vendredi 30 octobre 2020
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Cour d’assises du Var : un homme et sa compagne jugés pour le meurtre de deux gendarmes

Un homme de 32 ans comparaît à partir de mardi à Draguignan avec sa compagne de 22 ans devant la Cour d’assises du Var pour le meurtre de deux gendarmes, deux jeunes femmes abattues en juin 2012 à Collobrières après des cambriolages. Le procès d’Abdallah Boumezaar, accusé de meurtre et d’assassinat avec des circonstances aggravantes, et d’Inès Farhat, jugée pour complicité, doit durer jusqu’au 20 février. Tous deux encourent la réclusion criminelle à perpétuité.

“C’est complètement gratuit, c’est un passage à l’acte surprenant (…), personne ne pouvait imaginer une seule seconde que cela se terminerait avec deux morts”, résume Me Jean-Claude Guidicelli qui défend Inès Farhat. Le 17 juin 2012, vers 22H00, l’adjudant Alicia Champlon, 28 ans, et le maréchal des logis chef Audrey Bertaut, 35 ans, sont appelées peu après 22H00 pour intervenir à Collobrières, à une quarantaine de kilomètres de Toulon, où Abdallah Boumezaar a commis un cambriolage et une autre tentative de vol dans la soirée.

Dans l’appartement où habitent depuis quelques jours à peine le jeune homme, déjà condamné à plusieurs reprises, et sa compagne, elle aussi multi-récidiviste, l’ambiance est tendue : la victime du premier cambriolage qui a identifié son voleur, est venue réclamer ses biens avec des amis.

Une rixe éclate entre Abdallah Boumezaar et les gendarmes au cours de laquelle l’homme parvient à se saisir de l’arme d’Audrey Bertaut, qu’il abat dans l’appartement. Dans la foulée, il poursuit Alicia Champlon dans les petites rues de Collobrières et la tue, elle aussi.

“Procès sacrificiel”

Avec Inès Farhat, qui est enceinte au moment des faits et a accouché en prison d’une petite fille, il prend alors la fuite. Ils seront retrouvés et arrêtés sans heurts dans le village, quelques heures plus tard. Abdallah Boumezaar a toujours reconnu les faits. Mais son avocat, Stéphane Colombe, n’en redoute pas moins le caractère de son client tout au long des neuf jours d’audience prévus.

Déjà, jugé en novembre à Toulon avec Inès Farhat pour les faits de cambriolage qui avaient précédé les homicides, le jeune homme, entendu par visioconférence, était apparu très impulsif, désireux d’en finir au plus vite, agacé au point de frôler parfois la provocation. Il avait alors été condamné à trois ans de prison, la jeune femme à 10 mois.

“Il est aujourd’hui exactement dans le même état d’esprit”, reconnaît Me Colombe. “Il a reconnu les faits, mais c’est compliqué pour lui d’en reparler, surtout en public (…), mais il faut qu’il accepte de participer, autant que faire se peut”. Face à cette affaire, “le premier réflexe, c’est un réflexe de brève de comptoir, c’est de se dire “il est fou” “, estime encore Me Colombe.

Ce sera justement l’un des enjeux du procès: Abdallah Boumezaar a fait l’objet de trois expertises psychiatriques au cours de l’instruction, dont l’une a conclu à l’abolition de son discernement, évoquant un cas de schizophrénie. “Le débat sur sa personnalité s’est toujours posé et sera posé devant les assises”, prédit Me Colombe.

Mais, au coeur du procès, se posera également la question du rôle d’Inès Farhat, aussi bien au moment de la bagarre avec les gendarmes qu’après les meurtres. “Les témoins ont toujours soutenu qu’elle n’avait eu aucun rôle causal” dans les faits, assure Me Guidicelli, qui dit craindre pour sa cliente un “procès sacrificiel”, dans un contexte lourd marqué il y a un mois à peine par les attentats commis à Paris par les frères Kouachi et Amédy Coulibaly.

“Elle y est pour quelque chose à coup sûr”, assène de son côté Virginie Pin, une des avocates des parties civiles, qui représente le compagnon et les filles d’Audrey Bertaut et les parents d’Alicia Champlon. “Le véritable enjeu, au-delà de M. Boumezaar, c’est que la justice passe pour que le travail de deuil se fasse”.

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