mercredi 27 janvier 2021
Accueil / Articles abonnés / Les métiers méconnus de la Gendarmerie (dossier)
Maréchal-Ferrant : un métier de gendarme peu connu (Photo: M.G./L'Essor)
Maréchal-Ferrant : un métier de gendarme peu connu (Photo: M.G./L'Essor)

Les métiers méconnus de la Gendarmerie (dossier)

De nombreux métiers de la Gendarmerie restent mystérieux pour le grand public. Les gendarmes sont connus pour leur savoir-faire en matière de sécurité publique, de sécurité routière, de sauvetage en montagne ou d’antiterrorisme. Ils ont pourtant bien d’autres talents. Certains sont aussi indispensables que discrets, comme ceux des cuisiniers ou des mécaniciens. D’autres sont indissociables du prestige de la République. Comme ceux des musiciens de la fanfare de cavalerie qui accompagnent le Président lors des grandes cérémonies. Certains sont mêmes inscrits au patrimoine culturel immatériel français. Comme les gestes des maréchaux-ferrants de la Garde républicaine pour fabriquer les fers à cheval.

Tour d’horizon de ces métiers inconnus du grand public, qui participent, chacun à sa manière, à la grandeur de l’Arme.

Maréchal-ferrant : au service des chevaux de la Garde

Dans le fond du quartier Carnot, à Vincennes, des bruits d’un autre temps résonnent depuis un hangar. A l’intérieur, trois hommes martèlent une barre de métal chauffée au rouge et fermement maintenue par l’un d’entre eux. Les coups de marteau se succèdent sans qu’un mot soit prononcé et, progressivement, la barre s’arrondit avant de prendre la forme d’un fer à cheval.

Nous sommes dans une forge de la Garde républicaine. Des gendarmes maréchaux-ferrants perpétuent ainsi une tradition quasi disparue. Ils créent à la main les fers des chevaux du régiment de cavalerie.

Aujourd’hui, la plupart des maréchaux-ferrants travaillent en effet à partir de fers préformés industriellement qu’ils adaptent au pied du cheval. Ceux de la Garde créent les leurs de A à Z, en forgeant “à trois marteaux”. Une technique coordonnée dans laquelle chacun tient un rôle précis. Le forgeur donne le rythme et positionne le fer sur l’enclume. Le “frappeur ” va écraser la matière avec sa masse. Le “rabatteur” va enlever les imperfections. Ce savoir-faire a été inscrit en 2019 au patrimoine culturel immatériel français.

Les maréchaux-ferrants de la Garde républicaine sont recrutés avec un diplôme de maréchalerie, BEP, CAP ou brevet technique des métiers. Ils peuvent intégrer l’Institution en tant que gendarme adjoint volontaire, sous-officier commissionné ou, sur concours, comme sous-officier du corps de soutien.

Les 22 maréchaux-ferrants sont affectés dans l’une des trois forges de la Gendarmerie. Au quartier Carnot à Vincennes (94). A la caserne des Célestins dans le centre de Paris. Ou au centre d’instruction du régiment de cavalerie à Saint-Germain-en-Laye (78).

La cuisine, le nerf de la guerre

Dans son agenda, il a déjà coché le mois de janvier 2021. Après la finale régionale du concours Gargantua, remportée en janvier 2020, le gendarme Jérôme Sailly espère bien décrocher la finale nationale de ce concours de cuisiniers de collectivité. “C’était une première victoire d’équipe, on m’a laissé du temps pour participer à ce concours”, salue le chef du cercle mixte d’Antibes, dans les Alpes-Maritimes.

Le gendarme Jérôme Sailly lors du concours Gargantua (Photo: concours Gargantua).

Sa victoire d’étape a jeté un coup de projecteur bienvenu sur une spécialité de l’Arme qui reste trop souvent dans l’ombre. Le rôle des cuistots est pourtant primordial. “C’est le nerf de la guerre, rappelle Jérôme Sailly. Toute troupe a besoin de se ressourcer. C’est un poste clé pour que les gendarmes se sentent bien.” Le rôle des cuisiniers de l’Arme ? Satisfaire l’appétit des troupes en sublimant les produits tout en tenant les cordons de la bourse.

