jeudi 12 décembre 2019
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Edito du numéro 436

LE RETOUR DES VALEURS DE LA GENDARMERIE?

Depuis sa nomination au ministère de l’Intérieur, Claude Guéant opère un virage sans précédent depuis 2002, dans la stratégie gouvernementale de sécurité. Pourtant, éminence grise de Nicolas Sarkozy depuis plus d’une décennie, il fut l’un des principaux artisans conceptuels de l’enterrement de la « police de proximité », comme de celui de la Gendarmerie dans cette même dimension de service quotidien à la population.

Aujourd’hui, le même Claude Guéant, avec le renfort explicite du Premier ministre(1) et l’aval évident du président de la République, veut une Gendarmerie et une Police présentes sur la voie publique, au contact et à l’écoute de la population… Bref, des forces de l’ordre « proches » des citoyens, même si la sémantique politique du gouvernement interdit toujours l’usage du mot « proximité ».

Il ne s’agit pas, cette fois, de créer des îlotiers, ni des policiers de proximité, mais des « patrouilleurs ». Quel bonheur, pour les hommes politiques français, de disposer d’une langue d’une si grande variété de vocabulaire pour toujours pouvoir exprimer différemment… la même chose. Fort heureusement pour la Gendarmerie, la proximité ayant été longtemps constitutive du mode d’action des gendarmes, il s’agit de rester, ou plutôt de redevenir, « gendarme ».

Car c’est bien d’un retour vers les valeurs cardinales de la Gendarmerie qu’il s’agit, au point que le Directeur général a dû adresser une lettre personnalisée(2) à chaque commandant d’unité territoriale. Il y écrit notamment : « Je souhaite que chacun de vous s’interroge à son niveau, pour évaluer si le contact établi entre votre unité et la population est suffisamment étroit et si la présence de vos gendarmes sur le terrain est suffisamment visible. Ces modes d’action qui ont toujours fait leurs preuves doivent rester notre priorité absolue… » Et encore : « Il s’agit d’œuvrer avec une approche qualitative de notre service public de proximité… »

C’est qu’au plus haut niveau de l’Etat, élection après élection, sondages après sondages, on semble avoir enfin compris que les beaux histogrammes statistiques de la place Beauvau n’avaient pas grand-chose à voir avec le besoin de sécurité exprimé par la population et ses élus, et bien connu des gendarmes de terrain.

La rédaction de « L’Essor » se félicite de ce retour du bon sens dans le domaine de la sécurité, et de la volonté exprimée par Claude Guéant de renouer le dialogue avec les représentants de la Gendarmerie, par exemple lors de la rencontre avec les associations.

Bien sûr, il aurait été bien plus simple d’écouter les avis, les analyses, les mises en garde, relayées notamment dans nos colonnes depuis plusieurs années, et, par exemple, de ne pas tenter de radier des cadres les trop rares officiers qui mettaient en garde contre l’échec prévisible d’une politique qui « privilégie les rapports de force, la gestion statistique déréalisée et les démonstrations médiatiques, même si c’est aux dépens de l’efficacité concrète et quotidienne ».(3)

Reste à vérifier si ce nouveau discours politique en matière de sécurité n’est pas, justement, une simple « démonstration médiatique ». Car, pour rebâtir une sécurité efficace au quotidien auprès de nos concitoyens, il est au moins deux conditions nécessaires pour la Gendarmerie : sur le plan matériel, augmenter les effectifs des unités territoriales ainsi que leurs moyens de fonctionnement ; sur le plan doctrinal, abandonner la culture du chiffre dès lors qu’elle est antinomique de la notion de service au public.

En ces matières, juste retour des choses, la volonté et l’efficacité du ministère de l’Intérieur seront jugées, non sur les discours, mais sur les… résultats.

Jean-Claude Seguin, rédacteur en chef.

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