mardi 2 juin 2020
Accueil / A la une / Ces prévôts français qui forment les gendarmes maliens à Gao (reportage)
Des prévôts de la force Barkhane (Crédit photo: Jean-Marc Tanguy).
Des prévôts de la force Barkhane (Crédit photo: Jean-Marc Tanguy).

Ces prévôts français qui forment les gendarmes maliens à Gao (reportage)

C’était une nouveauté, ce mercredi 26 février 2020. Des prévôts de la force Barkhane ont réalisé une première formation à la gendarmerie de Gao, au Mali.

Nous avons pu suivre l’action inédite de ces gendarmes français. Moniteur d’intervention professionnelle en France, Guillaume est arrivé avec deux nattes et trois prévôts pour transmettre ses connaissances. Nous ne publierons que le prénom de ce gendarme, affecté à ce service de l’Arme institué auprès des forces armées françaises pour l’exercice des missions de police générale et judiciaire militaire. L’opération Barkhane interdit en effet de nommer les noms et même parfois les affectations en France.

Au début de la formation, la demi-douzaine de gendarmes locaux est un peu impressionnée. Mais alors que les deux colonels évoquent leurs dossiers communs, la glace se fissure très vite. Guillaume a le rire et l’enthousiasme plutôt communicatifs, et les élèves sont vite contaminés par le virus. “C’est bien ça”, applaudit le formateur, voyant que les gendarmes ont vite compris les bons gestes. “J’ai déjà repéré deux personnels qui pourront transmettre à leurs camarades”, se félicite-t-il en fin de séance.

Lire aussi: Vol de nuit en zone hostile, mode d’emploi

Ne pas relâcher son attention

Guillaume, le moniteur d’intervention professionnelle, ne chôme pas. Il doit aussi former les militaires de Barkhane à la fouille des personnes. Et enfin assurer ses propres missions de prévôt. Les gendarmes maliens ont l’air plutôt enthousiastes, au point d’en redemander le plus vite possible à la fin de la séance de deux heures. Forcément, comme tout militaire de Barkhane, les prévôts n’arrivent pas en terrain conquis. Pas plus qu’ils ne relâchent, un seul instant, leur attention.

Le site de la caserne est connu des terroristes, et d’ailleurs, lors du transit aller, une petite alerte a résonné sur le réseau interne des prévôts. “Un pickup nous suit”, lâche laconiquement depuis le véhicule d’ouverture du convoi, Michel, n°2 de son peloton de surveillance et d’intervention Sabre en France. Guillaume, pilote du deuxième 4×4 blindé, a également repéré le véhicule. Les gendarmes suivent en permanence des chemins variés pour éviter d’être pris en embuscade. Car les terroristes, au Sahel, essaient d’exploiter en force la moindre baisse de vigilance des autorités et de la force Barkhane. Au retour de la caserne malienne, les gendarmes de la prévôté font un détour par un point de surveillance des Forces armées maliennes (Fama). Puis ils passent à proximité d’un camp de réfugiés fait de paillotes sommaires. Les gendarmes vont ensuite au contact de la population locale. Comme en métropole, les gendarmes ont à cœur de connaître la zone de leur brigade et leurs habitants.

Développement des coopérations

Les prévôts français ont d’ailleurs des idées pour développer les coopérations avec leurs collègues africains. Et ce, tous azimuts. Déjà, en moins d’un mois, ils leur ont transmis un cas de trafic d’un militaire des Fama. Enfin, ils ont étudié, pour la gendarmerie locale, le contenu d’un téléphone portable grâce aux compétences des techniciens d’identifications criminelles présents sur la plate-forme opérationnelle désert de Gao.

Le lieutenant-colonel Jean, patron des prévôts, espère d’ailleurs pouvoir changer de braquet sur ce sujet des coopérations. Il s’agit, pour le n°2 d’un groupement de gendarmes mobiles basé à Dijon, d’intensifier les transferts de bons gestes dans l’intervention professionnelle. Mais aussi de développer tout ce qui peut l’être dans l’opérationnel avec les brigades territoriales et de recherches maliennes. Faut-il en faire plus encore ? Instaurer des Pomlt, acronyme de “police operationnal, mentoring and liaison team”, tels que cet officier en a connu en Afghanistan ? Comme L’Essor, le lieutenant-colonel Jean a entendu parler des réflexions françaises sur l’envoi de mentors de la Gendarmerie au Sahel. Les besoins de formation et d’éventuel accompagnement dans les missions sont, il est vrai, immenses. Tout comme le besoin d’équiper les forces locales. Affaire à suivre.

Jean-Marc Tanguy

4 Commentaires

  1. Retraite

    Ce qui est extraordinaire, c’est que dans les années 1990 – 2000, le Mali a envoyé à Haïti, dans le cadre de missions de l’ONU, dès dizaines de policiers maliens qui avaient qualité d’experts pour former la PNH (police nationale haïtienne).
    IL y a de quoi s’interroger!

    • Corre rene

      Tout à fait d’accord avec toi j’étais à Haïti en 1995 et ca se passait comme ça

  2. Abel Chemoul

    Les gendarmes envoyés en OPEX le sont sans passer par la quatorzaine:
    https://lemamouth.blogspot.com/2020/04/un-test-sinon-rien.html

    L’uniforme ne fait pas peur au COVID-19:
    https://lemamouth.blogspot.com/2020/04/nouveau-cas-de-covid-19-barkhane.html

    Même si la communication laisse à désirer:
    https://lemamouth.blogspot.com/2020/04/1500-cas-confirmes-de-covid-19-au-minarm.html

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *