait été envoyé auparavant à la direction de la Gendarmerie.

Le général Bonneau qualifie les auteurs de cette lettre anonyme de “gens méprisables qui avancent masqués”. Il se dit aussi en “colère parce que ces méthodes nuisent à l’image du GIGN, unité connue et reconnue dans le monde entier”. Il assure aussi “ne pas comprendre les motivations” des auteurs de ces propos, ajoutant : “Si certains n’acceptent pas les évolutions d’un groupe, ils doivent avoir le courage d’en tirer les conséquences et de partir”.

Enquêteur de la police judiciaire au Bataclan, le lendemain des attentats de 2015 (Ph: M.GUYOT/ESSOR)
Enquêteur de la police judiciaire au Bataclan, le lendemain des attentats de 2015 (Ph: M.GUYOT/ESSOR)

Ce vendredi soir, le GIGN, positionné à moins de deux kilomètres du Bataclan, n’était pas intervenu. “Nous n’avons jamais connu pire commandement que l’actuel. Il ne fait preuve d’aucune initiative. On n’avait pas besoin d’attendre les ordres de Beauvau pour intervenir”, écrivaient ces sous-officiers, se disant “scandalisés” et “traumatisés”.

Hubert Bonneau, qui a passé 14 ans à l’EPIGN, puis au GIGN, confie : “Je n’ai pas reconnu mon unité” dans ces propos.  “Ces gens sont minoritaires et bien souvent en délicatesse avec l’Institution, ils ont mis la Gendarmerie en difficulté par leurs déclarations”.

Le GIGN n’est pas une unité de cow-boys

Il rappelle que le GIGN a été engagé “en réserve d’intervention”, le soir du 13 novembre 2015 par la direction de la Gendarmerie. Les sections d’alerte 1 et 2 ont été déployées dans la caserne des Célestins, près de la Seine, prêtes à intervenir sur ordre pour un autre attentat à Paris. “L’intervention de la BRI et du Raid au Bataclan a été bien menée et à quel titre certains peuvent dire avec certitude “le GIGN aurait pu sauver des vies”? C’est irresponsable”. Pour Hubert Bonneau, “le GIGN, ce n’est pas une unité de cow-boys qui, de leur propre initiative, vont mener des opérations où bon leur semblent en s’affranchissant des ordres reçus”.

La seconde salve est tirée le 22 février 2019, alors que le général Bonneau n’est plus aux commandes du GIGN depuis près de deux ans. Cette fois-ci, des gendarmes anonymes de l’unité, dans une double page du Monde, mettent en cause la conduite de l’opération du 9 janvier 2015 à Dammartin-en-Goële (Seine-et-Marne), ayant abouti à la neutralisation des frères Kouachi, auteurs de la tuerie de Charlie Hebdo.

Le Monde écrit, citant un gendarme, :  “Une intervention brouillonne lors de laquelle nombre d’officiers ont failli”. Un autre parle d’un “cirque”, ajoutant : “On était plusieurs centaines (le GIGN compte alors 380 personnels, ndlr). Tout le GIGN était là, surtout ceux qui n’avaient rien à y faire. Et ceux qui auraient du gérer ne l’ont pas fait”.

Gendarmes du GIGN devant le véhicule Sherpa de l’unité d’élite. Photo d’illustration (M.GL’Essor).

Le général Bonneau répond : “Ca n’a rien à voir avec un cirque. L’opération a été engagée la veille pour la traque des frères Kouachi avec 140 personnels du GIGN (de la force d’intervention, de la force observation recherche, de la force sécurité protection, un état-major opérationnel et de la logistique). Au matin du 9 janvier, il y a eu une bascule des forces sur Dammartin. Nous étions en mesure, disposant sur place des hélicos du GIH (groupe interarmées d’hélicoptères) et de la Gendarmerie, de réorganiser à tout moment notre dispositif en cas de survenance d’un autre attentat”.

Ce n’était pas non plus une opération spectacle, destinée à montrer le Sherpa, le nouveau véhicule d’assaut blindé”, réfute Hubert Bonneau : “Le Sherpa a été engagé comme outil tactique pour aller récupérer, au premier étage de l’imprimerie, un employé qui était caché”.

L’opération de Dammartin a été menée “proprement”

“Le tempo de l’opération, poursuit-il, avait été fixé en fonction de la prise d’otages à l’hyper cacher de Vincennes en cours”. Les responsables avaient projeté une opération simultanée à Dammartin-en-Goêlle et à Vincennes mais la sortie des frères Kouachi de l’imprimerie a bouleversé ce plan, obligeant le GIGN à neutraliser les frères Kouachi et à aller délivrer l’employé caché.

“Mes officiers ont fait leur travail”, assure Hubert Bonneau. Dès le début de la matinée, le GIGN, précise-t-il, avait proposé aux autorités un plan d’assaut d’urgence si les frères Kouachi tiraient à l’intérieur du bâtiment ou tentaient une sortie d’urgence. Un plan accepté par le directeur de la Gendarmerie, Denis Favier, et par le procureur de la République de Paris, François Molins, tous deux présents sur place.
Cette opération a été menée proprement. Comme dans toute opération, il y a eu des imperfections car tout ne se déroule pas toujours comme prévu mais le GIGN n’a, à aucun moment été défaillant“, affirme le général Bonneau.

Après l’opération de Dammartin, plusieurs Retex (retour d’expérience) ont été menés. Des enseignements en ont été tirés et présentés au plus haut niveau de la Gendarmerie : sur le plan technique concernant la protection des personnels et l’évolution de l’armement; sur le plan tactique en imaginant des procédures de projection plus légères adaptées aux situations d’urgence en matière de terrorisme, explique le général Bonneau.

