mercredi 30 septembre 2020
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(Photo d'illustration L'Essor.)

Affaire Théo : les parties s’opposent sur la question du viol présumé

Une semaine après l’interpellation brutale d’un jeune homme de 22 ans en Seine-Saint-Denis, devenue l'”affaire Théo”, les parties s’opposent sur la question du viol présumé et la tension baisse à Aulnay-sous-Bois, même si quelques incidents épars avaient encore lieu dans le département jeudi soir.

Un policier qui plaide un geste “involontaire”

Jeudi, l’avocat du policier de 27 ans mis en examen pour viol a plaidé le geste “involontaire”, Théo affirmant à l’opposé que le policier lui a “enfoncé volontairement” sa matraque “dans les fesses”. Lors de l’interpellation, le jeune homme “se débat dans tous les sens” et un des coups qui part en direction de sa cuisse va le “blesser gravement”, a expliqué Me Frédéric Gabet.

Les avocats des quatre policiers appellent au “respect de la présomption d’innocence”. Ils s’insurgent contre les “pressions politiques et les propos irresponsables”. “Certains médias et certaines personnalités politiques (…) ont voulu jeter +les policiers aux chiens+ avant même que les enquêteurs et la justice ne se prononcent”, a dénoncé, en écho, le syndicat de police Alliance.

“Les investigations se poursuivent”

Dans ses premières conclusions, l’Inspection générale de la police nationale avait retenu “le caractère non intentionnel” du coup de matraque. Le parquet de Bobigny s’était notamment basé sur ce rapport pour ouvrir une information judiciaire pour “violences”. Mais, in fine, la juge d’instruction a décidé de mettre un examen l’un des quatre policiers pour viol, et les trois autres, âgés de 24, 28 et 35 ans, pour violences. Jeudi, le parquet de Bobigny a tenu à rappeler que “les investigations se poursuivent”. “La qualification pénale susceptible d’être appliquée ne pourra être établie qu’à l’issue de l’information judiciaire”, a-t-il souligné.

Théo toujours hospitalisé

A la question “comment va Théo”, son avocat Éric Dupond-Moretti a répondu jeudi: “Comme un garçon qui a été violé.” “Les marques de solidarité lui font du bien”, a-t-il ajouté. Toujours hospitalisé une semaine après son arrestation brutale, le jeune homme s’est vu prescrire 60 jours d’incapacité totale de travail. Sur son lit d’hôpital, devant le chef de l’État venu à son chevet, Théo a exhorté mardi les jeunes de son quartier en proie à des violences, à ne “pas faire la guerre” et à “rester unis”, affirmant avoir “confiance en la justice”.

Neuf interpellations à Noisy-le-Grand

Après cet appel au calme, la tension a continué à baisser dans la vaste cité des 3.000 mais quelques incidents ont à nouveau éclaté dans d’autres villes de Seine-Saint-Denis jeudi soir. Selon un bilan établi vers minuit, quelques véhicules ont été incendiés à Tremblay, Pierrefitte, Bobigny ou Noisy-le-Grand où neuf interpellations ont eu lieu. Bruno Beschizza, maire LR d’Aulnay-sous-Bois, a une nouvelle fois appelé jeudi à un retour au calme. “La justice doit pouvoir travailler en toute sérénité”, a-t-il estimé, indiquant que la famille de Théo aspirait “à se reconstruire pleinement, loin des caméras et des micros”.

2.600 caméras mobiles pour les policiers et les gendarmes

La tension a également baissé dans les manifestations de soutien au jeune homme, qui avaient donné lieu à des échauffourées mercredi. Jeudi soir, 180 personnes se sont rassemblées à Rennes sans incident. Ils étaient 300 à Lille. Dans ce contexte, le ministre de l’Intérieur Bruno Le Roux a annoncé jeudi que policiers et gendarmes seront bientôt dotés de 2.600 caméras mobiles, pour “apaiser les interventions et faire en sorte de rassurer les forces de sécurité”.

