dimanche 18 avril 2021
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A la brigade de Gendarmerie de Lamotte-Beuvron (Loir-et-Cher), en 2010 (Photo : MG/L'Essor).
A la brigade de Gendarmerie de Lamotte-Beuvron (Loir-et-Cher), en 2010 (Photo : MG/L'Essor).

Vie de famille des gendarmes : un confort très variable

Peu de métiers s’immiscent autant dans la vie de famille que celui de gendarme. L’obligation d’habiter un logement concédé par nécessité absolue de service s’applique à tous les membres de l’Arme.

Au-delà de l’état de certains logements attribués, le conjoint et les éventuels enfants peuvent être obligés de choisir entre habiter une commune peu attractive ou vivre en célibat géographique.

L’éclatement géographique des unités, principalement en gendarmerie départementale, accentue le problème. “Au moment où les déséquilibres entre territoires s’accentuent et où le recrutement de la Gendarmerie est de plus en plus urbain, cette diversité ne facilite pas l’attractivité des zones rurales reculées ou des zones périurbaines”, note ainsi le Haut Comité d’évaluation de la condition militaire (HCECM).

Des unités implantées dans des “déserts sociaux”

Interrogé par L’Essor, un sous-officier reconnaît que certaines affectations se trouvent dans “des déserts sociaux, au sens de l’Insee, des endroits où tout est éloigné, de l’emploi du conjoint à l’école des enfants”. Sans parler des loisirs culturels ou sportifs.

A cela s’ajoutent des questions structurelles. La volonté d’optimiser le maillage territorial a conduit, entre 2002 et 2010, à mutualiser certaines brigades en communautés de brigades. Un mouvement qui a éloigné les gendarmes de la population locale. Au point que l’Institution a dû créer, en 2017, des brigades de contact pour y remédier.

La vie en caserne offre des avantages, notamment en termes financiers, mais aussi en matière de sécurité ou de convivialité. Ce dernier point est pourtant moins primordial pour les générations actuelles, vues comme plus individualistes par nombre de gendarmes interrogés. Quant à la sécurité, être identifié comme proche de gendarmes par son simple lieu d’habitation n’est pas forcément un avantage.

Surtout, les inconvénients restent nombreux. Si la hiérarchie n’inspecte plus les logements comme avant, le contrôle social existe toujours, et il peut être pesant.

Les impacts sur la vie professionnelle des conjoints

Tous ces phénomènes, auxquels s’ajoutent les mutations et, pour les gendarmes mobiles, de nombreuses absences, ont un impact sur la vie professionnelle des conjoints. Ce sont majoritairement des femmes, le taux de féminisation de l’Institution étant de 20  % en 2019. Retrouver un emploi après une mutation n’est pas toujours aisé. La carrière des conjoints est donc souvent morcelée, ou comprend des emplois à temps partiel.

La Gendarmerie a ainsi étudié les conditions d’emploi des conjoints de gendarmes. Les résultats sont édifiants : 59  % d’entre eux ont accepté une rémunération moins élevée après une mutation.

Lire aussi: Mulhouse : 36 mois de prison pour avoir tiré sur un gendarme et sa famille

La problématique de l’emploi du conjoint se pose avec encore plus d’acuité outre-mer. De fait, le taux de chômage y est plus élevé qu’en Métropole. Une étude de l’Insee parue en juin 2019 notait ainsi que, malgré une baisse du chômage entre 2014 et 2018 dans les quatre départements d’outre-mer historiques, l’écart avec la France métropolitaine restait “stable et marqué“. Il est en effet au moins deux fois supérieur à celui de la Métropole (9 %) en Martinique (18 %), Guadeloupe (23 %), Guyane (19 %) et à La Réunion (24 %).

Par ailleurs, en Nouvelle-Calédonie, une loi de 2010 oblige les employeurs à recruter prioritairement des locaux ou des personnes implantées depuis une durée comprise entre trois et dix ans. A Mayotte, où le chômage est de 35 %, le célibat géographique est de toute façon imposé depuis trois ans. Le contexte local est en effet défavorable à une vie paisible et classique.

Les mesures du plan famille du ministère de la Défense

Nombre de ces inconvénients sont inhérents au statut militaire, dont les gendarmes connaissaient les contraintes en s’engageant. Néanmoins, certaines mesures de compensation visent à adoucir la vie ou améliorer la carrière. Ainsi, de nombreuses mesures du plan famille du ministère de la Défense “s’inscriront dans le soutien social auquel ils ont accès via l’action sociale des armées et l’Igesa“, pointe le HCECM.

Il note également les “démarches entreprises par la Gendarmerie pour renforcer l’accompagnement des enfants de leur personnel, en s’appuyant sur la fondation Maison de la Gendarmerie, qui a tissé des partenariats avec plusieurs organismes susceptibles d’offrir des possibilités d’hébergement étudiant en Ile-de-France”.

L’action sociale au sein de la Gendarmerie est en effet une vieille affaire. C’est en 1888 que le visionnaire capitaine Paoli a fondé la Caisse nationale du gendarme. Sa devise ? “Aider la veuve et l’orphelin”.

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