Lire aussi: Repas des gendarmes mobiles en missions : nouvelles règles de prise en charge par l’état

Agé de 47 ans, Jérôme Sailly avait un solide parcours en cuisine avant de rentrer dans la Gendarmerie, il y a quatorze ans. “Je conseille de faire du terrain avant de passer en cuisine, précise l’ancien gendarme mobile. Il faut avoir envie et savoir s’adapter.” Basculer d’un repas chaud à des sandwichs, ou encore passer de vingt à cent couverts : les cuisiniers des gendarmes doivent s’adapter pour suivre la vie de l’Arme. Quitte à jongler avec les ingrédients et les heures de travail…  

L’atelier sellerie : artisanat de tradition

La rénovation des shakos figure parmi les missions de l’atelier sellerie (Photo: M.G./L’Essor)

“Nous mettons 40 heures pour fabriquer une selle qui durera 40 ans”, explique le maréchal des logis-chef Jérôme Hue, adjoint de l’atelier sellerie de la Garde républicaine. C’est ici que sont entretenus, réparés et confectionnés les harnachements des quelque 480 chevaux du régiment de cavalerie. Certaines des selles utilisées ont entre 150 et 200 ans. La minutie des gestes et la noblesse des matériaux rappellent un atelier de couture de haut vol. Un sentiment confirmé lorsque les responsables expliquent que les apprentis seront parfois recrutés par de grandes maisons comme Hermès.

Tous les éléments des selles d’apparat de la Garde républicaine sont fabriqués ici, à partir des matériaux de base. Ainsi, une ancienne presse à monnaie a été équipée d’un moule permettant de donner forme à la selle en exerçant 19 tonnes de pression sur une pièce de cuir chauffée. Cette dernière peut d’ailleurs être grainée sur place dans un laminoir pour en corriger les imperfections

Fanfare de cavalerie : en avant la musique

Ils sont de tous les grands rendez-vous nationaux. Les gendarmes musiciens de la fanfare de cavalerie de la Garde républicaine défilent en tête du régiment de cavalerie. La crinière rouge de leurs casques les distingue de celle, noire, de leurs camarades, simples cavaliers.

La fanfare de la cavalerie de la Garde républicaine (Photo: M.G./L’Essor)

Lors des cérémonies du 8 mai, du 14 Juillet ou du 11  novembre, la fanfare assure le spectacle avec sa cinquantaine de chevaux, tous alezans exceptés les deux chevaux gris des timbaliers, plus gaillards afin de supporter la vingtaine de kilos que pèse l’instrument.

“Il faut entre deux et trois ans aux musiciens pour être à l’aise avec le cheval et l’instrument”, explique l’adjudant Lannoy. Les gardes de la fanfare doivent en effet jouer de tête des morceaux au trot enlevé. Un sacré défi pour eux qui n’étaient, dans la majorité des cas, pas cavaliers à l’origine.

Leur mission principale est le protocole, avec les services d’honneur au profit du président de la République. Mais ils donnent également de nombreux concerts dans des cadres divers, comme lors de défilés à cheval pour des événements équestres ou des concerts organisés par des associations patriotiques.

Mécaniciens : mains dans le cambouis, l’indispensable soutien opérationnel

Leur filière est l’une des six spécialités du Corps de soutien technique et administratif de la Gendarmerie (CSTAGN). Les mécaniciens “auto-engin-blindé” œuvrent chaque jour au maintien en condition du matériel, notamment roulant, de l’Arme. Bruit suspect sous le capot, crevaison, système de freinage, suspension, vitre brisée…, les véhicules des gendarmes passent par de rude épreuve. D’autant qu’ils affichent souvent un kilométrage très important.

Les mécaniciens assurent le suivi, l’entretien et la réparation d’une pluralité d’engins du parc de la Gendarmerie (Photo: L.P./L’Essor)

Comme les autres militaires de la Gendarmerie, ces spécialistes de la mécanique peuvent s’engager en tant que volontaire (gendarme adjoint ou aspirant) pour des emplois particuliers, ou bien sur concours au sein du Corps de soutien technique et administratif de l’Arme.

