jeudi 21 mars 2019
Accueil / Brèves / Acte XI des Gilets jaunes avec les LBD-40 sous l’œil des caméras-piétons
Un lanceur de balles de défense de 40 mm (Crédit photo: MG/L'Essor).
Un lanceur de balles de défense de 40 mm (Photo/MG/L'Essor).

Acte XI des Gilets jaunes avec les LBD-40 sous l’œil des caméras-piétons

Après les hélicoptères, les drones et les véhicules blindés, voici venu le temps des caméras-piétons qui filmeront ce samedi 26 janvier chaque tir des lanceurs de balles de défense de 40 mm (LDB-40) lors de l’acte XI des Gilets jaunes. Cette arme controversée était sous la menace d’une demande de suspension formulée, dans le cadre d’un référé d’urgence devant le tribunal administratif de Paris, par la CGT et de la Ligue des droits de l’Homme qui dénoncent sa dangerosité.

Le tribunal administratif de Paris a refusé vendredi soir cette demande, invoquant notamment l’expérimentation samedi de caméras pour filmer les tirs de LDB-40, une décision prise par le ministère de l’Intérieur. Le dispositif des forces de sécurité sera samedi pratiquement identique aux épisodes précédents : 80.000 hommes et femmes, dont 41.000 gendarmes pour l’acte IX le 12 janvier avec 103 EGM et 18 VBRG; 80.000 personnels, dont 39.000 gendarmes, lors de l’acte X le 19 janvier.

Pour cet acte XI, la Gendarmerie va être encore massivement mobilisée avec 39.000 gendarmes départementaux, mobiles et réservistes. 101 (sur un total de 109) escadrons de gendarmerie mobile (EGM) seront déployés. Les entraînements prévus à Saint Astier et les traditionnels renforts hivernaux dans les stations de ski ont été annulés. Quant aux véhicules blindés à roues de la gendarmerie (VBRG), ils devraient être de nouveau de sortie et répartis selon les demandes des préfets. Lors de l’acte XI, les LDB-40 seront donc sous surveillance, policiers et gendarmes devant déclencher les caméras-piétons à chaque tir.

Mille tirs de LBD-40 depuis le 17 novembre 2018

Cette arme, qui a remplacé le lanceur “flash ball” (moins puissant et moins précis), est accusée par le collectif militant “Désarmons-les” d’avoir éborgné 17 personnes depuis le début du mouvement des Gilets jaunes le 17 novembre 2018. Le ministère de l’Intérieur a dénombré 1.000 tirs de LDB-40 depuis cette date et assure avoir recensé seulement quatre personnes gravement blessées à l’œil dans les 81 enquêtes menées par l’Inspection générale de la police nationale (IGPN). De son côté, l’inspection générale de la gendarmerie nationale (IGGN) est saisie d’une seule enquête dans le cadre du mouvement des Gilets jaunes.

Selon les informations de L’Essor, les tirs ont été, dans leur très grande majorité, surtout le fait des policiers des BRI et des BAC constitués en détachements d’action rapide (DAR), et des compagnies d’intervention de la police. Les compagnies républicaines de sécurité (CRS) de la police et les EGM de la gendarmerie, unités beaucoup mieux formées au maintien de l’ordre et à l’utilisation des LDB-40 et mieux encadrées l’ont beaucoup moins utilisé.

Des tirs de LDB-40 qui ont même frappé à deux reprises les rangs des gendarmes mobiles à Paris. Le samedi 12 janvier, comme l’a révélé Libération. Et au mois de décembre 2018, selon les informations de L’Essor. A chaque fois, ces tirs fratricides ont fait l’objet de compte-rendu de la part des EGM concernés.

Syndicats réservés sur l’utilisation des caméras-piétons

Les syndicats policiers sont plutôt réservés sur l’efficacité des caméras-piétons pour filmer les tirs de LBD-40. Ils relèvent plusieurs inconvénients : la faible portée des caméras-piétons (quelques mètres par rapport à celle – 20 à 40 mètres – du LDB-40; la difficulté de filmer à la tombée de la nuit ou dans des nuages de gaz lacrymogènes; la faible autonomie des caméras-piétons (trois heures) alors que les policiers et les gendarmes sont souvent présents sur le terrain une bonne dizaine d’heures.

Interrogé par L’Essor, le général (2S) Bertrand Cavallier, spécialiste reconnu du maintien de l’ordre, rappelle les modalités d’utilisation des LBD-40 par les gendarmes mobiles. D’abord, note-t-il, l’usage du LBD-40 “ne peut intervenir, sauf légitime défense, que dans le cadre d’un tir commandé, c’est à dire sur ordre du commandant d’unité ou commandant de peloton. Cette discipline au feu est une donnée majeure dans le comportement collectif et individuel, qui s’appuie sur la culture militaire de la gendarmerie “.

Un usage “strictement encadré”

Par ailleurs, souligne le général Cavallier, le lanceur de balles de défense “est peu utilisé en gendarmerie. Il est très strictement encadré par les dispositions légales relevant des principes d’absolue nécessité et de proportionnalité, ainsi que par des textes réglementaires ( pas de tir à moins de 10 mètres…). Son usage intervient pour dissuader ou neutraliser une personne violente ou dangereuse”. Cet usage, poursuit-il, “s’inscrit toujours dans le cadre d’une manoeuvre d’ensemble,  et ne peut être exclusif d’autres modes d’action permettant la neutralisation d’individus dangereux”.

La formation dispensée au Centre national d’entraînement des forces de la gendarmerie (CNEFG) à Saint Astier (Dordogne) dirigé pendant plusieurs années par le général Cavallier, “insiste considérablement sur ces différents points, à la fois déontologiques, juridiques et tactiques”. Quand à l’utilisation des caméras, remarque-t-il, elle se situe “dans la logique de la judiciarisation (justification de l’emploi de la force, matérialisation de l’infraction commise par un manifestant … )”. Les escadrons de gendarmerie mobile sont déjà largement équipés en caméras, soit sur dotation pour les moyens affectés à la cellule image ordre public, déployée par une unité lors de chaque maintien de l’ordre, soit sur acquisition personnelle, très répandue jusqu’au niveau du chef de groupe, explique-t-il.

Pour Jean-Louis Courtois, expert en armes auprès des tribunaux, filmer avec des caméras-piétons “ne sert à rien”, dit-il à L’Essor. “Comment identifier dans un nuage de gaz lacrymogène le LDB-40 dont le projectile aura touché un manifestant si quatre ou cinq armes de ce type ont tiré en même temps et dans le même secteur?”, s’interroge-t-il. Les LDB-40 ne sont pas, de plus, équipés d’un rail spécifique, qui permettrait de fixer une caméra ad hoc déclenchée automatiquement quelques instants avant le tir. Pour lui, il faut poser autrement la question de l’utilisation du LDB-40 et de ses dangers en se demandant plutôt : “Combien le LDB-40 a-t-il sauvé de vies en évitant l’utilisation d’une arme à feu?”.

Pierre-Marie GIRAUD

A voir également

Essor défenseur des droits maintien de l'ordre

Graves incidents samedi à Paris : les gendarmes réagissent et proposent !

C’est le Premier ministre qui le dit. Le dispositif de maintien de l’ordre déployé lors …

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *