mercredi 26 février 2020
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Photo (Didier Parsy).

Ludovic Simon, ancien gendarme au service du rire

Ecrivain, scénariste, directeur de l’école du rire, et humoriste, le Nordiste Ludovic Simon a déjà connu plusieurs vies. Parmi elles, il y a aussi ce passé de gendarme, dans la protection rapprochée. Entretien.

Photo (Didier Parsy).

De la caserne aux planches de théâtre ! Ludovic Simon est d’ordinaire plutôt habitué à répondre à la presse régionale ou humoristique.

“Mais l’Essor de la Gendarmerie nationale, bien sûr je connais, c’était l’une de mes lectures avant ! “, dit-il d’emblée, histoire de mettre tout le monde à l’aise. Avant de faire rire, il a beaucoup servi. Et quand, au milieu de son premier one-man-show, intitulé Alceste de faire le con  sur la scène du Spotlight à Lille, il consacre une vingtaine de minutes à son passé de gendarme, “les spectateurs ont halluciné !”.

“Dans le spectacle, je me moque de mon parcours, j’explique que j’étais un cancre et ne pensais qu’à faire des pompes et de la musculation à l’école de gendarmerie. La police judiciaire ne m’intéressait pas. C’est un passage court dans le spectacle. Mais on a l’impression que des années-lumière séparent la Gendarmerie et l’humour !”, rigole-t-il.

Une admiration pour les militaires

Hallucinant comme le parcours de Ludovic Simon. Fils de gendarme, et élevé dans le culte de “l’uniforme, du militaire, de la France tout simplement”, il n’a “connu que la caserne” et tout d’abord suivi une trajectoire toute tracée. “C’était tellement naturel de m’engager dans cette voie. Mon père était gendarme, et ma mère, de son côté, vouait aussi une profonde admiration pour l’uniforme et ce qu’il représente. J’ai grandi dans un environnement familial avec beaucoup d’amour et de respect pour les militaires”.

A tel point que Ludovic Simon aidait sa maman à préparer des colis pour les envoyer aux soldats “partout dans le monde où les militaires français étaient engagés. Ma mère leur écrivait même des lettres. Bref, je ne connaissais que la Gendarmerie, son institution, ses valeurs”. Et Ludovic Simon s’y retrouvait parfaitement et n’a pas hésité, à 22 ans, à embrasser une carrière de gendarme.

Dans la protection rapprochée au sein de la GPGA

Formé à Montluçon, il a intégré ensuite l’escadron 15/9  d’Amiens. Puis, il a passé les sélections pour entrer à l’Escadron parachutiste d’intervention de la Gendarmerie nationale (EPIGN), qui appartient aujourd’hui au GIGN, mais a finalement intégré le Groupe protection de la gendarmerie de l’Armement (GPGA) à Paris. Une mission à hautes responsabilités. “On s’occupait de la sécurité et de la protection du délégué général pour l’armement et de la protection des hautes personnalités du Ministère de la Défense rattachées à l’armement” explique-t-il.

Photo (Didier Parsy).

“Cette protection rapprochée s’effectuait en France et à l’étranger”. Au Pakistan ou à la frontière afghane, cette mission l’a même mené sur des zones de conflits. Puis, la vie l’a contraint à prendre un tout autre chemin, à seulement 36 ans. “Eh oui, j’ai pris ma pré-retraite à 36 ans !” rigole-t-il.

“Quand j’étais au groupe de protection, je suis devenu papa d’un petit garçon qui a eu de gros problèmes de santé. Aujourd’hui, il va beaucoup mieux. Mais moi, à l’époque, j’étais souvent absent. Pour être présent à ses côtés, je me suis dit “je ne suis pas trop vieux pour faire autre chose et ne plus se déplacer”. La question ne se pose pas longtemps finalement, même si “quitter la Gendarmerie a été difficile car j’étais bien”. Encore aujourd’hui, “quand je croise mes collègues à Paris avec leur oreillette et leur costard, ça me chatouille”.

Et puis, le contexte actuel, aussi, le renvoie immanquablement sur ce passé de gendarme. “Les attentats ? C’est à ce moment-là que j’ai encore plus regretté d’avoir quitté l’institution. Là, je me disais que notre travail se justifiait encore plus. Et depuis, tout a été modifié, c’est beaucoup plus étoffé, et c’est à ce moment-là, que j’aurais été plus utile”. D’autant que le retour à la vie normale n’a pas été si simple. “Ça n’a pas été évident. Quand on fait ce boulot de gendarme, dans la protection, on ne sait faire que ça. La rupture a été difficile car j’ai eu du mal à intégrer les codes de la vie civile”. Heureusement, Ludovic Simon a plusieurs cordes à son arc, et l’humour et les mots ne sont jamais très loin.

