mercredi 27 janvier 2021
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Le chef d'escadron Emile Tizané, gendarme passionné de phénomènes paranormaux. (Archives E. Tizané / Collection privée Guy Tizané)
Le chef d'escadron Emile Tizané, gendarme passionné de phénomènes paranormaux. (Archives E. Tizané / Collection privée Guy Tizané)

Les enquêtes paranormales du gendarme Emile Tizané

Peut-on être gendarme et croire aux esprits frappeurs? Le chef d’escadron Emile Tizané a consacré cinquante ans de sa vie à l’étude des phénomènes paranormaux. Une preuve vivante que l’on pouvait concilier deux parcours de vie si antagonistes.

Lire aussi: “Emile Tizané ne croyait pas aux fantômes”

Ce personnage est fascinant. Il entre en Gendarmerie comme par effraction, après un accident d’équitation. Celui-ci le contraint à abandonner sa carrière d’officier des Spahis. Peu importe, Emile Tizané en profitera pour se consacrer à sa passion  : l’étude des phénomènes paranormaux. 

Lui qui a pratiqué le spiritisme dans sa jeunesse va mettre ses compétences d’enquêteur judiciaire au service d’enquêtes parallèles. 

La hiérarchie d’Emile Tizané décline ses propositions de formation

Sur cette photo annotée par Emile Tizané, un gendarme pose devant une maison supposément hantée. Maniaque de la che, le militaire conservait des montagnes de documents de ce type à son domicile. (Archives E. Tizané / Collection privée Guy Tizané)
Photo annotée par Emile Tizané d’une maison supposément hantée. (Archives E. Tizané / Collection privée Guy Tizané)

Il amassera des milliers de documents. Aux coupures de presse consacrées aux faits divers mystérieux, il ajoutera vite des procès-verbaux de Gendarmerie. Il les récupére en toute illégalité auprès de camarades conciliants.

En bon gendarme, Emile Tizané ira jusqu’à rédiger un rapport pour “expliquer aux gendarmes comment réagir face à ces situations”. Il le remet à sa hiérarchie en 1937. