jeudi 12 décembre 2019
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Edito du numéro 440

S’ENGAGER POUR LA SÉCURITÉ DES FRANÇAIS…OU POUR LES CHIFFRES DU MINISTRE?

Il est particulièrement rare de voir les notes de service de la DGGN, la Direction générale de la Gendarmerie, en “Une” du “Monde” (édition du 4 octobre dernier), et décortiquées sur une page entière du quotidien du soir. Et pourtant, cet “exploit” a été réalisé par une note d’ “Orientation de la lutte contre la délinquance” (1) et une autre sur “l’intensification de la lutte contre les atteintes aux biens au cours du 4e trimestre 2011″(2). Aurait-on trouvé le remède miracle contre la délinquance qui justifierait une couverture médiatique du “Monde”, reprise par de nombreux autres médias ? Malheureusement non. Car la lecture de ces notes(3), de la première surtout, dont on comprend pourquoi elle avait été (bien inefficacement d’ailleurs) classée “diffusion restreinte”, laisse poindre un sentiment de malaise.

En effet l’objectif affiché est essentiellement statistique : “viser un bilan favorable de l’évolution de la délinquance en 2011”. Et, pour ce faire, la DGGN note que “les infractions d’usage de stupéfiants “pèsent” sur la délinquance globale” (traduire : lever le pied statistique sur les usages de stupéfiants). La DGGN demande ensuite de “ne pas procéder à l’enregistrement infondé d’agressions” (sur quels critères une plainte est-elle “infondée”, les victimes apprécieront-elles ?), et précise encore : “Il n’y a pas lieu d’orienter les victimes [d’usages frauduleux de carte bancaire] vers un dépôt de plainte, car leur indemnisation n’y est pas soumise.”

A côté de ces directives est développée, certes, une vaste manœuvre opérationnelle (détaillée dans la deuxième note qui, elle, n’est pas en diffusion restreinte) mobilisant des renforts ponctuels dans les départements les plus impactés par les cambriolages, avec des gendarmes mobiles, des gardes, des réservistes, et même des élèves-gendarmes détournés quelque peu de leur formation initiale.

Bien sûr, les cambriolages, parce qu’ils portent atteinte non seulement aux biens mais aussi au sentiment de sécurité au sein même du foyer, sont un fléau de premier ordre. Le malaise du lecteur n’en reste pas moins insistant. Pourquoi, en effet, cette grande mobilisation ne se dessine-t-elle qu’aujourd’hui, alors que cela fait plus d’un an que les cambriolages sont en forte hausse ? Pourquoi cet état d’urgence aussi massif qu’éphémère, car il ne pourra être maintenue durablement ? La Gendarmerie n’aura en tout cas pas les moyens de poursuivre après la fin du 4e trimestre 2011 et la dernière publication des chiffres “officiels” de la délinquance avant les échéances électorales…

La réponse est malheureusement gravée en filigrane dans la première note, et lui vaut son succès à la “Une” du “Monde” : l’objectif principal n’est pas tant d’assurer la sécurité des Français que de promouvoir les bons chiffres du ministre et le bon bilan du Président candidat.

Mais les gendarmes sont trop imprégnés de leur culture militaire, de celle qui résonnait encore dans feu le décret-organique de 1903, pour apprécier d’être devenus, contre leur gré, des instruments politiques.

Jean-Claude Seguin, rédacteur en chef.

(1) N° 93086 GEND/MPP du 15-9-2011.
(2) N° 97622 GEND/OE du 23-9-2011.
(3) Elles ont été intégralement mises en ligne sur le site du “Monde” et en lien sur de nombreux médias et blogs.

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