“Fier de mes hommes”

“Je suis fier du comportement des mes hommes tout au long de la traque des frères Kouachi et fier d’avoir commandé cette unité. Elle qui compte beaucoup de caractères bien trempés, ce qui explique que, parfois, les rapports internes entre sous-officiers et officiers sont un peu musclés mais toujours francs”, dit le général Bonneau qui a “toujours laissé ouverte la porte de son bureau”.

“Ces critiques n’ont pas toujours été faciles à vivre mais je peux me regarder sans aucun problème dans une glace. Si tout ce qui a été dit était vrai, j’aurais été démis de mes fonctions sur le champ”, conclut-il.

Au Quai d’Orsay, comme directeur de la sécurité diplomatique, Hubert Bonneau, supervise la mise en sécurité des quelque 500 emprises diplomatiques et 500 instituts français implantés à l’étranger, celle des 3.500 agents diplomatiques expatriés et à la protection des ambassades et des consulats. Il dirige 700 personnes affectées à ces tâches de sécurité (une centaine d’agents à Paris, 500 gardes de sécurité et une centaine de policiers et de gendarmes dédiés à la protection d’ambassades).

Saint-cyrien et diplômé de l’Ecole de guerre, Hubert Bonneau à 34 ans de service derrière lui : “Je suis né gendarme et je compte bien retourner en Gendarmerie”.

Pierre-Marie Giraud

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10 Commentaires

  1. Jeff

    Comme à son habitude l’armée via ses officiers formatés à st cyr ne reconnais jamais ces erreurs,et n’accepte encore moins les réflections des hommes de terrain qui eux sont au contact.La course aux étoiles les rends incipides.Cest aussi pourquoi les relations sont tendues entre sous-officiers et officiers et un débrifing ne change rien à létat d’esprit(anglissisme utilisé à toutes les sauces).la notion de copinage s’adapte difficilement à la notion de commandement.Le général de Villiers à écrit sur la notion de”chef”et l’autorité militaire ferait bien de s’en inspirer……

    • Comment peut on dire de telles bêtises, vous n’avez jamais du commander que votre café …pas sur ^^

      • Daniel Chollet

        Pourquoi insulter quand quelqu’un n’est pas d’accord avec vous ? Seriez vous gilet jaune ?

    • claude34

      Ce que je constate , en observateur depuis longtemps , c’est que dans la gendarmerie , la jalousie , et aussi chez certains des sous-officiers , la haine , à l’égard des officiers est indéniable.

  2. chavez

    mais si cette lettre a été écrite, ce n est pas sans raison !!!!! car si cela avait été déclaré au grand jour si c’est vraiment un militaire de l’arme qui l a écrite il ne serait plus sous l’uniforme ! certains officiers toujours égaux a eux meme :

    • claude34

      Chavez , faites vous partie de la génération des lettres anonymes que vous semblez justifier ?
      Vous faites partie assurément des gendarmes qui souhaitent conserver le statut militaire . Pour les avantages ? Alors , je vous en prie , acceptez – en la rigueur du comportement.

  3. chavez

    tres sympa d avoir viré mon commentaire ! ce qui permet de se rendre compte !!!!

    • La rédaction

      Bonjour votre commentaire n’a pas été enlevé. Cordialement

  4. Victor A.

    Tout mon soutient au général Bonneau.
    Chacun peut toujours refaire le film après l’avoir vu, et lu tous les commentaires.
    Alors que la BRI était engagée au bataclan, avec des éléments du RAiD qui pouvait alors affirmer à l’instant « T » qu’un autre front n’allait pas s’ouvrir dans la capitale ou ailleurs? Qui?
    Je ne m’étendrai pas sur les faits, cela a été largement analysé et commenté.
    Je dirai simplement que quand on a fait le choix d’intégrer une unité d’intervention c’est pour être dans l’action. Alors la frustration d’être pré positionné en resserve d’intervention peut s’entendre.
    Toutefois, tous les experts autoproclamés n’ignorent pas qu’on ne met jamais ses œufs dans le même panier. De même, les intrépides n’ignorent pas ce que signifie s’être loyal envers son chef. Et dans le cas où cette loyauté est entamée, que n’ont-ils eu la force du courage d’en tirer les conséquences dans l’honneur.
    Loyauté n’est pas synonyme de conformité ni soumission, mais du respect d’un contrat moral et de règles au sein d’un groupe; de conflits censés se régler, via un échange franc et direct, avec pour seul objectif l’intérêt commun. Je ne doute pas qu’il y a eu de coups de « gueule » a différents nivaux.
    Malheureusement, je retiendrai uniquement le courage de la lâcheté de ceux qui de posent en donneurs de leçons, ou encore détenteurs de la vérité, mais qui se cachent derrière un anonymat indigne qui ne représente que eux-mêmes. C’est pathétique, lamentable et si le sujet n’était pas aussi grave, je dirai digne d’une cours de récréation.
    Même si les personnels du groupe – tout grade confondu – extrêmement compétents et unanimement reconnus de tous comme une référence mondiale, sont impliqués dans leurs missions au-delà de ce qui peut être imaginable par le commun des citoyens; il n’en demeure pas moins que le moment venu, chacun doit avoir le sens de la mesure, notamment dans sa forme d’expression.
    S’il est également connu que dans ce type d’unité (FIPN, COS, etc.) on y trouve une concentration de fortes personnalités, au caractère très affirmé dont la gestion peut être parfois difficile pour le commandement, pour peu qu’il ne soit pas de la même trempe, ce mode d’expression par l’anonymat est abject.

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