vendredi , 18 juin 2021

Militaires à Caen le 5 juin 2014 (PHOTO S.D/ L'Essor).
Photo d'illustration (PHOTO S.D/ L'Essor).

Tribunes des généraux : La seconde serait un contre-feu !

Dans l’affaire des deux tribunes des militaires, l’état-major des Armées a sans doute pêché par excès de précipitation. Un peu comme pour l’artillerie de campagne sollicitée pour un tir de contre-batterie, ses premières salves ont été jugées mal réglées par de nombreux observateurs. Y compris des “casques bleus”. 

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Aussitôt, ses experts se sont efforcés de revoir leurs paramètres. De sorte que le dernier message à la troupe du chef d’état-major des Armées (Cema) semble cette fois avoir atteint son objectif, à en croire ces mêmes observateurs : apaiser les tensions, ressouder les rangs sur l’essentiel.

Pas de sanctions mais un appel à la démission des signataires des tribunes des militaires

Dans son courrier du 10 mai diffusé en interne en réaction au second texte, réputé écrit par des militaires d’active et publié par l’hebdomadaire Valeurs actuelles, le général François Lecointre, sans rien céder sur le fond – “l’obligation de réserve qui s’impose à tout militaire a été largement transgressée” – exhorte ses soldats à faire preuve de “bon sens” et de “lucidité”, au lieu de brandir la perspective des sanctions, comme il le fit dans son entretien au Parisien, lors de la parution de la première tribune. 

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Rappelant le droit de tout militaire à la liberté d’opinion, le Cema invite simplement les éléments chez qui le devoir de réserve ne l’emporterait plus sur les convictions, à démissionner, et redit “toute (sa) confiance” dans les armées, “émanation de la Nation, dans toute sa diversité”. Simple et clair, commente un lecteur qui porta en son temps le sac a dos.

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Sans préjuger de la suite, un ouf de soulagement a été poussé chez ceux qui s’inquiétaient des risques de voir cette passe d’armes inédite sur l’état du pays et le rôle des autorités politiques, se transformer en une nouvelle crise sociale. Ils imaginaient déjà, après les Gilets Jaunes, les cheminots, les blouses blanches, une fronde des gilets kaki. 

Retour sur la Grogne de 2001

Excessif ? Peut-être à ce stade. Mais il ne s’agit pas d’un cas d’école. Faut-il rappeler combien, en 2001, la grogne des gendarmes avait déstabilisé la hiérarchie et contribué à peser sur l’élection présidentielle de l’année suivante. Déjà, à l’époque, les Français ont fait payer cher au candidat socialiste, le Premier ministre Lionel Jospin, sa thèse sur leur “sentiment d’insécurité” : il sera évincé du second tour par Jean-Marie Le Pen. 20 ans plus tard, le même sujet resurgit, en plus grave, et qui agite cette fois la Grande muette. Preuve, s’il en était besoin, que l’alerte est ultra sérieuse.

Certains l’ont bien perçu. A l’instar de képis étoilés retirés des affaires et ayant conservé leurs entrées à l’Elysée, des parlementaires de la majorité ont exhorté ces derniers jours le chef de l’État à détendre l’atmosphère dans les casernes. Si la consigne semble être arrivée jusqu’au cabinet du Cema, force est de constater que le gouvernement, lui, continue de jouer la stratégie de la condamnation et de la stigmatisation des pétitionnaires connus et anonymes. 

Réagissant à la publication de la seconde tribune, Florence Parly, la ministre des Armées, a dénoncé une “grossière machination politique”. “C’est la réthorique, le vocabulaire, le ton, les références de l’extrême droite”, a t-elle déclaré mardi en marge d’une visite sur le base aérienne de Creil, en région parisienne.

Curieusement, elle ne relève pas les amusantes références maçonniques que d’autres y voient – comme le 7e couplet de La Marseillaise relevé par le site Le Courrier des stratèges. Quand on sait que ces réseaux ont réalisé une OPA sur la gouvernance de la sécurité Intérieure, on touche mieux du doigt tous les enjeux sous-jacents derrière cet épisode dont les autorités feraient bien de tirer très vite toutes les leçons, en s’inspirant des artilleurs de l’état-major des Armées.

Alain Dumait

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