mardi 20 avril 2021
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Martyre de l’A10 : les premières constatations ont été déterminantes

“Inass Touloub a enfin un prénom et un nom”. Dans ce constat factuel on percevait la satisfaction du procureur de la République de Blois, Frédéric Chevallier, lors de la conférence de presse qu’il a donnée, jeudi, dans le cadre de l’affaire de la “petite fille de l’A10″
Il aura fallu plus de trente ans pour identifier cette fillette dont le corps, emmailloté dans une couverture, avait été découvert sans vie le 11 août 1987 en bordure de l’autoroute A10 à Suèvres (Loir-et-Cher). Morsures et brûlures seront retrouvées sur la petite fille dont les membres comportaient des traces d’anciennes fractures. Si l’enquête a rebondi aujourd’hui, c’est d’abord en raison des premières constations réalisées sur la scène de crime

Excellent travail de criminalistique

“Il faut rendre hommage à ces gendarmes en 1987 qui sont arrivés les premiers qui ont fait un excellent travail de criminalistique”, assure le colonel Thomas Andreu, commandant de la section de recherches d’Orléans (45). Au delà, “le résultat est aussi lié à l’élargissement des capacités scientifiques en matière d’ADN et l’élargissement des capacités législatives en matière de comparaison d’ADN”, précise l’officier.
Ces moyens ont permis aux enquêteurs  de la SR, dont le colonel Andreu salue “l’opiniâtreté” , d’arriver aujourd’hui à identifier la fillette et ses parents. 

“Mobilisation totale, soutenue et constante”

“Il faut prendre conscience, en lisant le dossier, de la mobilisation et de l’énergie déployées. Des diffusions de de dizaines de milliers de portraits, des échanges soutenus avec l’étranger, des milliers de vérification des lignes téléphoniques dédiées… La mobilisation de la Gendarmerie a été totale, soutenue, et constante pendant ces 31 années”, énumère le patron de la SR d’Orléans. 
En conclusion, il a tenu à rendre hommage “au travail quotidien des gendarmes des brigades”“Méconnu, obscur”, le brigadier “fait son travail” , notamment le prélèvement ADN en cas d’infraction  “et, finalement, c’est grâce à ce gendarme que cela marche”

La solution était dans la couverture

Ce rebondissement dans l’enquête est lié à la couverture dans laquelle était emmaillotée l’enfant. La saisie de cet objet a été réalisée “de façon très propre par les gendarmes”, a expliqué le général de division Jean-Philippe Lecouffe, sous-directeur de la police judiciaire de la Gendarmerie au micro de RMC. Analysée “trois fois durant ces 30 années”, à chaque fois en “bénéficiant des évolutions des techniques de l’ADN”, la couverture va livrer, en 2013, un profil génétique que les gendarmes ont aussitôt intégré au Fichier national automatisé des empreintes génétiques (Fnaeg). 
Mais la vérification ne donne alors rien, et le profil rejoint  les “TNR”,  les traces non résolues, qui sont aujourd’hui environ 250000. 

Obligation de résultats

En 2016, suite à une arrestation banale dans l’Aisne, le profil génétique d’un homme est entré dans le Fnaeg. Le fichier établit la correspondance avec la trace de 2013, et donc avec la petite Inass. Entre ce “match” et l’arrestation des parents, il faudra ensuite attendre plus d’un an. Un temps que le procureur de Blois estime “plutôt raisonnable” étant entendu que les enquêteurs avaient, sur ce dossier, “une obligation de résultats” qui les a conduit à “avancer pas à pas”. 

Le père dénonce une épouse “violente”

Une fois interpellés, les parents ont eu des réactions radicalement opposées en garde à vue. Aujourd’hui âgé de 66 ans, le père, Ahmed Touloub, a expliqué, raconte le procureur qu’il avait “vécu un enfer avec son épouse, que celle-ci était violente, à son égard comme à l’égard des trois filles”
L’homme aurait  vécu dans “la peur de  sa femme” et “sous sa domination”  et assure avoir découvert “le corps sans vie de sa petite-fille” en rentrant chez lui et avoir “été suffisamment lâche pour ne pas faire autre chose que de partir vers le Maroc”, détaille le magistrat. Au petit matin alors que les deux soeurs aînées d’Inass, âgée de 6 et 9 ans, ainsi que son petit frère de 3 ans se trouvent dans la voiture, son corps est abandonné le long de l’A10. 

La mère varie dans ses explications

De son côté la mère, Halima Touloub, 64 ans, a commencé par “indiquer ne plus avoir de souvenirs” et assuré “que sa fille n’était pas décédée”. Plus tard, “lors de son interrogatoire de première comparution devant le magistrat instructeur, elle a évolué dans ses déclarations en indiquant qu’elle était, elle-même, victime de violences de la part de son époux, qu’elle pouvait être, par moments, violente à l’égard d’Inass mais qu’elle n’est pas impliquée dans la mort de cette dernière”.
Pour conclure sa déclaration à la presse, le procureur a évoqué “l’engagement assez impressionnant des enquêteurs depuis 30 ans”, qui “honore (…) l’institution gendarmesque qui a fait un travail colossal”
Matthieu Guyot
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