jeudi 12 décembre 2019
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Edito du numéro 475

Le droit de s’exprimer et de s’organiser. Reste à savoir comment…

C’est un grand honneur pour «  L’Essor  » d’être nommément cité dans «  l’arrêt Matelly  » rendu le jeudi 2  octobre par la CEDH (Cour européenne des droits de l’homme), qui, avec l’arrêt rendu le même jour au bénéfice de l’Adefdromil, confirme que les militaires français ont le droit «  naturel  » de s’exprimer et de s’organiser, dans les seules limites légitimes strictement nécessaires au bon fonctionnement des armées.

C’est le bon sens. C’est la ligne de ce journal depuis son premier jour, il y a près de quatre-vingts ans  ! C’est inscrit dans nos gènes… Pourtant, comme disait le général de Gaulle, «  l’Armée redoute d’instinct ce qui tend à modifier sa structure  ». D’où l’embarras qui, dès le mardi 2 octobre, a saisi tous les états-majors.

Pouvait-on contester ces jugements qui condamnent sévèrement «  la France  » ? Fallait-il faire appel dans le délai légal de trois mois  ? Dès le dimanche 5 octobre, le ministre des Armées fixe la doctrine : des «  infléchissements  », mais pas plus  ! Les chefs d’états-majors, priés de faire des propositions, sont tétanisés.

L’affaire remonte au chef d’état-major particulier du président de la République, le général Benoît Puga. Le cabinet du chef de l’État botte en touche : le vendredi 17 octobre en fin de journée, l’Élysée publie une lettre de mission adressée par François Hollande au conseiller d’État Bernard Pécheur, qui devra, avant le 15 décembre, étudier «  la portée exacte de ces jugements  » et faire des propositions.

M. Pêcheur, 63 ans, président de la section de l’Administration, est un haut fonctionnaire remarquable  : Sciences-po, l’ENA, conseiller technique au Budget d’un certain Laurent Fabius en 1982, qu’il suit à Matignon en 1984. Nommé au Conseil d’Etat au tour extérieur. En 1988, François Mitterrand le prend comme conseiller social, avant de le nommer, en 1990, Directeur général de la fonction publique, dont il est un spécialiste incontesté.

Mais, pour faire évoluer «  la Grande Muette  », nous pensons que ce n’était pas le meilleur choix. Il est d’ailleurs osé de nommer pour cette mission un membre de la juridiction qui vient d’être condamnée par la Cour de Strasbourg. On aurait pu aussi bien faire appel à l’une ou l’autre des parties bénéficiaires, le lieutenant-colonel Matelly ou le président de l’Adefdromil !…

Sinon, les personnalités qualifiées ne manquaient pas. Tant au Parlement qu’au sein de l’Université. On notera que la lettre du chef de l’État ne suggère à M. Pêcheur aucune consultation extérieure à l’Administration. Dommage  ! «  L’Essor  » – comme les personnes susnommées – se tient néanmoins à votre disposition, M. Pêcheur…

Alain Dumait, directeur de «  L’Essor  »

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