dimanche 9 août 2020
Accueil / A la Une / GIGN : comment une affaire interne ravive les mauvais souvenirs de 2015
Gendarmes du GIGN à Satory devant leur véhicule blindé Sherpa (Ph:M.GUYOT/ESSOR)
Gendarmes du GIGN à Satory devant leur véhicule blindé Sherpa (Ph:M.GUYOT/ESSOR)

GIGN : comment une affaire interne ravive les mauvais souvenirs de 2015

Le GIGN n’en n’a pas encore fini avec l’année 2015. Une procédure en cours devant la justice administrative éclaire les coulisses de cette année compliquée pour le groupe d’élite de la Gendarmerie.

Istanbul (Crédit photo: Google maps).

29 octobre 2015. Les forces de sécurité ont surpris un ressortissant étranger, soupçonné d’être un voleur, sur le chantier d’un hôtel en construction”, relate un média turc. Et le journal de publier une photo choc qui fait s’étrangler les huiles du GIGN à Satory. C’est la carte de circulation militaire d’un sous-officier du groupe d’élite d’intervention de la Gendarmerie française. On distingue clairement le visage du militaire français. Ainsi que son prénom et son nom de famille. En arrière plan, un immeuble de grande hauteur dans un quartier d’Istanbul, la plus grande ville de Turquie.

Mais qu’a donc été faire ce maréchal des logis-chef dans cette galère? Le militaire, âgé de 34 ans alors, est un chuteur opérationnel expérimenté, major de sa promotion en école. Arrêté en pleine nuit en possession de sa voile de parachute, alors que ses camarades dorment à l’hôtel, le gendarme est même soupçonné d’espionnage par les autorités turques. Il faudra l’intervention d’un officier de liaison français au commissariat pour arrondir les angles avec les forces de police locales. Le scandale signe la fin de la mission sensible confiée à plusieurs militaires du GIGN. Le commandement les avaient envoyés à Istanbul pour un délicat travail de surveillance de vols de transports aériens entre la France et ce pays frontalier de la Syrie. A quelques centaines de kilomètres, l’organisation terroriste Daesh sévit alors.

Lire aussi: La Cour des comptes appelle à faire travailler davantage le GIGN

Bouc émissaire ou tête brûlée du GIGN?

Illustration (Crédit photo: khair mispan).

De retour à Satory, le gendarme doit s’expliquer sur son équipée nocturne. Au GIGN, on se demande si le militaire n’a pas tenté de faire un saut de nuit de base-jump. Ce sport extrême consiste à sauter en parachute à partir d’immeubles, d’antennes, de ponts ou de falaises. L’intéressé, selon son avocate, conteste fermement cette accusation. Ce soir-là, il aurait voulu simplement faire des exercices de pliage de voile tout en assouvissant sa passion pour les photographies de grands ensemble.

Cette histoire n’est toujours pas close. Deux versions s’opposent toujours. Un officier que nous avons contacté dresse en creux le portrait d’une tête brûlée qu’il a fallu écarter du groupe. De l’autre, selon Me Elodie Maumont, on s’inquiète d’une affaire qui ferait du gendarme mis en cause le bouc-émissaire facile d’une année parfois compliquée pour le GIGN. “On veut en faire un exemple”, résume Me Maumont, pour qui le militaire paierait le fait d’avoir été le porte-parole officieux de problèmes rapportés alors au commandant du GIGN.

2015, année difficile

L’imprimerie de Dammartin-en-Goële (Capture d’écran Google maps).

L’affaire éclaire les coulisses de l’année 2015 d’une manière singulière. Une année compliquée pour le groupe d’intervention de Satory. Si l’assaut de Dammartin-en-Goële en janvier 2015, à l’issue d’une gestion de crise vigoureusement prise en main par Denis Favier, est un succès, sa mise en œuvre sera contestée par certains en interne. Puis c’est le choc des attentats de novembre 2015. Avec 137 morts et plus de 400 blessés. Ce seront les attentats les plus meurtriers commis en France depuis la seconde guerre mondiale.

Mais les militaires du GIGN ne sont pas intervenus. Pour certains des super-gendarmes de l’unité d’intervention, la pilule est trop amère. Ce 13 novembre, ils ont l’impression de n’avoir servi à rien. Leur colère se dirige huit mois plus tard vers leur chef, Hubert Bonneau. Un courrier cinglant de trois pages, transmis au Canard enchaîné, le vise directement.

En ce mois de juillet 2016, un passage, cité par Le Monde, attire particulièrement l’attention des patrons du GIGN. “Le registre langagier et les griefs sont parfois étonnants comme lorsqu’il est reproché au colonel Bonneau d’avoir accusé à tort un collègue de ‘faire du base jump’ (sic) ou d’avoir ‘blacklisté’ un autre collègue qui l’aurait ‘doublé à une vitesse excessive lors d’un trajet’” , raconte le quotidien du soir.

Lire aussi: Hubert Bonneau, ex-chef du GIGN mis en cause pour le Bataclan et Dammartin, répond à ses accusateurs

Au GIGN, la traque des auteurs de la lettre anonyme

Quand la presse publie la lettre anonyme de “l’esprit de l’inter”, le gendarme arrêté à Istanbul a déjà a fait l’objet de trois ordres de mutation d’office, en janvier et mars 2016. La mention de cette affaire de base-jump interpelle le commandement. Et si le militaire, déçu par sa mise à l’écart du groupe, était l’un des auteurs de la lettre? Selon son avocate, ce dernier conteste catégoriquement toute implication dans la lettre anonyme. Il appellerait au contraire “à laver son linge sale en famille”.

L’Inspection générale de la Gendarmerie a bien demandé au militaire mis en cause un échantillon de son ADN. Une demande faite, à notre connaissance, à de nombreux personnels du GIGN dans le cadre de cette enquête interne sur les gendarmes trop bavards. Mais ce dernier s’est inquiété de la légalité de cette demande. Et a demandé à l’inspection une communication, à son avocate, de l’ADN prélevé sur la lettre avant tout prélèvement. Une crise de confiance qui illustre le fossé qui s’est creusé entre le sous-officier et l’Institution.

Conseil d’Etat

Le Conseil d'Etat (MG/ESSOR)
Le Conseil d’Etat (MG/ESSOR)

Quelques années plus tard, la fracture est toujours là. L’intéressé conteste encore sa mise à l’écart du groupe.  S’il a réussi, selon son avocate, à casser avec succès la première sanction l’ayant visé après cette histoire, il croise toujours le fer sur sa mutation d’office. Cette dernière serait “entachée d’une erreur manifeste d’appréciation”, un déclassement professionnel certain et un détournement de pouvoir qui ne serait pas justifié, selon les arguments portés devant la justice administrative.

Un combat sans réussite pour le moment. En juin, la cour administrative d’appel de Versailles a débouté l’ancien sous-officier du GIGN. La procédure n’est cependant pas close, puisque le militaire vient de lancer un pourvoi devant le Conseil d’Etat. Une ténacité pas étonnante. Les militaires du GIGN sont extrêmement attachés à leur unité. Bien souvent la raison d’être de leur engagement en Gendarmerie.

GT et PMG.

Crowdfunding campaign banner

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *