vendredi 13 décembre 2019
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Edito du numéro 428

ÇA PROMET !

Comme chaque année en période estivale, j’ai effectué ma petite tournée des popotes. Je me suis rendu dans un certain nombre d’unités pour, si j’ose dire, “tâter le pouls” des officiers et sous-officiers de l’Arme. Les inquiétudes majeures sont récurrentes. Les intéressés sont très dubitatifs sur l’objectif réel du gouvernement concernant le partage de la sécurité en police d’agglomération et police des territoires. Un processus qui s’apparente surtout, selon eux, à une intention de reléguer la Gendarmerie dans les zones désertifiées où elle ferait surtout de la surveillance.

D’autre part, mes interlocuteurs sont persuadés que la Police, force civile, cherche à assurer, à court ou moyen terme, toutes les missions prestigieuses et médiatiques, cantonnant la Gendarmerie dans un rôle de force d’appoint. Dernière preuve en date, la mise en place de la toute nouvelle direction Police/Gendarmerie pour l’international, dont le patron, je vous le donne en mille, est… un policier.

Ces impressions de chouchoutage, je dois le dire, sont surtout perceptibles chez les “anciens”, les plus jeunes étant plus nuancés : ils réservent leurs commentaires sur l’actualité d’un été assez chaud. Tout d’abord, par un arrêté et une circulaire du 23 juillet, le mot “élection” a fait son entrée solennelle dans les gendarmeries, où aussi, pour la première fois, les officiers et sous-officiers ont voté, ensemble, pour élire un président du personnel militaire commun. Son rôle : faire remonter en haut lieu les doléances de la base. Ainsi, des commissions de participation ont été créées… Il faudra juger sur pièce avant de commenter. Pourtant, le doute quant à l’efficacité d’une telle mesure s’installe dans mon esprit… Mais, comme on dit outre-Manche, “wait and see”… Attendre et voir…

Dans le même esprit de changement, les conditions d’habillement ont été modifiées. Les officiers, grands oubliés des textes antérieurs, sont maintenant dotés d’un carnet d’habillement, à l’instar des officiers de police ! Il était temps… Ensuite, voici qu’après un poste d’ambassadeur et un autre d’inspecteur général attribués à des officiers généraux, on propose à ceux-ci des postes de préfet. Pour les uns, c’est une promotion, pour les autres, c’est plutôt un miroir aux alouettes destiné à faciliter la fusion “par le haut”.

Enfin, pour pallier l’insuffisance d’effectifs, on part à la chasse au GAV, gendarme adjoint volontaire, en transformant les gendarmes en “agents recruteurs” rémunérés, comme “sous l’Ancien Régime”…, avec un intéressement financier non négligeable sous forme de primes : 300 e pour un GAV recruté, et 500 e pour deux…

On ne peut pas conclure ce tour d’horizon sans évoquer le vote de la Loppsi 2 par le Sénat (sept mois après l’Assemblée nationale), loi “fourre-tout” qui accroît l’arsenal juridique en précisant que les auteurs de crimes contre les policiers ou les gendarmes seront punis des peines maximales, ce qui existe déjà . La Loppsi 2, une loi résolument sécuritaire, va générer une pression beaucoup plus importante sur les épaules de nos pauvres gendarmes déjà très sollicités, avec une culture du résultat qui se devra d’être à la hauteur du discours de Grenoble. Nous sommes encore à deux ans du rendez-vous de la présidentielle.

Ça promet…

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