jeudi 4 mars 2021
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A la gendarmerie de Gao, un gendarme français, Guillaume, explique à ses homologues maliens des techniques d’interpellation (Photo: J.M Tanguy).
A la gendarmerie de Gao, un gendarme français, Guillaume, explique à ses homologues maliens des techniques d’interpellation (Photo: J.M Tanguy).

Au cœur de la force Barkhane, avec les gendarmes

Au Mali, L’Essor est allé à la rencontre des gendarmes de la force Barkhane, en première ligne contre la menace terroriste. Reportage.

Pour son cours d’intervention professionnelle, Guillaume est arrivé à la gendarmerie de Gao (Mali) avec trois prévôts. Ce 26 février, une demi-douzaine de gendarmes locaux sont présents. D’abord un peu impressionnés, ils vont vite être mis à l’aise par Guillaume. Moniteur d’intervention professionnelle (MIP) en France, le formateur a le rire et l’enthousiasme communicatifs. “C’est bien ça”, applaudit-il, voyant que ses élèves du jour ont rapidement saisi les bons gestes. “J’ai déjà repéré deux personnels qui pourront transmettre leurs camarades”, se félicite-t-il en fin de séance. Ils joueront donc le rôle de MIP dans leurs unités. Les gendarmes maliens sont conquis. Au point d’en redemander le plus vite possible à la fin de la séance de deux heures.

Une première

Cette formation par un prévôt de la force Barkhane de ses homologues de la gendarmerie de Gao (Mali) était une première. Elle est également un succès.

Cela tombe à pic, les prévôts veulent développer les coopérations avec leurs collègues maliens, et ce, tous azimuts. Déjà, en moins d’un mois, ces derniers leur ont transmis un cas de trafic mené par un militaire des forces armées maliennes. Ils ont aussi étudié, pour la gendarmerie locale, le contenu d’un téléphone portable grâce aux compétences des techniciens en identification criminelle présents sur la base de Barkhane, à Gao, baptisée Plate-Forme opérationnelle désert (PFOD).

Guillaume ne chôme pas. Il doit aussi former les militaires de Barkhane à la fouille des personnes, et assurer ses propres missions de prévôt. Le lieutenant-colonel Jean, patron des prévôts, veut changer de braquet en intensifiant les transferts de bons gestes dans l’intervention professionnelle. Mais aussi en développant tout ce qui peut l’être dans l’opérationnel avec les brigades territoriales et de recherches maliennes.

Jean a la prévôté dans le sang

Numéro  2 du groupement IV/7 de gendarmerie mobile de Dijon, Jean a la prévôté dans le sang. Mais la quasi-totalité des gendarmes sous ses ordres sont issus de la gendarmerie départementale, puisque le pré-requis est d’être OPJ. Le lieutenant-colonel a connu l’Afghanistan, mais aussi les tout débuts de la prévôté au Mali, en 2013, quand l’opération Serval a été lancée pour contrer l’offensive djihadiste venue de Tombouctou et, déjà, de Gao. Depuis, les mandats s’empilent, et cette connaissance du milieu local permet cette ingénierie de projets nouveaux.

Faut-il en faire plus encore, et créer des Police Operationnal, Mentoring and Liaison Teams (POMLT), comme les gendarmes français l’ont déjà fait en Afghanistan ? Comme L’Essor, le lieutenant-colonel Jean a entendu parler des réflexions françaises autour de l’envoi de 700 gendarmes pour former les forces de sécurité intérieure du Mali. Si rien n’est acté, l’idée est dans l’air et pourrait répondre aux besoins, immenses, de formation et d’accompagnement en mission des forces locales.

Ne jamais relâcher l’attention

Comme tous les militaires de Barkhane, les prévôts ne relâchent pas un seul instant leur attention. Le site de la caserne est connu des terroristes, et d’ailleurs, lors du transit aller, une petite alerte a résonné sur le réseau interne des prévôts : “Un pick-up nous suit”, lâche laconiquement Michel, n°2 de son Psig Sabre en France, depuis le véhicule d’ouverture du convoi. Guillaume, pilote du deuxième 4×4 blindé, l’avait déjà repéré, lui aussi. Il faut, en fait, en permanence changer les itinéraires pour éviter d’être suivis ou de tomber dans une embuscade. Les terroristes au Sahel, essaient souvent d’exploiter en force la moindre baisse de vigilance des autorités et de Barkhane.

Lire aussi: Comment travaillent les techniciens d’identification criminelle de la force Barkhane

Le trajet du retour est l’occasion d’un détour par un point de surveillance des forces armées maliennes. Les gendarmes français passent ensuite à côté d’un camp de réfugiés fait de paillotes sommaires, avant de découvrir un ensemble de terres cultivées financé par l’opération Barkhane, et d’interagir avec la population locale.

Comme en Métropole, les prévôts s’appliquent à connaître par cœur la zone de la brigade et ceux qui y vivent.  

Nous ne donnons que les prénoms des militaires interviewés. Pour des raisons de sécurité, l’opération Barkhane interdit de donner leur nom. Et parfois même d’indiquer leur affectation en France.

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