Lire aussi: Dans les coulisses de la rénovation des véhicules blindés de la Gendarmerie (vidéo)

Outre la centaine d’ateliers et de centres de soutien, les mécaniciens peuvent être envoyés outre-mer, en opération extérieure, ou mobilisés lors d’événements comme le dernier G7 à Biarritz ou les actions de maintien de l’ordre à Notre-Dame-des-Landes.

Casquier de la Garde républicaine : le gardien d’un patrimoine centenaire

A la caserne Vérines, place de la République, à Paris, se trouve un atelier qui ferait rêver plus d’un bricoleur. C’est ici que les deux casquiers de la Garde républicaine entretiennent un patrimoine très ancien.

Parmi les 780 casques de tradition utilisés par les gardes, des modèles de 1876, environ 90  % sont centenaires.

“On nous laisse le temps de bien travailler”, explique Michaël Legrand (Photo: M.G./L(Essor)

Chaque garde dispose de son propre casque et ne peut en utiliser un autre pour assurer son service. “S’il n’a pas la bonne forme, la douleur peut aller jusqu’à provoquer un évanouissement ”, assure Michaël Legrand, carrossier de formation et casquier depuis 2008.

Une partie du métier de casquier consiste à réparer, souvent dans l’urgence, les casques qui ont pu recevoir des coups lors de chutes diverses ou, tout simplement, avoir subi les outrages du vieillissement.

Le reste du temps, Michaël Legrand assure la restauration complète des casques sortis des rangs car trop endommagés. Il faut compter 40 heures de travail pour un casque.  

Criminalistique, expert en écriture

Une spécialité à part et qui se mérite (Photo: Flickr)

Une spécialité qui se mérite. A l’IRCGN, il faut attendre plusieurs années pour devenir un expert en écriture à part entière. Cette spécialité qui consiste à relever les caractéristiques graphiques des écrits, puis à évaluer les différences et les similitudes entre les textes à comparer, est particulièrement complexe.

Jugez un peu  : dans un dossier typique, le nombre de caractéristiques théoriquement observables est d’environ quatre cents. “L’expert ne travaillera jamais sur moins d’une centaine d’entre elles ”, précisent les gendarmes. La plupart des laboratoires de criminalistique comptent, comme les militaires de l’Arme, une cellule spécialisée.

Lire aussi: ADN – Le laboratoire mobile d’analyses génétiques de la gendarmerie s’exporte

Une complexité qu’a découverte Christine Navarro en 2001, quand elle a intégré le célèbre institut après des postes en brigade et à la Direction générale. A Rosny-sous-Bois, la militaire enchaîne les premières. Le Comité français d’accréditation (Cofrac) a accrédité l’unité. Elle devient ensuite la première experte de l’Arme près la cour d’appel de Paris. Enfin, elle est la première gendarme diplômée en graphologie. Cette discipline qui consiste à discerner un profil psychologique à partir de l’écriture est toutefois plus contestée, et ne doit pas être confondue avec l’expertise en écriture, “une matière vivante assez complexe, détaille Christine Navarro. Il faut avoir un protocole rigoureux, car nous recherchons l’absence totale de différence, qui prime sur les similitudes.

Fourbisseur : garder le savoir-faire

L’atelier du fourbisseur de la Garde républicaine restaure et confectionne les sabres des gardes. “Plus de 3.500 sabres et épées fabriqués et gravés entre 1823 et 1922 y sont remis en état après un choc ou un incident, survenu notamment à cheval ”, précise la Garde.

L’apprentissage est long… (Photo: M.G./L’Essor)

Les chutes, les coups de sabot ou, simplement, un cheval a frôlé un mur sont les accidents les plus courants a nécessité un passage du sabre dans l’atelier. Il est parfois nécessaire de forger à nouveau la lame endommagée.

La complexe construction de ces armes relève d’un texte de référence rédigé en 1822. Sa codification très précise permet à un fourbisseur averti de dire en un coup d’œil à quel corps appartient son détenteur.

