mardi 20 octobre 2020
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(Photo/SD/L'Essor).

Gendarme mort en Gironde : le père aurait tué son fils avant de se suicider

Le père et son fils de 15 ans qui venait d’être mis en examen pour avoir tué l’adjudant David Lannes avec sa moto de cross trafiquée, ont été retrouvés morts mardi matin, dans un bois près de chez eux en Gironde, le père ayant probablement tué son fils avant de retourner son fusil de chasse contre lui. L’enquête, confiée dans un premier temps aux gendarmes de la brigade des recherches d’Arcachon, a été transmise à la section de recherches de Bordeaux dans le cadre d’un homicide suivi d’un suicide.

Les deux corps ont été découverts par des chasseurs dans un bois proche de leur domicile de Salles (Gironde) et les constatations médico-légales permettent de “privilégier l’hypothèse d’un scénario dans lequel le père a tiré sur son fils en premier avant de retourner l’arme contre lui“, a annoncé mardi soir le parquet de Bordeaux.

Les recherches des gendarmes
rendues difficiles en raison de la météo

Le père et le fils ont apparemment quitté leur domicile lundi en début d’après-midi en prenant la voiture familiale “au prétexte de rendre visite à un membre de leur famille“, poursuit le parquet. “N’ayant pas de nouvelles de leur part, constatant l’absence d’un fusil de chasse et trouvant chez elle une lettre manuscrite de son conjoint laissée à son intention, la mère du mineur a décidé de signaler leur disparition” à la brigade de gendarmerie de Biganos vers 22h45.

Les opérations de géolocalisation des téléphones portables n’ont pas permis de localiser précisément l’endroit où se trouvaient le père et son fils. Des recherches ont été malgré tout entreprises par les gendarmes des unités de  Gujan Mestras et Biganos à proximité du domicile mais elles se sont avérées difficiles en raison des nombreuses zones boisées d’accès rendu très difficile en raison des intempéries. L’équipe cynophile n’a pas pu intervenir en l’absence de localisation des deux personnes recherchées. Les investigations ont finalement été interrompues entre 4h et 7h30 en raison des conditions météorologiques.

C’est finalement un couple de chasseurs qui a trouvé les corps tôt mardi matin et les gendarmes ont découvert dans la voiture “deux autres lettres, vraisemblablement rédigées par le père, et destinées à leurs proches“, dans lesquelles ils “faisaient état d’un passage à l’acte imminent“.

L’enquête est désormais confiée à la section de recherches de la gendarmerie de Bordeaux dans le cadre d’un homicide suivi d’un suicide.

Un autopsie du père et de son fils est prévue mercredi

Le 4 février, l’adolescent sur sa moto de cross avait percuté un gendarme lors d’un contrôle de vitesse non loin de chez lui. Propriétaire de cette moto depuis décembre 2017, il avait reconnu “avoir vu le gendarme lui demander de s’arrêter pour le contrôler, ne pas avoir obtempéré ni tenté de l’éviter“, avait précisé le procureur adjoint Gérard Aldigé.

Il a par ailleurs admis avoir acquis ce cyclomoteur en sachant que sa cylindrée avait été augmentée à environ 88 cm3. Son véhicule n’était pas homologué pour circuler sur la voie publique“, avait ajouté le magistrat.

Grièvement blessé, le gendarme, âgé de 46 ans et père de trois enfants, était mort le lendemain. Le 6 février, l’adolescent avait été mis en examen pour “homicide involontaire aggravé“, risquant une peine de 7 ans de prison, et placé sous contrôle judiciaire. La chambre de l’instruction de la Cour d’appel de Bordeaux devait examiner ce mardi l’appel du parquet qui souhaitait son placement en détention.

Une autopsie du père et du fils se déroulera mercredi à l’institut médico-légal de Bordeaux.

Avec AFP 

Double peine

Comme chaque année, la Gendarmerie a rendu hommage à ses morts en service. Huit militaires décédés en 2017. Et déjà quatre en 2018. L’un, l’adjudant David Lannes, a succombé à ses blessures après avoir été percuté en Gironde par un adolescent de 15 ans le 4 février.

Il luttait contre l’insécurité routière qui fait chaque année, encore, beaucoup de trop de morts sur les routes. Il tenait le cinémomètre lorsque le mineur, au guidon d’un cyclomoteur trafiqué, l’a heurté après avoir refusé d’obtempérer. Le juge d’instruction a décidé de ne pas suivre le parquet qui avait choisi une qualification criminelle de “meurtre aggravé” et le placement en détention du mineur.

Il l’a mis en examen pour “homicide involontaire aggravé par un manquement délibéré à une obligation de sécurité ou de prudence, de refus d’obtempérer et de refus d’obtempérer aggravé“, un délit passible d’une peine de 7 ans de prison pour un majeur et donc de la moitié pour un mineur (*). Et il l’a laissé libre sous contrôle judiciaire, provoquant une avalanche de réactions indignées des gendarmes et du parquet, qui a, aussitôt, fait appel.

Mais, quelques heures avant l’examen de cet appel sur le renforcement du contrôle judiciaire, les corps du mineur et son père ont été découverts, tués par balle, dans un bois près de chez eux. Un double suicide selon le procureur. Placé en détention, l’adolescent serait-il encore en vie? On ne le saura jamais.

Mais quoi qu’il en soit, le constat, douloureux, est double. Il n’y aura jamais de réponse judiciaire à la mort violente de ce gendarme. Mais surtout, cela constitue une double peine pour l’épouse, les trois enfants et les proches du major David Lannes : ils n’auront jamais de procès et ne connaîtront jamais la vérité. Aujourd’hui ce sont à eux que nos pensées toutes entières doivent aller.

Didier Chalumeau

(*En raison de l’excuse de minorité)

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