Premier one-man-show en novembre dernier

Depuis toujours, à côté de l’uniforme, ce gendarme retraité devenu humoriste, se livre à une autre aspiration : l’écriture. Parallèlement à un métier de consultant en management, il sort alors trois romans (Bleu Moche Blues, Mathis, et Et dans le Ciel des Hommes).  Ses histoires évoquent, avec un humour noir et décalé, les “blessés”, les marginaux, “les petites gens” “. “L’écriture est une passion que j’ai toujours entretenue”, insiste-t-il.

“Et avec le temps, j’ai commencé à rencontrer des personnes du monde du spectacle”. Et il ne lui a pas fallu très longtemps pour que sa plume soit courtisée. Des pièces de théâtre, des sketchs, et même des scénarios, dont un est en cours d’écriture, se sont naturellement ajoutés aux bouquins. Ludovic Simon a un appétit d’ogre. Et la langue de Molière est le festin favori de ce boulimique de travail.

Photo (Didier Parsy).

“Ensuite, des humoristes m’ont demandé de plus en plus de leur écrire des sketchs. Et finalement, j’ai totalement plongé…” Dans l’humour, avec comme point d’orgue, un premier one-man-show et une salle comble pour Alceste de faire le con, “le spectacle dingue d’un type improbable. Le spectacle improbable d’un type dingue”, résume-t-il.

L’occasion de mesurer l’immense cote de popularité dont il jouit désormais dans le monde du spectacle. Et son parcours de gendarme n’y est pas anodin. “Dans la vie, avoir été gendarme est un vrai crédit, et dans l’humour, ça marche aussi. On a une forme de discipline avec la culture du travail bien fait. Les gens s’en rendent compte, c’est à notre avantage. Cela renforce la confiance que les autres placent en moi”.

Et ses anciens collègues à la caserne ou au Ministère de la Défense, qu’en pensent-ils ? “Sincèrement, personne n’est surpris ! Je côtoie encore pas mal d’anciens collègues, et tous sont contents pour moi”. En plus, ils peuvent même se targuer d’avoir assisté aux premiers spectacles du comédien : Ludovic Simon n’hésitait pas à faire le pitre durant les permissions. “C’est clair, à la caserne, j’étais aussi là pour les faire rire ! Ils connaissaient tous mon humour quand j’étais gendarme. Ils me connaissaient bien avant et savent très bien que mon parcours, aujourd’hui, correspond à ma personnalité”.

Une école du rire avec la fille de Michel Galabru

Cette personnalité, la Lilloise Caroline Mansard, metteuse en scène, a su la cerner tout de suite. Et parfaitement. Elle lui glisse alors à l’oreille d’ouvrir une école du rire au nord de Paris. L’objectif est simple : “devenir une référence sur les techniques de l’humour”.  A peine quelques mois plus tard, l’Ecole régionale des Arts de l’Humour voit le jour à Mouvaux, dans le Nord de la France.

Les premiers castings ont eu lieu début janvier. Naturellement, Ludovic Simon en est le directeur général. “Cela a été très vite car il y avait une attente”, explique-t-il. “Cette école a vocation à devenir un laboratoire sur la question de l’humour. Il y a des cours pour les élèves sur l’humour sur scène et l’écriture. Nous irons aussi dans les lycées, dans les entreprises, pour montrer la place importante de l’humour dans la communication, dans les discours. Enfin, il y aura un dernier volet sur la place l’humour aujourd’hui dans une société qui censure de plus en plus”.
http://www.weo.fr/video/76500/

 

Pour la première session, l’Ecole des Arts de l’Humour a déjà dû refuser du monde. “Mais on a vraiment vocation à s’installer sur le long terme et d’autres formations vont se développer. Il ne faut pas hésiter à s’inscrire”.

D’autant que le casting de professeurs est aussi digne d’une affiche du 7ème art : Alexandre Pesle(Les Nuls, Caméra Café, Groland…) est le président d’honneur de l’école, et Jean-Luc Borras en est le professeur de théâtre, en compagnie de l’actrice Emmanuelle Galabru… La fille de Michel, connu également sous le nom de l’adjudant Gerbert dans Le Gendarme de Saint-Tropez. Sacré clin d’œil du destin. Et Ludovic Simon entend perpétrer cette tradition : l’humour et la Gendarmerie sont parfaitement compatibles.

Franck Seguin 

École régionale des arts de l’humour, 1, rue Régis-Corselle à Mouvaux. Les cours auront lieu le samedi de 13 h 30 à 18 h 30. 15 € de l’heure. La formation complète prévoit 50 heures de cours.  Renseignements au 06 14 04 51 36

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