L’apprentissage est long et l’autonomie s’acquiert sur deux ans, sur le modèle du compagnonnage. Une transmission indispensable, car “il n’y a presque plus de savoir-faire français dans ce domaine”, regrette Sylvain Pintus. Il est pourtant nécessaire car, rappelle-t-il, les gardes effectuent des services quotidiens par tous les temps, alors que “les armes fabriquées en Chine ne tiendraient pas plus de trois services par an”.  

Analyse criminelles : enquêter à distance sur les crimes de guerre

En France, un gendarme ou un policier saisis d’un crime travaillent à partir d’une scène de crime, d’un corps, d’indices et de témoignages. Rien de tout cela pour le gendarme de de l’Office central de lutte contre les crimes contre l’humanité (OCLCH), qui enquête à plusieurs milliers de kilomètres d’un crime de guerre, d’un génocide ou de tortures, sans disposer de tous ces éléments. Si ce n’est du témoignage de victimes ou de réfugiés en France. Il a donc besoin d’une analyse de la situation géopolitique au niveau criminel de la région et de la localisation des crimes, du service d’Etat ou de la milice soupçonnés.

Perquisition au domicile d’un criminel de guerre présumé, en 2019 (Photo: Gendarmerie)

C’est le rôle de l’analyste, explique un officier, docteur en sciences religieuses. Ainsi l’analyse d’un groupe terroriste en Irak ou en Syrie se déroulera à la lumière de données recueillies : religion (sunnite ou chiite), discours des chefs religieux ou des dirigeants du califat, image de l’Occidental ressenti comme un croisé. “La religion reste la clé de compréhension de tous ces groupes terroristes et du contentieux des crimes de guerre et des génocides.”

L’analyste, recueille près de 80 % de ces données sur des sources ouvertes (Internet), auprès de témoins ou d’ONG. Pour autant, il doit s’interroger sur la crédibilité des sources ouvertes.

Lire aussi: Les gendarmes de l’OCLCH ont arrêté ce matin l’un des fugitifs les plus recherchés au monde !

Tous habilités au secret défense, les analystes de l’OCLCH s’efforcent également de décrypter l’idéologie des auteurs des crimes de masse. “Nous n’avons pas affaire à de simples barbares, mais à des individus qui ont commis ces crimes par religion ou par obéissance à une structure étatique”.

Des geeks très recherchés par les gendarmes

Des officiers commissionnés, souvent ingénieurs de formation, assistent les gendarmes (Photo: M.G./L’Essor)

Les annonces fleurissent régulièrement sur le site du pôle judiciaire de la Gendarmerie nationale ou sur celui du Journal officiel. Expert de haut niveau en intelligence artificielle, en cloud ou en cybersécurité  : la Gendarmerie est friande de ces profils techniques pointus sur le numérique. Mais ces recrutements ne sont parfois pas si aisés, tant ces compétences sont rares et chères. Au Forum international de la cybersécurité, en janvier, le chef du très pointu département informatique électronique (INL) de l’Institut de recherches criminelles de la Gendarmerie déplorait ainsi un peu moins d’un tiers de postes non pourvus.

Dans une agence de cybersécurité, Quentin a fait partie de ces officiers commissionnés high-tech de la Gendarmerie. Au Centre de lutte contre les criminalités numériques, cet ingénieur avait un rôle de support technique pour les enquêteurs.

Dans cette même unité, un autre officier commissionné avait développé une fonctionnalité pour faciliter le travail d’enquête sur les factures détaillées. Si, bien sûr, leur aide est bienvenue, c’est tout l’écoystème de ces unités qui est geek. “La plupart des enquêteurs sont amenés à passer une licence professionnelle à l’université technologique de Troyes, ils disposent de compétences spécifiques qui leur permettent de réaliser des enquêtes cyber plus poussées”, note ainsi Quentin. Avis aux amateurs.  

Crowdfunding campaign banner

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Gratuit : la newsletter de "l'Essor"!

Recevez chaque semaine notre newsletter " Rue Bleue " :  articles inédits, veille sur la presse et infos pratiques

Votre inscription est réussie ! Pensez à confirmer cette inscription dans le mail que vous allez recevoir. Merci.