vendredi 2 octobre 2020
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Palais de justice
Illustration (MG/L'Essor).

Bastia : cinq ans de prison pour l’ex-capitaine de gendarmerie

Un ex-capitaine de gendarmerie a été condamné à cinq ans de prison jeudi par le tribunal correctionnel de Bastia pour des affaires notamment de stupéfiants et d’écoutes téléphoniques, au terme d’un procès mettant en lumière la difficulté pour un enquêteur d’obtenir des résultats sans se “griller” au contact d’indicateurs.

François Levan, 42 ans, chef de l’antenne bastiaise de la section de recherches de Corse de 2005 à 2007, a été condamné pour détournement de saisies de stupéfiants, révélation de contenu d’enquête et divulgation d’écoutes téléphoniques en dehors du cadre légal. Cette peine n’a pas été assortie du mandat de dépôt requis par le procureur Jean-Luc Lennon, avec six ans de prison, contre l’ex-officier, qui a quitté la Gendarmerie en 2010 et comparaissait libre. M. Levan a aussi été condamné à cinq ans d’interdiction d’exercer une fonction publique et de détenir une arme.

Avec ses avocats, Olivier Morice et Aloïs Blin, du barreau de Paris, et Christian Scolari, de Nice, il a immédiatement annoncé qu’il ferait appel.

Des faits “d’une particulière gravité”

“Cette décision est totalement incompréhensible. On voulait la peau du capitaine Levan avant de le juger!”, a déploré Me Morice en quittant le tribunal. Il a annoncé qu’une plainte serait déposée “pour la mise en cause particulièrement scandaleuse” de son client. Il a notamment souligné que celui-ci a été relaxé “pour un chantier monté contre lui”, une affaire d’enlèvement et de séquestration d’un homme soupçonné d’avoir dérobé un chargement de téléphones portables à bord d’un camion et qui constituait pourtant l’une des principales mises en examen.

Pour le président Patrick Sandral, certains faits reprochés sont “d’une particulière gravité”, notamment procéder à des écoutes “en dehors du cadre légal, ce qui peut allumer une mèche pouvant aboutir dans le contexte insulaire à des règlements de comptes”.

“Balances” et… “sources humaines”

M. Sandral a ajouté que le tribunal n’avait eu que “peu de réponses sur le sort” de 188 kg de saisies de résine de cannabis par François Levan qui affirme les avoir détruits par le feu dans le camp de la Gendarmerie à Bastia. “J’étais jeune. Je me suis fait avoir”, a reconnu à l’audience François Levan, à propos de sa fréquentation de certains des co-prévenus qui lui servaient d’indicateurs.

La difficulté de recruter et de rémunérer ces “balances” ou “sources humaines”, selon les terminologies respectives des voyous et des gendarmes, alors que le règlement n’est pas toujours précis, a ainsi conduit le capitaine déchu, comme il l’a reconnu, à commettre des “erreurs graves”.

Brillant officier, apprécié de sa hiérarchie –comme a témoigné à l’audience son ancien chef à la SR, un colonel en poste à la direction de la Gendarmerie– M. Levan, présenté comme “un meneur d’hommes”, a aussi reçu des témoignages de soutien d’anciens subordonnés. Ayant obtenu de bons résultats durant son séjour en Corse, il avait été promu en 2007 commandant du groupement de Fréjus.

L’épluchage minutieux de ses comptes et de son patrimoine n’ayant nullement permis de trouver de trace d’enrichissement indu, il a été relaxé pour certains autres délits concernant les stupéfiants, la corruption et le trafic d’influence.

Un climat de “jalousie” entourait la réussite de l’officier

Étayant la thèse de la défense selon laquelle “il fallait faire tomber Levan”, son épouse Sandrine, contrôleur des douanes, a dénoncé à la barre le climat de “jalousie” qui entourait la réussite de l’officier, “qui aimait les grosses voitures”. “Cette mauvaise ambiance en Gendarmerie était souvent accompagnée de commentaires racistes, mon mari étant fréquemment qualifié de “Chinetoque” ou de “Niakoué” dans la cour de la caserne où nous habitions”.

Le principal des six autres prévenus, Claude Valery, 60 ans, actuellement emprisonné pour escroquerie, a été condamné à deux ans de prison pour détention et transport de stupéfiants, complicité de corruption et recel de supports d’écoutes illégales. Trois autres prévenus ont été condamnés à des peines de six mois avec sursis à dix mois ferme et les deux derniers ont été relaxés.

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