vendredi 7 mai 2021
Accueil / A la Une / La feuille de route de la Gendarmerie après l’abandon du projet d’aéroport à Notre-Dame-des-Landes
Un barrage d'opposants au projet d'aéroport de Notre-Dame-des-Landes (Crédit photo: Des ailes pour l'ouest).
Un barrage d'opposants au projet d'aéroport de Notre-Dame-des-Landes (Crédit photo: Des ailes pour l'ouest).

La feuille de route de la Gendarmerie après l’abandon du projet d’aéroport à Notre-Dame-des-Landes

Finalement, il n’y aura pas d’aéroport à Notre-Dame-de-Landes (Loire-Atlantique). L’annonce de l’abandon de ce projet controversé, mercredi 17 janvier, par le Premier ministre, était attendue. Son corollaire, une demande d’évacuation de la part de l’exécutif de la “zone à défendre” (selon les opposants) ou “zone d’aménagement différé” (pour les autorités) était également pressentie. Mais dans son discours, Edouard Philippe s’est bien gardé de prononcer le mot d’évacuation. Il déclare d’abord:

“Nous mettrons fin à la zone de non droit qui prospère depuis près de 10 ans sur cette zone”.

Puis, dans la foulée du conseil des ministres, le chef du gouvernement précise les modalités de la manœuvre à venir.

Libérer les axes routiers

A Notre-Dame-des-Landes (Crédit photo: GF/PressPepper).

Premièrement, la Gendarmerie est chargée de libérer les axes routiers de la zone d’aménagement différée. “Les squats qui débordent sur la route vont être évacués, les obstacles retirés, la circulation rétablie, annonce Edouard Philippe. A défaut les forces de l’ordre procéderont aux opérations nécessaires.“

Les différentes organisations opposées au projet d’aéroport, dans un communiqué commun, ont annoncé quelques heures plus tard leur engagement à rouvrir la route départementale D281. “La présence ou l’intervention policières ne [feront] qu’envenimer la situation”, avertissent-ils en expliquant leur volonté de garder ce dossier en main.

“La libération des routes laisse présager une opération de maintien de l’ordre probablement plus longue qu’une évacuation complète”, signale à L’Essor Ludovic Lacipière, membre du conseil d’administration de l’association professionnelle nationale de militaires Gendarmes & citoyens. Et ce spécialiste du maintien de l’ordre de détailler :

”Libérer des axes occupés depuis si longtemps reste une opération délicate, surtout si elle doit être effectuée avec la présence probable d’individus à proximité voulant continuer à occuper la zone. La complexité va être d’autant plus grande que les occupants de la Zad, qui y sont installés depuis longtemps, ont eu le temps d’élaborer non seulement des plans mais aussi des infrastructures pour empêcher les forces de l’ordre d’intervenir.”

Pas d’expulsions avant le printemps

Deuxièmement, il n’y aura pas d’expulsion des occupants illégaux des terres avant le printemps prochain. “Conformément à la loi, les agriculteurs expropriés pourront retrouver leur terre s’ils le souhaitent, rappelle le Premier ministre. Les occupants illégaux de ces terres devront partir d’eux-mêmes ou en seront expulsés.”

La ZAD, en 2012 (Crédit photo Non à l'aéroport Notre-Dame-des-Landes).
La ZAD, en 2012 (Crédit photo Non à l’aéroport Notre-Dame-des-Landes).

Un discours qui va à l’encontre du souhait des organisations opposées au projet d’aéroport. Celles-ci s’opposent à “toute expulsion de celles et ceux qui sont venus habiter ces dernières années dans le bocage pour le défendre et qui souhaitent continuer à y vivre ainsi qu’à en prendre en soin”.

Les autorités ont recensé en tout 95 squats illégaux sur les 1650 hectares de la zone d’aménagement différé concernée par le projet abandonné d’aéroport. Environ 150 personnes y vivraient en permanence et 200 personnes la fréquenteraient régulièrement, selon une source policière.

Troisièmement, l’Etat laisse la porte ouverte à une pérennisation de projets agricoles issus de la zone à défendre… Mais à la condition que ces derniers s’inscrivent, d’ici avril, dans un cadre légal. “Dès maintenant, les forces de l’ordre sont mobilisées pour que ce processus se déroule dans le respect de la loi et que les squatteurs libèrent progressivement les terres qui ne leur appartiennent pas”, poursuit Edouard Philippe.

