L'Essor

Mais qui en veut aux chevaux…

Défi lancé sur Internet, culte sectaire, rite satanique ou prédation naturelle… les pistes sont nombreuses pour expliquer cette multiplication de cas de mutilation d’animaux (M.Guyot/L'Essor).

Le mois d’août a été marqué par une multiplication des actes de mutilation à l’encontre d’équidés (chevaux, juments, poneys) de toute race et de tout âge, parfois retrouvés morts. Dans un premier temps, l’oreille droite des animaux semblait particulièrement ciblée. Désormais les yeux, les parties génitales ou la peau sont également touchés.

En juin, le Service central du renseignement territorial recensait onze faits de ce type. Mais ils se sont multipliés durant l’été. “Il y a aujourd’hui 153 enquêtes ouvertes partout en France, dans plus de la moitié des départements“, dénombrait ainsi, le 7 septembre, le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin.

Toutes les pistes sont envisagées

Pour l’instant, le mystère reste complet quant aux motivations de ces actes. Challenge sur Internet, dérives sectaires, mimétisme, haine des équidés ou rites sataniques, toutes les pistes sont envisagées. Les auteurs de ces méfaits restent inconnus, et rien ne permet d’affirmer que ces faits sont reliés entre eux.

Il reste qu’en août, plusieurs organisations de la filière équine et de défense des animaux ont appelé à la mise en place d’une structure nationale d’enquête. C’est notamment le cas de la Ligue des animaux. Ccollectif en ligne a lancé une pétition qui regroupe à ce jour près de 30.000 signatures.

Depuis, la coordination réalisée au niveau de la Direction générale de la Gendarmerie suit de près l’ensemble des enquêtes menées par les unités de l’Arme.

Selon le colonel Hubert Percie du Sert, coordinateur de la sous-direction de la police judiciaire de la Gendarmerie, “une vingtaine” de cas d’oreilles coupées avaient déjà été recensés début septembre. Des cas auxquels s’ajoutent des faits de “mutilations d’organes génitaux, des lacérations avec des objets tranchants“, précise l’ancien patron de la prestigieuse section de recherches de Versailles.

De nombreux faits n’ont pas été médiatisés

Selon un gendarme, “de nombreux faits portés à la connaissance de la Gendarmerie n’ont pas été médiatisés“. D’après lui, il peut parfois s’agir de simples tentatives d’intrusion ou d’agressions avortées. Il faut aussi distinguer les blessures naturelles (morsures d’animaux, égratignures dues à des frottements sur des clôtures…) et celles d’origine humaine.

90  % des faits ont eu lieu en zone Gendarmerie. Une statistique qui ressort de la totalité des enquêtes ouvertes depuis le début du printemps. C’est peu surprenant. La grande majorité des structures équestres sont implantées en zone rurale ou périurbaine, souvent du ressort des gendarmes. Par ailleurs, les structures situées dans les villes restent plus sécurisées et mieux équipées que des pâtures en pleine campagne. Il est donc plus complexe pour les malfrats de s’y introduire.

C’est d’ailleurs l’un des points sur lesquels insistent les gendarmes. Ils ont édicté des règles à destination des propriétaires de chevaux lorsqu’ils mènent des actions de prévention. Il s’agit d’inciter les éleveurs et propriétaires de chevaux à ne pas laisser les animaux seuls dans un pré isolé. Lorsque c’est possible, il faut plutôt les regrouper à proximité d’habitations.

Une véritable psychose pour les propriétaires de chevaux

Mais la psychose pourrait créer d’autres problèmes. Une mère et sa fille âgées de 51 et 23 ans seront jugées, en janvier prochain, pour avoir contrôlé et menacé, dans le Finistère, deux automobilistes qu’elles soupçonnaient de sévices sur des chevaux. Munies d’une machette et d’un pistolet à plombs, elles s’en étaient prises à deux autres femmes qui rentraient du travail. Leur plaque d’immatriculation avait été relevée et diffusée sur les réseaux sociaux la veille, après un autre contrôle sauvage aux auteurs non identifiés.

Lire aussi: Comment la pension des chevaux retraités de la Garde républicaine se protège face à la vague de mutilations d’équidés

Une psychose malvenue mais pas nouvelle. De telles épidémies de mutilations ont déjà eu lieu à l’étranger. Ainsi, au milieu des années 1970, dans le Midwest américain, 10.000 vaches et chevaux avaient été retrouvés morts et mutilés. Les faits s’étaient déroulés sur une période de cinq ans. L’enquête du FBI avait conclu à des actes émanant de renards. Mais sans convaincre les fermiers qui évoquaient alors de possibles rituels sataniques… Ou même l’intervention d’extraterrestres et l’apparition d’ovnis, la nuit, dans leurs champs.

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