samedi 28 novembre 2020
Accueil / Opérationnel / Gino, le tueur à gages, était en fait un gendarme : 4 et 6 mois ferme pour deux sexagénaires
Pour briser les jambes de leur ennemi commun, Serge et André, des sexagénaires sans histoire, avaient engagé "Gino" sans se douter qu'il s'agissait d'un gendarme sous couverture. Les deux hommes ont été condamnés jeudi à 6 et 4 mois de prison ferme assortis de 24 et 20 mois de sursis par le tribunal correctionnel d'Evry.

Gino, le tueur à gages, était en fait un gendarme : 4 et 6 mois ferme pour deux sexagénaires

Pour briser les jambes de leur ennemi commun, Serge et André, des sexagénaires sans histoire, avaient engagé “Gino”, un gendarme infiltré : ils ont été condamnés jeudi à 6 et 4 mois de prison ferme assortis de 24 et 20 mois de sursis.

Informée en août d’un “assassinat” que fomentait Serge Dumas, 65 ans, tenancier d’une brasserie à Vert-le-Grand dans l’Essonne, la gendarmerie avait envoyé “Gino”, sous couverture, pour le confondre. Le 18 septembre, celui-ci s’était donc assis au comptoir de Serge, qui s’était épanché sur “la haine” qu’il ressentait à l’égard de Gérard Broncy. Il l’accuse d’avoir épousé son ex-femme, embauché son fils, et d’avoir été à l’origine de son divorce ruineux.

“La haine”, c’est aussi ce que ressentait André Brunier, qui a fêté ses 70 ans en détention, à l’égard de son ancien gérant lorsqu’il était éclairagiste d’art, s’estimant lésé lors de la session de son entreprise.

“Je pensais que ça ne se ferait jamais”

Après quelques rencontres, les deux acolytes sans antécédents judiciaires se “montent le bourrichon” et décident de lui “briser les jambes”. Après un premier deal raté, c’est à “Gino” qu’ils promettent 1.500 euros chacun, leurs “économies”. Le but : “un chantier de ravalement”, évoquent-ils au téléphone. “C’était venu comme ça, je pensais que ça ne se ferait jamais”, a dit André à l’audience, au tribunal correctionnel d’Evry. “On voulait qu’il arrête de travailler, de gagner de l’argent. C’était une bêtise”, a-t-il ajouté d’un air bonhomme.

“Il est tellement pourri, c’est un escroc”, s’est justifié Serge, des valises sous les yeux et la voix chevrotante. Serge, “c’est l’âme d’un village, un travailleur, un voisin vigilant” a témoigné le maire des 2.400 habitants de Vert-le-Grand, Jean-Claude Quintard. Sa nouvelle épouse a dépeint un homme épuisé, angoissé: “souvent, il pleure la nuit, en cachette”. “Mais quel con!”, a raconté s’être exclamée l’épouse d’André en apprenant les faits imputés à son mari. “Avant que le gendarme ne vienne, j’avais tout arrêté. Puis c’est lui qui voulait un autre rendez-vous”, a dit Serge Dumas, s’estimant acculé.

“Un brave couillon qui se fait piéger à longueur de journée”

“C’est un problème d’argent. J’aurais pu ne pas être là”, a estimé la victime Gérard Broncy en tapotant le bois de la barre. Son avocat a demandé 10.000 euros à chacun des deux acolytes, au titre du préjudice moral. Lorsque “Gino” avait montré à Serge de fausses photographies de la cible, maquillée d’un œil au beurre noir, et des jambes de mannequin ensanglantées et brisées au niveau des tibias, celui-ci a dit avoir pensé que c’était allé trop loin, puis de s’effondrer lors de son interpellation.

L’avocat de Serge, Me Jacques Bourdais, a jugé disproportionné le procédé d’infiltration qui “interdit tout désistement à la dernière minute”. Sa demande de nullité déposée pour “des éléments d’incitation avec un but de répression” n’a toutefois pas été retenue. Décrivant son client comme un “brave couillon qui se fait piéger à longueur de journée”, il a estimé que “ce ne serait pas justice de le punir par l’enfermement”.

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