Plusieurs jeunes condamnés pour violences urbaines

Deux jeunes, 18 et 19 ans, ont été condamnés à deux mois de prison avec sursis pour “complicité de violences” jeudi à Bobigny. Ils avaient indiqué du toit d’un immeuble à des émeutiers la position de policiers pour les caillasser. Un père de famille de 34 ans, a lui été condamné à trois mois avec sursis pour injures à l’encontre de forces de l’ordre. Mercredi, deux jeunes avaient déjà été condamnés à six mois de prison ferme, et deux autres à six mois avec sursis, pour “embuscades”.

“Bamboula”: Bruno Le Roux condamne les propos d’un responsable policier

Le ministre de l’Intérieur a condamné jeudi soir les propos d’un responsable syndical policier qui avait jugé l’insulte “bamboula” comme “à peu près convenable”, lors d’une émission de télévision. Le ministre “condamne les propos tenus, au cours d’une émission de télévision, par un responsable syndical policier, qui tendaient à relativiser une insulte à caractère raciste et discriminatoire”.

“En toutes circonstances, l’exemplarité, l’éthique, le respect des personnes et celui des valeurs de la République, doivent guider l’action et le comportement des forces de l’ordre”, a rappelé le ministre.

M. Le Roux réagissait aux propos tenus par le syndicaliste Unité SGP-FO, Luc Poignant sur le plateau de l’émission “C’ dans l’Air” sur France 5, jeudi, pendant laquelle il estimait que le qualificatif “bamboula” restait “à un peu près convenable”. Interrogé sur les rapports entre jeunes des quartiers et forces de l’ordre, Luc Poignant a déclaré: “Les mots +bamboula+, d’accord, ça ne doit pas se dire mais ça reste à peu près convenable (…) +Enculé de flic, c’est pas convenable, non plus”.

Maîtrise et sang-froid

“Le lien de confiance entre les Français et les policiers et les gendarmes chargés de les protéger doit reposer sur une exigence absolue de respect mutuel”, a souligné Bruno Le Roux. Le ministre “appelle chacun, dans le contexte actuel, à faire preuve de sang-froid et de maîtrise dans son expression et son comportement”

Les propos de M. Poignant ont déclenché une avalanche de réactions outragées sur les réseaux sociaux et le syndicaliste s’est attiré les foudres de sa propre organisation syndicale, Unité SGP-FO. Unité SGP-FO “tient à apporter un démenti formel aux propos tenus par son représentant qui n’a pas pris la mesure de ceux-ci voulant juste relativiser des insultes verbales par rapport aux agressions physiques”, a indiqué le syndicat, dans un communiqué, avant de présenter “toutes ses excuses aux personnes qui auraient pu être choquées par ses propos”.

Des propos intolérables pour SOS Racisme 

SOS Racisme a déclaré qu’il “s’assurera que le syndicat Unité SGP Police prenne ses responsabilités de sanction immédiate” contre M. Poignant, dont les propos sont “intolérables”. “Toute tentative de comparaison est une insulte supplémentaire, et aggravée quand elle est prononcée par un expert des médias maître de sa parole”, ajoute

Accusé d’avoir participé à l’interpellation, un policier menacé dépose plainte

Un policier victime d’une rumeur sur sa participation à l’interpellation de Théo à Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis), sur les réseaux sociaux, où elle a pris des proportions particulièrement menaçantes, a déposé plainte, a-t-on appris de source policière vendredi. Face au déferlement de menaces et de messages mettant personnellement en cause ce fonctionnaire depuis jeudi, notamment sur le réseau social Twitter, la direction générale de la police nationale (DGPN) a décidé de poster un tweet où elle apporte un démenti à ces allégations. “Aucun des mis en examen à #Aulnay ne s’appelle Marc Antoine C. Une enquête judiciaire est en cours. Faites preuve de mesure sur les #RS”, a tweeté la Police nationale. “Les réseaux sociaux ont fait un travail scandaleux d’identification d’une personne qui n’a rien à voir avec ça”, a réagi une source policière. Après plusieurs rappels à la règle, la DGPN a également décidé de signaler les tweets les plus menaçants et haineux auprès de la plate-forme Pharos (Plateforme d’Harmonisation, d’Analyse, de Recoupement et d’Orientation des Signalements), qui permet de signaler en ligne les contenus et comportements illicites de l’internet et de déboucher le cas échéant, sur des poursuites judiciaires.
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