vendredi 22 juin 2018
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Les “Black blocs”, un défi pour la gendarmerie

Triste bilan pour le traditionnel défilé parisien du 1er Mai, avec l’incendie de deux commerces, de six véhicules et de nombreuses dégradations. Alors que le (tranquille) cortège syndical a compté environ 20.000 personnes dans la capitale, près de 14.500 manifestants s’étaient rassemblés en marge de ce rendez-vous. Et parmi ces derniers, la Préfecture de police de Paris a dénombré près de 1.200 “Black Blocs”, soit environ le double des prévisions de cette institution, face aux 1.500 policiers et gendarmes (dont cinq escadrons de gendarmerie mobile).

“Black bloc”, autonomes, ou encore “casseurs” : de nombreux termes sont utilisés pour décrire une mouvance éphémère classée à l’extrême-gauche qui se définit avant tout par une pratique. Dissimulés avec des cagoules et des vêtements noirs, le “Black Bloc” désigne, rappelle l’auteur Francis Dupuis-Déri, “une tactique très typée : elle consiste pour ces manifestants à manœuvrer groupés de sorte à prendre l’apparence d’un bloc au milieu duquel chacun préserve son anonymat”.

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Une pratique apparue en Allemagne

Si le terme est ancien – il est né dans les années 1980 en Allemagne -, il constitue néanmoins, rappelle une note du centre de recherche de l’Ecole des officiers de la Gendarmerie nationale, une “gageure pour les forces de l’ordre françaises”. “Faire face de manière effective au nouveau phénomène que représentent les Black blocs passera sans doute par une intensification de la coopération et des échanges de bonnes pratiques entre pays concernés”, précise ce document publié en juillet 2016.

Bertrand Cavallier (Crédit photo: GT/ L'Essor).
Bertrand Cavallier (Crédit photo: GT/ L’Essor).

Déjà bien étudié, le “Black blocs” du 1er Mai n’a pas surpris dans la Gendarmerie. “Il n’y a rien à réactualiser, souligne à L’Essor un haut gradé. Ce qu’il s’est passé mardi à Paris s’est déjà déroulé à Rennes, Nantes, à Notre-Dame-des-Landes ou Strasbourg”. Il y a près de dix ans, en 2009, environ 2.000 “black blocs” mettaient à sac le quartier du Port du Rhin de la capitale alsacienne, incendiant une pharmacie, un hôtel ou encore un poste de douanes, pour des dégâts estimés à près de cent millions d’euros selon France 3. Des dommages considérables qui relativisent grandement l’ampleur des violences à Paris le 1er mai 2018, qui se sont soldées par quatre blessés légers dont un policier.

“Le maintien de l’ordre a vocation à assurer la stabilité de l’ordre social, rappelle à L’Essor le général (2S) Bertrand Cavallier, spécialiste du maintien de l’ordre. C’est une réflexion politique. On peut donc se dire qu’à Paris, mardi, les dégâts ont été limités même s’ils ont été spectaculaires.” A contrario, souligne l’ancien commandant du Centre national d’entraînement des forces de Gendarmerie de Saint-Astier (Dordogne) (CNEFG), une intervention policière en force, comme par exemple une charge sur le pont d’Austerlitz, aurait pu déboucher sur davantage de blessés ou des morts.

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Quelle suite aux interpellations ?

“Les débats se focalisent sur l’aspect tactique, poursuit Bertrand Cavallier. Mais la véritable réponse se trouvera dans les suites données aux interpellations.” Après les dégradations commises mardi, 276 personnes avaient été interpellées. Ce jeudi 3 mai, la justice faisait état du maintien en garde à vue de 43 personnes et de l’ouverture d’une enquête du chef d’association de malfaiteurs confiée à la direction régionale de la police judiciaire. Le parquet de Paris annonçait également le déferrement en comparution immédiate de six personnes. Ils sont prévenus du chef de “participation à un groupement formé en vue de commettre des violences”, de dégradations, de violences volontaires, de rébellion ou encore de port d’armes prohibé.

Vue extérieure du futur palais de justice de Paris (Crédit photo: Ministère de la Justice).
Vue extérieure du futur palais de justice de Paris (Crédit photo: Ministère de la Justice).

“L’arsenal juridique existe, observe à L’Essor Christophe Soullez, le chef de l’Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales (ONDRP). Le problème avec les poursuites juridiques, c’est la collecte de preuves.” Difficile de prouver qu’un “Black bloc” au visage masqué a bien jeté un projectile ou dégradé un commerce, même en s’appuyant sur la vidéosurveillance ou la police technique et scientifique. L’affaire de l’incendie d’une voiture de police en mai 2016 à Paris par des personnes cagoulées avait ainsi nécessité de longs mois d’enquête s’appuyant notamment sur le témoignage d’un agent du renseignement.

Demain, les services de police, comme la Gendarmerie, pourraient appuyer leurs investigations sur l’utilisation de marqueurs ADN. “Les marqueurs de peinture ont déjà été expérimentés, mais cela n’avait pas marché”, rappelle cependant Christophe Soullez. Au contraire, l’une des pistes les plus sérieuses pour lutter contre ces violences réside bien en amont des faits, en mettant en place des interdictions administratives de manifester pour des individus connus des services de renseignement. Une méthode déjà pratiquée en France lors des manifestations contre la loi Travail en 2016.

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Gabriel Thierry.

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