vendredi 23 octobre 2020
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Aux frontières nord-est de la France, le trafic de drogue se fait à flux tendus

Réduire les stocks, pour réduire les risques : les trafiquants à la frontière nord-est de la France multiplient les allers-retours vers les Pays-Bas et la Belgique proches, et approvisionnent leurs clients “à la minute”, constatent les enquêteurs forcés de s’adapter à ces nouvelles pratiques.

“Les trafiquants travaillent de plus en plus en flux tendus : ils évitent les stocks et multiplient les trajets, réduisant ainsi les risques en cas de contrôle”, explique le commissaire Guillaume Crivelli à la tête du Groupe d’intervention régional (GIR) Lorraine. “Ils font un véritable travail de fourmi entre leurs clients et leurs fournisseurs : ils ramènent des quantités restreintes conformes à leurs commandes et les distribuent immédiatement” précise-t-il.

Située au croisement de grands axes de circulation, l’A4 et l’A31, reliant les Pays-Bas et la Belgique à la région parisienne, la Lorraine est un carrefour du trafic de stupéfiants. Selon les services de contrôle, les trafiquants se rendraient aux Pays-Bas et en Belgique situés à seulement 02H30, une ou plusieurs fois par semaine, faisant passer entre 10 et 20 kg seulement de cannabis ou quelques centaines de grammes d’héroïne dans des véhicules légers. “On ne fait plus de saisies de 2 ou 5 tonnes : ce qui était transporté dans des camions est maintenant dissimulé dans des fourgonnettes ou des voitures et transporté en plusieurs fois”, observe le directeur général des douanes de Lorraine, Christian Leblanc. Selon lui, “ces transferts sont généralement opérés par des hommes de main, payés à la course”.

Les quantités globales de drogues en circulation restent sensiblement les mêmes : 1,354 millions d’euros de drogue saisis en Lorraine en 2012, contre 1,183 millions d’euros en 2011. Mais le trafic est morcelé et les contrôles ont dû être adaptés. “L’ouverture des frontières a considérablement compliqué la surveillance, mais cela ne veut pas dire que les frontières sont devenues des zones de non-droit”, souligne Christian Leblanc. Police et Gendarmerie opèrent désormais des contrôles “dynamiques” à bord de véhicules mobiles insérés dans le flux des grands axes routiers reliant les trois frontières à la région parisienne.

“Frapper là où ça fait mal”

Misant sur le transport de faibles quantités de drogue, le risque d’un bref passage en prison est devenu un risque calculé pour les trafiquants. Selon le commissaire Crivelli, “la prison est intégrée comme un risque accepté et envisagé, et pour certains, ça fait partie du jeu, et c’est confortable puisqu’ils savent qu’il retrouveront le produit de leur activité criminelle à la sortie”. Face à cette nouvelle stratégie des trafiquants, les tribunaux aussi s’adaptent, relève le procureur de Metz Pierre-Yves Couillaud: “La Police et la justice misent aujourd’hui davantage sur la construction des dossiers que sur le flagrant délit”, en comptabilisant les allers-retours transfrontaliers des prévenus, ou en récoltant des informations auprès des clients. “Pour toucher les trafiquants au cœur, il faut frapper là où ça fait mal : c’est-à-dire dans leur porte-monnaie. Nous mettons donc l’accent sur les saisies d’avoirs criminels, pour que le crime ne paie pas”, explique aussi le commissaire Crivelli.

Cette stratégie cible surtout les gros trafiquants. “Dans les cités, les petits trafiquants vivent sur leur argent et n’accumulent que peu de biens. Mais les grossistes importateurs gèrent des capitaux importants et se livrent à des opérations de blanchiment en achetant des commerces, des biens immobiliers ou des voitures”, constate le chef du GIR Lorraine. En 2012, la Lorraine se situe dans le haut du tableau des régions avec le plus fort taux de saisies d’avoirs criminels. En un an, le bilan des saisies dans la région a été multiplié par 3,5, passant de 800.000 euros en 2011, à 2,8 millions en 2012.

En France, c’est chaque jour 200.000 euros d’avoirs criminels en numéraires qui sont saisis et un bien immobilier par jour.

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