mercredi 30 septembre 2020
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Photo d'illustration (S.D/L'Essor).

Françis Heaulme jugé pour les meurtres de deux enfants, un procès hors normes

Plus de trente ans après le faits, le tueur en série Francis Heaulme est jugé depuis mardi devant les assises de la Moselle pour les meurtres en 1986 de deux garçons de 8 ans dont il se dit innocent, et les familles des victimes doutent de jamais connaître la vérité.

Vieilli, la peau aussi pâle que ses cheveux, Francis Heaulme, 58 ans, a pris place dans le box des accusés peu après 10h00. Concentré, il a observé le tirage au sort des jurés. Le menton posé sur le poing, il écoute. Les jurés sont majoritairement des hommes. Arrêté en 1992, il est accusé d’avoir tué à coup de pierre Alexandre Beckrich et Cyril Beining, âgés de 8 ans, à Montigny-lès-Metz.

Face à la cour, une mère: Chantal Beining, 74 ans. Elle s’est battue pour obtenir ce procès, pour savoir qui a tué son fils Cyril. Elle se dit hantée et redoute que le procès se passe mal. Cheveux blonds coupés court, vêtue d’un manteau noir, elle écoute Liliane Glock, l’avocate de Heaulme, démolir l’accusation.

Je considère que ce procès est impossible“, a déclaré Me Glock à la presse.

Dans son intervention liminaire, l’avocate attaque bille en tête le destruction des preuves en 1995. “A l’époque, on dispose d’un moyen technique qui permet à 100% de vous exonérer ou de vous condamner: l’ADN (…). Or les preuves ont été détruites“, a-t-elle souligné. “Le parquet général sait parfaitement que le verdict est sérieusement contesté“, insiste-t-elle. “On a mis Francis Heaulme dans le box, ce n’est pas n’importe qui (…) mais c’est de la poudre aux yeux. Si on veut vraiment raisonner comme des juges modernes et non pas en considérant la justice comme une église de la République, et bien on doit acquitter Francis Heaulme immédiatement“, assène-t-elle.

Francis Heaulme, déjà condamné pour neuf meurtres, nie avoir tué les deux garçons. Sa présence non loin des lieux est avérée et le double assassinat porte sa “signature criminelle“, soutiennent les enquêteurs.

Mais à l’époque, un autre coupable a été trouvé: Patrick Dils, un adolescent de 16 ans. Il fut le premier accusé dans cette affaire. En garde à vue, il avait avoué le double meurtre, avant de se rétracter. Condamné à la réclusion criminelle à perpétuité en 1989, il a été acquitté en 2002, au terme de trois procès. Il sera entendu dès mercredi en viso-conférence. Me Glock a regretté que le premier accusé dans cette affaire soit entendu si rapidement.

Mis en examen une première fois en 2006, avant de bénéficier d’un non-lieu, Francis Heaulme a finalement été renvoyé devant les assises en 2013. Son premier procès s’est ouvert en 2014 à Metz, mais, un nouveau suspect est apparu, Henri Leclaire. Il sera toutefois disculpé début 2017.

Pour trancher dans ce dossier hors norme, cour et jurés entendront des dizaines de témoins – policiers, familles, mais aussi juges – afin de déterminer si Francis Heaulme est coupable.

Ils auront en tête les précédents de cette affaire: un accusé acquitté après 15 années passées en prison et un témoin devenu accusé avant d’être, à son tour, blanchi par la justice.

Les conditions matérielles du procès se sont adaptées à l’ampleur du dossier: trois salles du tribunal de grande instance de Metz sont réquisitionnées. Une pour le procès proprement dit, une pour la retransmission vidéo des débats, et une dernière pour le travail des journalistes, dont une centaine est accréditée.

Une salle est également prévue pour que les familles, éprouvées depuis des années par la longueur de la procédure, puissent se reposer. Les familles des victimes se disent “découragées, un peu désabusées“, selon les mots de Me Thierry Moser, avocat d’une partie de la famille Beckrich.

Elles “ont l’espoir d’arriver enfin à la vérité, mais avec une dose de scepticisme“. L’avocat de la grand-mère d’Alexandre, Me Dominique Rondu, a confié au Républicain Lorrain qu’il n’attendait “rien” de ce procès. Sauf à ce que Francis Heaulme avoue. Une éventualité peu probable.

“Il ne sera pas dans l’aveu”, avance Jean-François Abgrall, l’ancien gendarme qui a confondu le tueur en série en 1992 après son arrestation.

“Francis Heaulme, c’est quelqu’un qui prend de la place”

Dans une interview accordée à LCI, publiée le 25 avril, Jean-François Abgrall revient sur sa première rencontre avec Francis Heaulme en 1989 alors qu’il enquête sur un meurtre commis à Brest. ” On l’arrête alors en Normandie, à environ 200 kilomètres du lieu du meurtre. La première chose qui m’étonne, c’est qu’il ne demande pas pourquoi on le retient. J’ai en face de moi quelqu’un de singulier, qui est constamment dans l’observation de l’autre et de son environnement.“.

Concernant les meurtres des deux enfants de Montigny-lès-Metz, l’ancien gendarme se souvient que Francis Heaulme en parlait mais indirectement. “Il me détaille précisément : “Je passais dans l’Est de la France, à droite y a un talus, en haut du talus une voie de chemin de fer, au bout, il y a un pont avec des poubelles, un stop. A gauche, la rue remonte, moi, je passe à vélo, je reçois des cailloux de deux gamins qui sont sur la voie de chemin de fer, je pars à gauche puis je reviens dans l’idée de les corriger mais j’arrive et ils sont morts. C’est pas moi.””.

 

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