vendredi 13 décembre 2019
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Edito du numéro 417

ENQUÊTE DE TERRAIN

Le mois d’août est traditionnellement, pour votre serviteur, une période d’enquête sur le terrain, à la rencontre des lecteurs, dans le but de rendre compte des préoccupations du moment. C’était, en outre, l’occasion cette année de faire le point sur les conséquences prévisibles de la loi sur la Gendarmerie, promulguée au “Journal officiel” du 6 août dernier.

Sur un plan général, les problèmes soulevés par les uns et les autres concernent les pouvoirs des préfets, jugés extrêmement préoccupants. La plus grande crainte est de se trouver aux ordres de cette forte autorité sans possibilité d’émettre un avis divergent !

En d’autres termes, l’emprise préfectorale s’est nettement renforcée. La Police, force civile, est mieux outillée pour faire connaître son point de vue, et la Gendarmerie, disciplinée, risque bien d’être utilisée en lieu et place des policiers, notamment pour les missions peu prestigieuses… La Police, syndiquée, tirera plus facilement son “épingle du jeu”, ce qui sous-entend, sur le plan des moyens et des effectifs, une Gendarmerie fortement défavorisée, asservie, inféodée.

Contrairement à ce que beaucoup pensent, la gratuité du logement par nécessité absolue de service n’a pas été sanctuarisée. Si l’on regarde la loi de plus près, il est clairement précisé que le logement gratuit est accordé en échange des contraintes du métier de gendarme. Ce qui va poser des problèmes, notamment pour les personnels des états-majors qui risquent de perdre cet avantage.

Même si les officiers font preuve d’un plus grand optimisme et évoquent les modèles positifs de la guardia civil ou des carabiniers italiens, le spectre de l’hégémonie policière est bien présent, et on ne se fait guère d’illusion sur le maintien du modèle de vie antérieur. Celui qui, sous l’égide de la Défense, était porteur de considération, de relative indépendance et d’un style de vie bien défini.

Chez les officiers retraités, le pessimisme croît avec le grade. On est persuadé que la situation est irréversible, car les armées ne veulent pas récupérer les gendarmes, et plus personne ne croit que le dualisme historique va perdurer. D’autre part, on ajoute qu’à moyen ou long terme, les personnels demanderont eux-mêmes à prendre le statut civil, sous la pression des syndicats de police qui veulent étendre leur influence au sein du ministère commun.

Les sous-officiers, eux, sont moins fatalistes et pensent que l’évolution dépendra, pour beaucoup, de l’influence de la Direction générale et de la place qu’elle pourra se créer au sein du ministère de l’Intérieur. On ne saurait conclure sans souligner l’amertume des personnels de l’Arme, actifs et retraités, devant l’indifférence générale constatée face à la rupture d’une tradition d’équilibre qui remonte à une époque où la France était, réellement, un modèle pour les autres nations.

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