lundi 12 avril 2021
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Le nouvel écusson du C3N (Crédit photo: DR).
Le nouvel écusson du C3N (Crédit photo: DR).

Comment les gendarmes du Cnaip, rattachés au C3N, traquent les pédocriminels

Pour confondre les pédocriminels, les gendarmes du Centre national d’analyse des images de pédopornographie (Cnaip), rattachés au Centre de lutte contre les criminalités numériques (C3N), explorent les profondeurs du web. Un travail de fourmi raconté en détail dans un reportage passionnant réalisé par le site d’information Les Jours.  

Ainsi, l’affaire Farina figure parmi les plus médiatisées que les cybergendarmes ont eu à traiter. Ecroué le 25 mars 2015, ce directeur de l’école du Mas de La Raz, à Villefontaine, en Isère, est accusé de viols et d’agressions sexuelles sur ses élèves. Des parents ont déposé plainte à la gendarmerie. L’homme a imaginé un stratagème particulièrement infâme. Des “ateliers du goût” durant lesquels il contraint les élèves à procéder à des fellations, les yeux bandés. Le tout, filmé par ses soins.

 “Les photos et vidéos sont comme des scènes de crime”

Des perquisitions dans l’école et à son domicile permettent de saisir une foultitude d’images à caractère pédopornographique. En fouillant le passé de l’instituteur, la brigade de recherches de Bourgoin-Jallieu découvre rapidement qu’il n’en est pas à son coup d’essai. Dès lors, un certain nombre de questions émergent. Combien de victimes a-t-il fait? Fait-il partie d’un réseau pédocriminel? Les gendarmes du Cnaip, saisis en 2016 par le juge chargé de l’enquête, vont ainsi éplucher jusque dans les moindres détails sa vie numérique.

 “Les photos et vidéos sont comme des scènes de crime. Nous devons les analyser pour permettre identifier les auteurs et les victimes”, explique l’adjudant Régis Villette, patron du Cnaip. Dans l’affaire Farina, s’il n’est plus question de confondre le criminel qui s’est suicidé en prison, il s’agit d’identifier les victimes. Ce travail va durer trois mois. Un travail facilité par des outils spécifiques, développés en collaboration avec la Police suédoise, pour trier l’immense volume de données saisis par les enquêteurs – plus de 500.000 photos et 11.000 vidéos à caractère pédopornographique.

Caliope: une base de données riche de millions d’images et de vidéos

Lesquelles ont été prises ou tournées par l’instituteur? Pour résoudre cette difficile équation, “on peut, par exemple en examinant des photos, remonter jusqu’au numéro de série de l’appareil photo et comparer avec le matériel saisi, raconte Régis Vallette. Lorsqu’un téléphone a été utilisé, on peut aussi déterminer la localisation GPS du téléphone au moment de l’enregistrement, et le relier à une adresse mail”. Le Cnaip peut aussi effectuer des rapprochements grâce à sa base de données baptisée Caliope. Cette dernière rassemble quelque 12 millions d’images et plus de 81.000 vidéos collectées au cours des enquêtes judiciaires. Il peut aussi accéder à la base européenne d’Interpol (ICSE).

Dans l’affaire Farina, le Cnaip aura permis d’identifier vingt nouvelles victimes de l’instituteur. Après trois années d’enquête, la justice reconnaitra finalement 46 victimes au total.

Des ressources en ligne sur le darkweb pour les pédocriminels

Mais les investigations sont parfois plus complexes car les pédocriminels sont de plus en plus aguerris. Exemples: “Ils se photographient ou se filment dans une pièce aux murs blancs. Ils mettent des posters en russe ou mettent en évidence des objets rapportés de l’étranger, alors qu’ils sont en France. Ils se font de faux tatouages ; décalent leurs horloges…”. Jusqu’à ce qu’ils commettent l’erreur qui permettra à l’oeil aiguisé des cybergendarmes de les confondre.

Mais, même après avoir identifié un pédocriminel, les enquêteurs ne sont pas au bout de leur peine. Pour éviter de se faire prendre, certains programment leurs ordinateurs pour que leur disque dur soit formaté à chaque fois qu’ils l’éteignent. D’autres ont imaginé des systèmes pour effacer le contenu de leur disque dur en cas de perquisition.

Lire aussi: Comment les gendarmes du C3N enquêtent sur les fraudes et blanchiments liés aux cryptomonnaies

Pour obtenir des conseils de ce type, les agresseurs, qui filment ou photographient leurs sévices, utilisent de plus en plus les ressources fournies par la communauté des pédocriminels sur le darkweb, ces réseaux superposés du web qui utilisent des protocoles spécifiques.

Les gendarmes du Cnaip sont cependant formés à ces nouvelles techniques. Aussi n’hésitent-ils pas à se rendre sur le terrain au moment des perquisitions pour éviter que le pédocriminel n’efface le contenu de son ordinateur.

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