lundi 20 août 2018
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A Notre-Dame-des-Landes (Photo/GF/PressPepper).
A Notre-Dame-des-Landes (Photo/GF/PressPepper).

Les quatre enseignements de l’opération de maintien de l’ordre à Notre-Dame-des-Landes

La ZAD, en 2012 (Crédit photo Non à l'aéroport Notre-Dame-des-Landes).
La zad en 2012 (Crédit photo/Non à l’aéroport Notre-Dame-des-Landes).

A peine quelques semaines après les dernières opérations d’envergure à Notre-Dame-des-Landes, c’est déjà l’heure du bilan. Un premier retour d’expérience devrait être prochainement diffusé dans la Gendarmerie, sous la forme d’une note opérationnelle, a-t-on appris en marge d’un déplacement du ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb, au centre national d’entraînement des forces de la Gendarmerie de Saint-Astier (CNEFG), ce vendredi 8 juin.

Cette note opérationnelle portera sur le maintien de l’ordre et les enseignements tirés par l’Arme à l’issue des opérations menées à Bure (Meuse) et à Notre-Dame-des-Landes (Loire-Atlantique). C’est surtout cette dernière opération, qui s’est soldée par deux périodes d’activité intense, en avril et en mai, qui a été décortiquée. Elle s’est soldée par 108 blessés chez les gendarmes. (liste ci-dessous) Côté manifestants, plusieurs blessés sont à déplorer dont Maxime, un étudiant gravement blessé à la main en ramassant une grenade.

 Le bilan de la Gendarmerie 211 barricades (la plupart enflammées et piégées avec des bouteilles de gaz) ont été réduites par les véhicules blindés du 9 avril au 31 mai; 108 militaires blessés, 54 interpellations ayant conduit à 41 condamnations pénales ou poursuites en cours.; 129 procédures ont été diligentées ; 800 engins incendiaires, 50kg d’artifices ou d’engins explosifs, et un drone adverse (intercepté en plein vol par les brouilleurs de la Gendarmerie lire-ci dessous) ont fait l’objet de saisies judiciaires.

Lire aussi sur L’Essor: Un homme grièvement blessé en ramassant une grenade à Notre-Dame-des-Landes (actualisé)

Une préparation poussée

Notre Dame des Landes
Barricades constituées de bouteilles de gaz à Notre Dame des Landes Gendarmes mobiles à Notre-Dame-des-Landes (Photo d’illustration Gendarmerie Nationale)

Dès l’annonce de l’abandon du projet d’aéroport, en janvier, par le gouvernement, l’Intérieur a commencé à travailler avec d’autres ministères sur les aspects juridiques d’une future opération. En tout, 97 squats, parfois situés sur plusieurs parcelles du cadastre, sont recensés. Ce travail juridique très fin va être, explique-t-on Place Beauvau, “un élément important dans la réussite de la manœuvre”. En effet, on estime à l’Intérieur qu’une des raisons de l’échec de l’opération d’évacuation César, en 2012, à Notre-Dame-des-Landes, réside dans l’absence de destruction des squats. La future déconstruction des habitats illégaux est au contraire en 2018 considérée comme essentielle.

Les unités de Gendarmerie mobile engagées bénéficient toutes, avant l’intervention, d’un rappel en matière d’usage de la force, sous la forme d’un stage d’une demi-journée ou d’une journée. Pendant que l’Intérieur se prépare à l’intervention, une partie des opposants, satisfaits de leur victoire, baisse les armes. C’est ce qui explique, souligne-t-on à l’Intérieur, pourquoi un certain nombre d’armes repérées auparavant par la Gendarmerie, comme une catapulte improvisée, n’ont finalement pas été utilisées par des zadistes. Néanmoins, les gendarmes ont été victimes d’embuscades et d’attaque avec des jets d’acide, des cocktails molotov ou des bombes artisanales!

Des moyens spéciaux

Véhicules blindés à roues de la Gendarmerie (Crédit photo: MG/ L’ESSOR).

Lanceur d’eau de la Police nationale, véhicule blindé à roues de la Gendarmerie (VBRG), chiens… L’institution a mis tous les moyens de son côté pour réussir son opération. Le lanceur d’eau utilisé à Nantes le 14 avril a ainsi permis, explique-t-on Place Beauvau, de maintenir à distance les manifestants,  une manifestation jugée alors “sensible”. Pour autant, la Gendarmerie n’envisage pas d’acquérir un tel engin, misant au contraire sur une mutualisation au cas par cas des neufs lanceurs d’eau de la Police nationale.

L’apport des quatre véhicules blindés à roues de la Gendarmerie, mobilisés sur réquisition du Premier ministre, a quant à lui été jugé “déterminant”. La Place Beauvau a compté en tout près de 200 barricades, certaines en feu, d’autres piégées par des bouteilles de gaz, qui ont pu être déblayées plus aisément avec ce type d’engin. Enfin, des maîtres-chiens ont été mobilisés, une présence qui s’est révélée efficace. “Leur effet dissuasif est nettement supérieur à celle d’un gendarme mobile” et a permis d’apaiser la situation sur le terrain, commente-t-on Place Beauvau. Leur présence dans le maintien de l’ordre devrait prochainement être intégrée dans la doctrine de la Gendarmerie.

Lire aussi sur L’Essor : 11.000 grenades utilisées par les gendarmes à Notre-Dame-des Landes

Une action de police judiciaire ciblée

D’importants moyens vidéos et photos ont été mis en œuvre à Notre-Dame-des-Landes : drones, hélicoptères, caméras et caméras-piétons sont déployés pour apporter des éléments de preuve à des poursuites judiciaires. Outre ce dispositif technique, près de 200 officiers de police judiciaire venus de toute la France sont engagés, sous la supervision des procureurs des deux parquets compétents, Nantes et Saint-Nazaire, “présents en personne durant les opérations”, salue-t-on au ministère de l’Intérieur.

Le résultat ? Des interpellations ciblées qui ont donné judiciairement des résultats. La Gendarmerie compte désormais engager de manière systématique deux officiers de police judiciaire par escadron de gendarmerie mobile lors d’opérations de maintien de l’ordre. L’Intérieur et la Justice vont de leur côte mettre en place un groupe de travail chargé de plancher sur la judiciarisation en matière de maintien de l’ordre.

Lire aussi sur L’Essor : Une perquisition et deux arrestations à Notre-Dame-des-Landes (vidéo)

Photo d’illustration.

Un premier drone intercepté lors d’une opération

L’action de la Gendarmerie à Notre-Dame-des-Landes a été l’occasion d’une première, celle d’une interception d’un drone pendant une opération de maintien de l’ordre. Ce dernier, repéré sur la zone d’opérations malgré un arrêté d’interdiction de survol, a été neutralisé avec un brouilleur anti-drone. Cet appareil, qui ressemble à une sorte de fusil muni d’une antenne, a permis d’interrompre la liaison radio entre le drone et son pilote. L’engin volant s’est alors stabilisé jusqu’à l’extinction de sa batterie.

Gabriel Thierry

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