mardi 22 septembre 2020
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L’ex-gendarme adjointe djihadiste ne regrette pas d’être rentrée dans la gendarmerie, ni de l’avoir quittée

Tribunal de Grande Instance de Paris (Photo Matthieu Guyot)
Tribunal de Grande Instance de Paris (Photo Matthieu Guyot)

Au deuxième jour de son procès l’ex-gendarme adjointe du Var a été interrogée sur son passage dans la gendarmerie d’où elle a été exclue après avoir été condamnée pour consultation illicite de fichiers. 

L’une était gendarme volontaire, l’autre serveur au Fouquet’s, ils se sont rencontrés sur Facebook et ont rêvé ensemble de partir en Syrie: le tribunal correctionnel de Paris s’est penché mardi sur le parcours d’un couple de jihadistes présumés.
“Vous voulez vous asseoir?” demande la présidente à la prévenue, habillée d’amples vêtements bleu marine et voilée au plus près du visage, enceinte de huit mois et demi.
Ahlam El Haddad, 24 ans, décline la proposition et répond à un interrogatoire qui peine à éclairer sa personnalité “atypique”, dixit la
présidente.
La licenciée de droit, qui a travaillé d’août 2012 à novembre 2013 comme gendarme volontaire dans le Var ,- au peloton autoroute de Saint-Maximin ndlr –  fait des réponses laconiques aux questions sur sa vie, comme à celles sur les faits qui lui valent d’être jugée toute la
semaine, avec six autres prévenus, pour “association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste“.
La gendarmerie? “Je ne regrette pas d’y être rentrée, je ne regrette pas de l’avoir quittée”, après avoir été surprise à consulter de manière illicite des fichiers, dit-elle, tout en déplorant un climat de “sexisme” et de “racisme”.
La jeune femme reconnaît sans difficulté des velléités de départ pour la Syrie en 2013. Au départ, elle voulait combattre mais “c’était absurde, parce que les femmes ne se battent pas”.
“Et le rôle de femme de moudjahidine, ça vous plaisait?” veut savoir la présidente
A l’époque je n’avais pas le choix, mais sincèrement, non...”
Le tribunal l’interroge sur une escroquerie au préjudice d’un organisme de crédit, qui lui a permis d’emprunter 30.000 euros: “Vous n’aviez pas des économies?
Si, mais on partait pour ne plus revenir et je ne voulais pas renoncer à un certain confort.”

Aujourd’hui, l’ancienne gendarme volontaire adjointe,  dit qu’elle était “dans une spirale, tout foutait le camp, c’était n’importe quoi“.

La jeune femme, qui a dans ses interrogatoires toujours condamné les attentats menés en France, dit qu’elle “regrette”.
Ahlam El Haddad comparaît libre, sous contrôle judiciaire. Mais Nassim Tache, qu’elle a rencontré début 2013 via Facebook, puis épousé civilement et religieusement à la fin de la même année, est incarcéré depuis plus de trois ans.
Lorsque vient son tour d’être interrogé, il craque en évoquant une fausse couche de sa jeune épouse lors de l’incarcération de cette dernière en 2014: “Pourquoi l’enfermer alors qu’elle était enceinte?”
Placé à l’isolement depuis plusieurs mois, ce jeune homme portant queue de cheval et barbe épaisse sanglote: “On a tout avoué, on a tout reconnu, on n’est pas partis en Syrie, pourquoi s’acharner contre nous?”

Licencié du Fouquet’s à cause de Sarkozy!

Après une “bonne scolarité“, ébranlé par le décès d’une jeune soeur, il abandonne ses études et devient “serveur” puis “chef de rang” au Fouquet’s, célèbre restaurant sur les Champs-Élysées.
Il est licencié après des frictions avec sa hiérarchie: “Nicolas Sarkozy avait été élu et il est venu manger au restaurant, il y a eu des tensions par rapport à ça.  Je ne voulais pas être à la porte et devoir lui serrer la main.
Selon les enquêteurs, il a été un propagandiste actif sur internet, mais il a aussi hébergé Mourad Fares, considéré comme l’un des grand recruteurs de jihadistes français, ainsi que d’autres hommes ayant par la suite rejoint la Syrie. Nassim Tache, 31 ans, beaucoup plus volubile que sa compagne, reconnaît avoir pensé sérieusement à partir à la fin de l’année 2013 et dit qu’il aurait aussi bien pu “combattre, faire la vaisselle ou porter un sac de riz.”
Aujourd’hui, il “remercie Dieu de ne pas avoir sauté le pas pour le jihad”. “Je ne faisais pas de propagande, je faisais de l’information, je suis
drogué à l’information”, dit-il encore.
Nassim Tache affirme avoir réussi il y a quelques années “un test d’admission” dans une école de journalisme parisienne, mais a renoncé à y
entrer à cause du prix de la scolarité.

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