Pas d’évacuation massive

Illustration (MG/L’Essor).

La perspective d’une évacuation massive de la zone dans les prochaines semaines, le scénario le plus complexe prévu par les gendarmes, s’éloigne donc. “Le discours politique est très clair, décrypte pour L’Essor Bertrand Cavallier, l’ancien commandant du Centre national d’entraînement des forces de gendarmerie de Saint-Astier (Dordogne) (CNEFG). Pour la Gendarmerie, cela va se traduire par une actualisation de sa planification. L’opération semble désormais moins sensible et ne sera pas forcément massive.”

Une demande d’évacuation immédiate de la Zad se serait traduite, avaient rapporté à L’Essor des sources proches des sources proches du dossier, par la mobilisation d’au moins 2000 gendarmes pendant plusieurs semaines. Une première tentative d’évacuation de la zone d’aménagement, en 2012, s’était d’ailleurs soldée par un échec.

Renouveler une tentative de cette opération risquée aurait pu se traduire, avertissait-on chez les spécialistes du maintien de l’ordre, par des actes violents exposant fortement la vie des militaires et celle des opposants. En témoigne le précédent de la mort de Rémi Fraisse, un opposant à un autre projet controversé, celui du barrage à Sivens, dans le Tarn, tué en 2014 par une grenade tirée par un gendarme.

Lire aussi sur L’Essor : Notre-Dame-des-Landes : les gendarmes se préparent à toutes les hypothèses (infographie)

(Crédit photo: GF/PressPepper).

Tous les gendarmes ne sont cependant pas certains que cet échéancier annoncé par le gouvernement – d’abord les routes, puis des expulsions au printemps, après la trêve hivernale –va vraiment rendre la tâche plus aisée. “Il aurait été plus facile de ne pas avoir d’opposants pour tenir ces axes”, explique à L’Essor Frédéric Le Louette, le président de l’association professionnelle nationale de militaires GendXXI.

“Avec le scénario du gouvernement, il faudra des forces mobiles longtemps sur le terrain. Il faudra évacuer les axes puis les tenir jour et nuit durant plusieurs jours ou semaines. Les gendarmes mobiles seront exposés longtemps sur le site, alors que la Gendarmerie manque déjà d’effectifs”. (Frédéric Le Louette)

“Le rapport de force est modifié en profondeur”, estime au contraire Bertrand Cavallier. Le général (2S) juge en effet que l’annonce de l’exécutif rebat les cartes. Elle pourrait se traduire aujourd’hui par une démobilisation d’une partie des opposants au projet d’aéroport, avec en ligne de perspective un potentiel isolement du noyau le plus dur. Pour les gendarmes, l’incertitude autour de Notre-Dame-des-Landes a commencé à se dissiper. Mais il reste encore beaucoup d’inconnues autour de ce dossier, un des sujets les plus chauds pour la Gendarmerie cette année.

Gabriel Thierry (avec AFP)

Crowdfunding campaign banner

Un commentaire

  1. NDL est une opération délicate à gérer aussi bien par nos gouvernants que par nos forces de l’ordre. Cette affaire de ZAD qui aurait dû être réglée dès le début il y a maintenant 10 ans a été mise à profit par des individus peu regardant de nos réglementations. Ils se sont installés sur le lieu de manière à créer une zone de non-droit et ont ainsi profité de la passivité de nos gouvernants pour exercer une pression constante sur la construction d’un aéroport dont ils ne veulent pas. Il est souhaitable que l’action envisagée aujourd’hui ne mette pas en péril des vies d’un côté comme de l’autre et, sincèrement, les gendarmes sur ce terrain peuvent craindre le pire. Aussi est-il raisonnable de maintenir de nombreuses forces de l’ordre sur ce lieu alors qu’ailleurs la France en a tant besoin.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Gratuit : la newsletter de "l'Essor"!

Recevez chaque semaine notre newsletter " Rue Bleue " :  articles inédits, veille sur la presse et infos pratiques

Votre inscription est réussie ! Pensez à confirmer cette inscription dans le mail que vous allez recevoir. Merci.