jeudi 1 octobre 2020
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(crédit photo : Francis Pellier MI DICOM)
Crash de l'A320 (crédit photo : Francis Pellier MI DICOM)

Crash A320 : chaque nuit, des gendarmes dorment “à côté d’un cimetière de 150 personnes”

Comme chaque nuit depuis le crash de l’A320 dans les Alpes-de-Haute-Provence, quatre gendarmes ont veillé samedi dans la montagne, au plus près de la zone d’impact de l’appareil de Germanwings. Leur rôle ? Empêcher toute intrusion.

“On dormait à côté d’un cimetière de 150 personnes”, raconte, samedi matin, l’adjudant chef, Philippe Thomy, du peloton de gendarmerie de haute montagne. Vendredi soir, avec Frédéric Frouin, un gendarme de l’escadron de Digne-les-Bains, et deux autres collègues, il a été déposé par hélicoptère au plus près des lieux du drame.

“Dormir dans la montagne c’est pas un souci”, poursuit Frédéric Frouin : “C’est juste de dormir à côté de ça qui rend le lieu particulier”. “Avec les visions nocturnes (des jumelles spécialement adaptées, ndlr), on aperçoit des vêtements, des débris, et on s’imagine un peu la scène, on se représente le scénario, par où est arrivé l’avion…”, poursuit-il : “C’est pas anodin”.

Les mots sont choisis. Neutres car professionnels mais emprunts d’émotion contenue. Car la mission des gendarmes chargés de “sécuriser la zone” est cruciale. “Il s’agit d’une zone d’enquête, sensible. Il faut préserver le travail de la journée, les indices”. Le groupe est hélitreuillé vers 19H00, à l’endroit même où d’autres gendarmes ont travaillé toute la journée pour prélever des éléments biologiques qui permettront l’identification des corps des 150 disparus.

La montagne, scène de crime

Les hommes s’installent en contrebas, d’abord pour ne pas “contaminer” la scène, en l’altérant, mais aussi pour éviter les accidents, la partie haute du site étant particulièrement dangereuse. Le groupe reste éveillé jusque 22H00, puis commencent les rotations toutes les deux heures, “trois qui surveillent, un qui se repose”. Avec des températures négatives (cette nuit, “les flaques d’eau avaient gelé, et un bout du ruisseau aussi” raconte Philippe Thomy), les hommes se font un feu pour se réchauffer

. Ils ont aussi dans leurs affaires un sac de couchage, un sursac pour les périodes de repos, et un fusil à pompe, dont ils ne précisent pas l’usage. Les projecteurs installés sur le site du crash leur permettent d’avoir un oeil sur l’endroit, ils sont également équipés de lampes frontales et de jumelles “intensificateurs de lumière”. Pour le reste, ils peuvent compter sur le ciel étoilé la lune, et la nature : “c’est plein de branches cassées… Le moindre bruit résonne là haut”, explique l’adjudant Thomy.

Des curieux, il y en a : “on voit des traces de pas, que des personnes se sont déplacées” à proximité du site du crash. Les odeurs de kérosène (du réservoir de l’avion), ou de décomposition des corps ? Les gendarmes balaient la question. Pour faire passer le temps, “on parle de tout”, autant du drame que “de la famille ou du boulot”, confie l’adjudant chef Thomy.

Au lever du jour, vers 6H00, ils sont tous éveillés. La relève arrive vers 9H00, à la reprise des recherches, et le premier vol d’hélicoptère ramène sur la “dropzone” (zone d’atterrissage, ndlr) les gardiens de ce temple à ciel ouvert.

(crédit photo : Francis Pellier MI DICOM)

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