mercredi 30 septembre 2020
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Justice (Photo Matthieu GUYOT/Essor)
(Photo/MG/Essor).

Un indépendantiste breton présumé mis en examen après la découverte d’une bombe

Un homme de 74 ans présenté comme l’un des fondateurs d’une nouvelle mouvance indépendantiste en Bretagne a été mis en examen pour association de malfaiteurs terroriste délictuelle. Il a été placé sous contrôle judiciaire.

La section anti-terroriste du parquet de Paris enquête sur la découverte d’une bombe artisanale accompagnée d’inscriptions en breton à Lanmeur, (Finistère), le 19 décembre 2013. Un deuxième volet de l’instruction tente de faire la lumière sur des des jets de cocktails Molotov en juin 2014 contre les gendarmeries de Huelgoat (Finistère) et d’Uzel (Côtes-d’Armor).

A ce stade, la mise en examen prononcée jeudi concerne le seul dossier de la bombe, selon l’AFP. « Il a été mis en examen pour son rôle de fondateur de l’Argad”, mouvance indépendantiste apparue à l’époque de la fronde des Bonnets rouges, a expliqué une source judiciaire.

Argad – “à l’attaque !”, en breton.

Le fondateur présumé du mouvement indépendantiste avait été interpellé mardi par des enquêteurs de la sous-direction anti-terroriste (SDAT) de la direction centrale de la police judiciaire (DCPJ). Un jeune homme de 22 ans, arrêté le même jour, a été relâché sans poursuites.

Le nom du mouvement Argad – « à l’attaque », en breton – est apparu à l’été 2012, quelques mois avant le début du mouvement protestataire des Bonnets rouges.

Cette fronde fiscale avait été initialement lancée par des chefs d’entreprise en réaction à la volonté du gouvernement de mettre en place l’écotaxe sur les grands axes routiers bretons. Depuis le lancement du plan routier breton par le général de Gaulle, en 1969, la Bretagne dispose de voies de circulation rapides gratuites. Cette exception peut s’expliquer par les origines du rattachement du duché de Bretagne au royaume de France, en 1532.

Le mouvement des Bonnets rouges a toutefois rapidement dépassé le seul cadre des chefs d’entreprise, après le ralliement de syndicats agricoles et d’organisations salariales au moment où l’agroalimentaire breton était en pleine tourmente.

Les années FLB

L’un des leaders des Bonnets rouges est Christian Troadec, maire de Carhaix, régionaliste revendiqué et candidat proclamé à la prochaine élection présidentielle .

C’est dans ce contexte tendu marqué par plusieurs manifestations au caractère parfois violent qu’avait été découverte la bombe de Lanmeur – un extincteur contenant 5,5 kg
d’explosifs reliés à un dispositif de mise à feu. Une école, de même que plusieurs commerces et logements alentours, avaient dû être évacués avant qu’une équipe de démineurs ne fasse exploser l’engin.

Des inscriptions en breton avaient été retrouvées à proximité, et notamment le sigle ARB.

Ce sigle peut renvoyer à l’Armée révolutionnaire bretonne, organisation indépendantiste qui avait signé plusieurs attentats à la bombe contre des trésoreries dans les années 1970.

Nébuleuses indépendantistes

Mais il peut aussi concerné l’Argad résistance bretonne, un mystérieux groupe qui avait revendiqué en novembre 2013 des attaques contre des radars routiers.

L’Agence Bretagne Presse avait reçu l’été précédent une clef USB contenant un texte présentant Argad.

Le mouvement explique que ce nom fédère « des activistes tournés vers des actions concrètes afin de montrer que le Peuple Breton n’est pas totalement soumis à la France ». Le ou les auteurs précisent qu’il cette mouvance est « apolitique ». Elle s’organise autour de « petits groupes autonomes » et prône la « résistance civile par des actions qui ne mettent en aucun cas en danger des personnes humaines. »

Le mouvement nationaliste breton a vu le jour au début du XXe siècle mais la dérive collaborationniste de certains de ces éléments pendant la Deuxième guerre mondiale a jeté le discrédit sur l’ensemble de ses composantes – régionalistes, indépendantistes, fédéralises, autonomistes.

Le mouvement a resurgi à la fin des années 1960, sur la plan politique légal avec la création, par exemple, de l’Union démocratique bretonne (UDB), parti de gauche et écologiste qui prône l’autonomie politique de la Bretagne. C’est aussi l ‘époque où apparaissent les sigles (Front de libération de la Bretagne) et ARB. Ces nébuleuses revendiqueront plusieurs attentats exclusivement matériels mais parfois symboliques contre une aile du château de Versailles ou contre le pylône TDF assurant la diffusion de la télévision, au Roc Tredudon, dans les Monts d’Arrée (Finistère).

L’ARB fera à nouveau parler d’elle à partir de 1993 avec une série d’attentats dont le plus tragique coûta la vie à une employée de Mc Donalds, en avril 2000.

Onze personnes ont au total été poursuivies pour une série de 17 attentats à la bombe sur cette période, avec des peines allant jusqu’à onze ans de réclusion criminelle dans un verdict relativement mesuré.

L'Agence Bretagne Presse avait reçu un texte anonyme en juillet 2012, expliquant l'origine, le mode de fonctionnement et les objectifs de la mouvance indépendantiste bretonne Argad - "A L'attaque", en breton. Capture d'écran.
L’Agence Bretagne Presse avait reçu un texte anonyme en juillet 2012, expliquant l’origine, le mode de fonctionnement et les objectifs de la mouvance indépendantiste bretonne Argad – “A l’attaque !”, en breton. Capture d’écran.

 

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