lundi 26 octobre 2020
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"Quand vous avez décidé de percuter mon mari, ce n'est pas seulement un gendarme que vous avez renversé, c'est avant tout un homme". Jeudi, le témoignage de la veuve de l'adjudant Tapella, tué après avoir été percuté par la voiture d'un homme sous l'emprise de la drogue, a plongé la cour d'assises du Pas-de-Calais dans un profond silence. L'aîné des fils du gendarme, Thomas, a également témoigné à la barre.

Affaire Tapella : la veuve du gendarme témoigne d’une vie condamnée “sans lui”

“Quand vous avez décidé de percuter mon mari, ce n’est pas seulement un gendarme que vous avez renversé, c’est avant tout un homme”. Jeudi, le témoignage de la veuve de l’adjudant Tapella, tué après avoir été percuté par la voiture d’un homme sous l’emprise de la drogue, a plongé la cour d’assises du Pas-de-Calais dans un profond silence. L’aîné des fils du gendarme, Thomas, a également témoigné à la barre.

“Cela a duré 17 semaines, 119 jours”, déclare Sylvie Tapella, son épouse pendant près de 25 ans. Il semble qu’elle pourrait décrire dans le détail chaque journée du coma qui a précédé la mort de son mari. A la barre, elle s’attarde sur les 24 heures qui ont suivi le drame du 19 juillet 2010, pour lequel elle refuse catégoriquement le terme d'”accident”.

“Mon Jeannick est resté là-bas, sur la route”, dit simplement Sylvie Tapella.

Son mari, décrit comme un “bon camarade, un bon collègue, un bon supérieur”, qui s’était spécialisé dans la prévention routière, lui l’ancien moniteur d’auto-école. Peu avant sa mort le 12 novembre 2010, près de quatre mois après les faits, l’adjudant, 49 ans, est méconnaissable pour sa famille. Il est maigre, pèse 40 kilos, rapporte Mme Tapella. Il est “comme un bébé de six mois, les yeux vides”.

Elle raconte que cinq mois plus tard, elle ne peut se rendre au chevet de son propre père hospitalisé. Elle raconte le mariage de son fils, quelques jours avant le procès, et l’absence douloureuse de Jeannick Tapella. Elle raconte ces nuits où elle se réveille avec “l’impression, ou du moins l’espoir qu’il est à mes côtés. Pendant quelques secondes je bouge pas, je me dis que tout ça c’était un cauchemar, qu’il est à mes côtés”. “Ma seule vérité c’est que vous avez tué mon mari, que vous m’avez condamnée à vivre sans lui jusqu’à ma mort”.

“M. Van Mullem, avez vous quelque chose à dire?”, demande la présidente. Il fait oui de la tête et demande un stylo – son bégaiement le handicape. “Vous ne pouvez pas essayer de vous exprimer normalement?” Il fait non. Il écrit. Mme Tapella est tournée vers lui. Il écrit longuement, il n’y a aucun bruit dans la salle, la veuve se tient debout à la barre, à moins de deux mètres, et attend qu’il termine.

“Trop tard pour un pardon”

“Je suis désolé de ce que vous avez vécu. Sachez que je n’ai jamais voulu la mort de votre mari. C’était un accident. Jusqu’au bout j’ai espéré qu’il survive”, écrit Jimmy Van Mullem, 29 ans aujourd’hui. “Jusqu’à la fin de ma vie, je vais vivre avec ce drame dans ma tête. Je sais que je ne serai jamais pardonné pour cela mais malgré tout je vous demande pardon à vous et à vos enfants”, couche-t-il encore sur le papier.

Sylvie Tapella lui répond: “Il est trop tard pour un pardon, les choses sont trop graves”. Elle le regarde longuement et il ne lève pas les yeux, ne soutient pas son regard, cela dure de longues secondes, jusqu’à ce que la présidente l’autorise à s’asseoir.

L’aîné des fils, Thomas, prend également la parole. Il revient sur l’été 2010. Il est infirmier, il sait l’enjeu des blessures de son père. “Tous les jours j’avais envie de prendre ce qu’il fallait pour lui injecter”, avoue-t-il. Les mots sortent à peine tant la gorge est nouée.

Les jurés devront répondre à une question essentielle, autour de laquelle les avocats des différentes parties se sont durement affrontés pendant le procès: Jimmy Van Mullem a-t-il volontairement heurté le gendarme Tapella qui voulait le contrôler? A-t-il ensuite volontairement tenté de heurter son collègue qui s’en est sorti grâce à un écart salvateur?

Pour des faits d’homicide volontaire aggravé, sur un militaire en service, Jimmy Van Mullem encourt la prison à perpétuité.

“Vous salissez la famille en prétendant assumer, en prétendant être désolé”, accuse Me Alice Cohen-Sabban, l’avocate de la famille Tapella. “Ne pas assumer c’est se retrancher derrière l’état de la voiture, c’est se retrancher derrière la vitesse excessive qu’on a choisie, c’est se retrancher derrière la drogue qu’on a sniffée pendant des jours”.

Des deux complices accusés d’avoir tenté de faire disparaitre le véhicule incriminé, un seul connaitra sa peine vendredi. Le second, victime d’une infection pulmonaire, sera jugé ultérieurement

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