lundi 23 juillet 2018
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Les enjeux de la Gendarmerie outre-mer (interview vidéo du général Lambert Lucas)

Il commande la Gendarmerie d’outre-mer depuis près de deux ans. Le général de corps d’armée Lambert Lucas veille sur un territoire, où, rappelle-t-il, le soleil ne se couche jamais. Un vrai défi pour des territoires souvent en proie à une insécurité plus importante qu’en Métropole. Dans une interview vidéo, le “CGOM” évoque pour L’Essor le référendum à venir en Nouvelle-Calédonie, mais aussi la situation  à Mayotte  ainsi que la gestion de la crise après le passage de l’ouragan Irma.

Le général Lambert Lucas ( Photo D.C/ L’ESSOR)

Saint-Cyrien de la promotion général Lasalle (1979-1981), breveté de l’école de guerre… Le général Lucas, âgé de 59 ans, qui a obtenu sa quatrième étoile le 1er décembre dernier après l’opération Irma, a une très grande expérience de l’outre-mer et de l’international. Il a en effet commandé “l’ancêtre” de l’antenne GIGN de Guyane, le groupe de pelotons mobiles (GPM), et a commandé la Gendarmerie de Guyane pendant trois ans avant d’être nommé commandant de la Gendarmerie de l’outre-mer. Il a aussi été adjoint au commandant de la compagnie de Cayenne (Guyane).

Entre deux postes en administration centrale ou à l’étranger, il a aussi commandé la compagnie de Mâcon (71), le très gros groupement de l’Isère (38), et a été commandant en second de la région PACA. Officier de la Légion d’honneur, commandeur dans l’ordre national du Mérite, il est notamment titulaire de la croix de la valeur militaire avec citation à l’ordre de la division (argent) qu’il a obtenue en 1985 comme “casque blanc” au Liban lors de la mission d’interposition.

La Guyane et Mayotte inquiètent

L’Essor 514 spécial outre-mer

Sur les neuf “Com Gend“, deux posent des problèmes très importants à la Gendarmerie : la Guyane et Mayotte où les situations sont comparables en termes d’explosion démographique. Mais avec une différence de taille : la Guyane a une superficie de 84.000 km2 tandis que celle de Mayotte est de moins de 400 km2.

Dans ce département de l’Océan Indien au sujet duquel le directeur général devant les députés a parlé de “bombe sociale qui explosera on ne sait pas quand”, la situation “inquiète énormément la Gendarmerie” reconnaît le général Lucas dont l’une des préoccupations est aussi la sécurité des personnels.

50 % de la population a moins de 25 ans, pas d’emplois, une pénurie d’eau et la délinquance a doublé entre 2000 et 2010, avant de doubler une seconde fois entre 2010 et 2017! Et surtout, il y a une explosion démographique impressionnante. “Il faudrait ouvrir une classe d’école par jour” estime le général Lucas qui évoque un projet d’élèves pairs en collaboration avec l’Education nationale.

En Guyane, l’immigration massive est aussi très préoccupante . “Les frontières ne sont pas étanches, et de toute façon, on n’arrête pas la misère avec des fusils” souffle le général. Concernant le fléau de l’orpaillage clandestin, qui représente annuellement 10 tonnes et 350 millions d’euros et qui concerne 10.000 orpailleurs, le général Lucas estime que le développement de l’exploitation officielle de l’or peut être une solution.  Un projet d’importance est d’ailleurs à l’étude.

Didier Chalumeau (extrait de l’Essor 514 spécial outre mer) (avec Gabriel Thierry)

Des gendarmes dans les cars scolaires à Mayotte

La gendarmerie de Mayotte va désormais embarquer des militaires à bord des cars scolaires, un nouveau dispositif de sécurisation lié aux caillassages de bus des dernières semaines, a-t-elle annoncé vendredi. En collaboration avec les conducteurs de transport scolaire et le vice-rectorat de Mayotte, la Gendarmerie a défini les lignes et les créneaux horaires “les plus vulnérables” et embarquera deux militaires par véhicule de manière aléatoire, a expliqué le colonel Philippe Leclercq. Ce dispositif pourra être complété par une escorte (un véhicule de gendarmerie) permettant “une réaction immédiate en cas de projections de pierres (…) et des interpellations en flagrance”.

La grève des transporteurs scolaires (du 24 au 30 janvier, ndlr) nous a amenés à accélérer le déploiement du dispositif“, a reconnu le colonel. “Ce n’est certainement pas ça qui mettra fin à ce phénomène”, a encore admis l’officier qui a précisé que “ni la police, ni la gendarmerie, ni l’Education nationale n’ont réussi à résoudre seuls ce problème (…) d’affrontements de pré-adolescents entre eux et contre les transports scolaires“.

Philippe Leclercq a donc appelé élus, familles et associations à se mobiliser également. En 2017, 1.500 mobilisations de gendarmes sur 487 opérations ont été dédiées à la sécurisation des établissements scolaires, a poursuivi le colonel de gendarmerie, notamment pour des fouilles préventives à l’entrée et à la sortie des cars scolaires.

“A Mayotte, le nombre de militaires effectivement présents sur le territoire est supérieur aux effectifs budgétaires”, a précisé le colonel. Ainsi, 234 militaires sont mobilisés alors que le budget n’en prévoit que 221. Et 156 gendarmes mobiles renforcent encore les équipes, portant à 390 le nombre total des effectifs. Le colonel de gendarmerie a également annoncé qu’il y aurait “des renforts d’effectifs très conséquents” à l’été 2018, sans toutefois préciser le volume.

Des conducteurs de bus scolaires avaient exercé leur droit de retrait du 24 au 30 janvier, pour protester contre les caillassages et réclamer des garanties de sécurité pour eux et les élèves qu’ils transportent.

(avec AFP)

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