lundi 18 janvier 2021
Accueil / Articles abonnés / Darmanin: un ministre trop pressé …
Gerald-Darmanin - Ministre de l'Interieur (photo : M. Guyot)

Darmanin: un ministre trop pressé …

Quand Gérald Darmanin arrive le 6 juillet 2020 place Beauvau, au Ministère de l’intérieur, il est bien décidé à marquer son passage dans ce bureau occupé, depuis Léon Gambetta en 1870, par les personnages les plus illustres de la vie politique française contemporaine.

Comme le temps presse – la fin du quinquennat d’Emmanuel Macron est pour le 13 mai 2022, au plus tard – Gérald Darmanin (qui vient d’avoir 38 ans) veut aller vite, et obtenir de bons résultats en matière de sécurité publique, rapidement.

Il ne lui suffit pas d’être partout présent, sur tous les fronts et dans tous les médias. Il veut engager des réformes et avoir “sa” loi. Pour les réformes, ce pourrait être, dans la foulée de la parution du livre blanc sur la sécurité intérieure, une refonte de la répartition territoriale Police / Gendarmerie…

L’idée serait de remonter la jauge qui détermine cette répartition, actuellement à 20.000 habitants, pour la porter à 30.000 habitants. Des départements comme la Lozère seraient alors à 100% en zone Gendarmerie. Un redéploiement deviendrait alors possible dans les zones polices, comme dans certaines fonctions spécialisées (comme les aéroports). L’objectif étant au final de renforcer la police nationale dans les actuelles zones de non-droit. Pour afficher de meilleurs résultats…

Les syndicats de police voulaient cette loi

Mais le ministre sait mieux que personne que son administration, de fait, est co-gérée avec les syndicats, plus puissants là que partout ailleurs. Il faut donc, pour avancer, les avoir avec soi, ou au moins pas-contre soi.

Sur ces entrefaites, arrive en débat cette proposition de loi, portée par deux députés de la majorité présidentielle -les députés LREM Alice Thourot (Drôme) et Jean-Michel Fauvergue (Seine-et-Marne, ancien patron du RAID) – sur les pouvoirs de la police municipale, l’accès aux images des caméras-piétons, la captation d’images par les drones et la diffusion de l’image des policiers… Le texte est soutenu par tous les syndicats de police qui, depuis longtemps demande le floutage des images les concernant.

En effet, si le droit à l’image s’applique à toute personne dans un cadre privé, il ne s’applique pas présentement aux personnels des forces de sécurité, à l’exception de certains services spécifiques comme l’anti-terrorisme ou la lutte contre le grand banditisme.

Une circulaire du ministère de l’Intérieur de décembre 2008 précise même : “La liberté de l’information, qu’elle soit le fait d’un journaliste ou d’un particulier, prime sur le droit au respect de l’image ou de la vie privée”. C’est ce que les syndicats de police, depuis lors, voulaient changer.

D’où cet article 24 de la proposition de loi sur la sécurité globale, qui vient de mettre hier plus de 150 000 manifestants dans la rue…

Grave erreur !

Le ministre pensait sans doute qu’une fois cette loi adoptée, et les syndicats satisfaits, il aurait de ce coté les mains plus libres… Grave erreur !

D’autant que pour le sénateur LR Philippe Bas, le futur délit est “inapplicable et inconstitutionnel”, c’est “un vrai marché de dupes pour les policiers qui n’en retireraient aucune protection! Et une atteinte à la liberté de la presse”. Et d’annoncer: “Le Sénat devra le corriger”

Sans vouloir ici trancher ce débat, devenu 100% politique, osons quelques remarques :

  • Les “grandes réformes” sont toujours risquées. Surtout quand un mandat présidentiel avance, et approche de sa fin. Le ministre aurait dû se souvenir (mais il n’était pas né…) de la loi sécurité et liberté, élaborée par Alain Peyrefitte, à la fin du septennat de Giscard d’Estaing, votée en février 1981, et aussitôt abrogée par François Mitterrand quelques mois plus tard !
  • D’une façon générale, réformer n’est jamais facile, en France encore moins !… Plus encore dans une administration co-gérée, de fait, comme la police nationale. Un ministre de l’intérieur devrait afficher dans son beau bureau la maxime de Lao-Tseu : “il faut, quand on gouverne, réformer comme on fait frire les petits poissons, tout doucement…”

Alain Dumait, directeur de L’Essor

Crowdfunding campaign banner

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Gratuit : la newsletter de "l'Essor"!

Recevez chaque semaine notre newsletter " Rue Bleue " :  articles inédits, veille sur la presse et infos pratiques

Votre inscription est réussie ! Pensez à confirmer cette inscription dans le mail que vous allez recevoir. Merci.