lundi 20 mai 2019
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Aout 2018

Edito du numéro 520 : La liberté d’expression du gendarme limitée par son devoir de réserve

En utilisant le pseudonyme d’Hadrien Desuin, le capitaine A. B., commandant un escadron de gendarmerie mobile stationné en Ile-de-France, pensait pouvoir se libérer de son devoir de réserve. Le Conseil d’Etat, en rejetant son recours demandant l’annulation d’une sanction sous la forme d’un blâme – au motif que ses écrits constituaient «  une analyse critique, voire satirique, de la politique générale du gouvernement  »–, l’a clairement détrompé.

Il ne suffit pas, en effet, d’utiliser un pseudo pour cacher efficacement sa véritable identité. Encore faut-il que cette couverture ne soit ni transparente, ni incomplète.

L’histoire de la littérature est pleine de pseudos qui, pour un temps, ont dissimulé le nom véritable d’un auteur. L’histoire des armées témoigne de la même chose : le général de Gaulle n’a-t-il pas lui-même publié ses premiers ouvrages sous pseudo  ?

En l’espèce, le capitaine A. B., avant de faire paraître un livre en librairie, toujours sous pseudo, et d’apparaître à visage découvert sur les plateaux de télévision (sic), s’exprimait massivement sur les réseaux sociaux. On sait que ceux-ci poussent à l’outrance ou à la caricature. Pas à la nuance.

Ses camarades l’ont évidemment rapidement reconnu. Son pseudo était un secret de polichinelle. Son commandant de région ne pouvait pas faire moins que de lui adresser un blâme. Et le Conseil d’Etat lui a donné raison.

Conclusion 1 : les décisions récentes de la Cour européenne des droits de l’homme, rappelant le droit à la liberté d’expression des militaires, n’ont pas pour autant aboli leur devoir de réserve.

Conclusion 2 : l’utilisation d’un pseudo, en particulier en Gendarmerie, est une ascèse : le secret doit être absolu, sinon il ne vaut rien.

Moralité : quand on est militaire, il faut se méfier des réseaux sociaux.

Alain Dumait, directeur de L’Essor

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