jeudi 12 décembre 2019
Accueil / Edito / Edito du numéro 412

Edito du numéro 412

DE QUOI JE ME MÊLE ?

Le Snop, Syndicat national des officiers de police, a adressé, le 5 mars dernier, une lettre aux sénateurs et députés, dans laquelle il réclame la création d’un grand ministère de la Sécurité avec une seule force civile. Dans cette perspective, il pense que la Gendarmerie n’a aucune raison de conserver un statut militaire “générateur de disparités” et que, si l’on veut réaliser les économies préconisées par la Révision générale des politiques publiques (RGPP), il faut “civiliser” les gendarmes, “qui n’ont d’ailleurs plus que 3 % de missions militaires et qui s’enferment dans des prétentions historiques génératrices de disparités”. Bref, rien de neuf sous le soleil… On retrouve pratiquement le même argumentaire dans les discours de Fouché en 1805 et de Maupas en 1851. Voilà que reviennent en filigrane les vieilles et éternelles prétentions policières sur le rôle capital de la Police dans les villes et dans les offices centraux. Et, bien sûr, en ce qui la concerne, la Gendarmerie, elle, doit être la “garde champêtrisée” des campagnes…

Heureusement le Snop, en dépit de ses prétentions, est loin de représenter l’ensemble de la Police, mais il faut reconnaître qu’il “s’agite beaucoup”. Il semble oublier, en outre, que les sénateurs se sont déjà prononcés sur le projet de loi de Michèle Alliot-Marie, et que les députés ont, heureusement, une connaissance approfondie du professionnalisme de la Gendarmerie. Qui plus est, certains parlementaires me l’ont dit, ils se méfient de la mise en place d’une Police unique et surpuissante, qui pourrait présenter une menace pour la démocratie.

Le syndicat policier semble ignorer les fondements du dualisme des forces de l’ordre, axé sur la disparité des institutions à vocation policière, et qui assure notamment la protection du justiciable et la garantie du citoyen. Toutes les démocraties pratiquent cette dualité.

Nous ne méconnaissons pas l’intérêt des officiers de police, que le Snop est déterminé à défendre. Mais les gendarmes, soldats de la loi, ne sauraient oublier que l’intérêt des citoyens, qu’ils ont toujours protégés, depuis des siècles, est plus important que les avantages catégoriels, fussent-ils ceux des policiers.

J’en terminerai par cette mise au point importante, à l’Assemblée nationale, de la ministre de l’Intérieur questionnée sur le dualisme des forces de l’ordre, tant en France qu’à l’extérieur du pays. Répondant à une question écrite de Lionnel Luca, député UMP des Alpes-Maritimes, le 3 mars dernier, Michèle Alliot-Marie a déclaré qu’aucune directive européenne ne prévoyait la suppression des forces de sécurité à statut militaire. La résolution n° 690 de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe du 8 mai 1979, parfois présentée comme un texte hostile aux forces de police à statut militaire, n’émet en réalité qu’une seule réserve : elle concerne la possibilité d’enrôler des fonctionnaires de police dans les forces combattantes en cas de guerre ou d’occupation du territoire par une puissance étrangère. Instituée par le traité de Velsen, signé le 18 octobre 2007 par les ministres de la Défense de France, d’Italie, d’Espagne, du Portugal et des Pays-Bas, la Force de gendarmerie européenne (FGE), qui peut être engagée dans les opérations de police menées par l’Union européenne, confirme toute la légitimité de l’existence des forces de sécurité à statut militaire aux côtés des forces de sécurité à statut civil.

Le rapport Fekik (cf. p. 4 et 5), commandé par Michèle Alliot-Marie et que nous nous sommes procuré, en est l’éblouissante démonstration.

A voir également

27 escadrons à Paris pour la manifestation de ce 10 décembre contre la réforme des retraites

Selon nos informations, près de 47 unités de forces mobiles seront déployées pour la manifestation du 10 décembre dans la capitale.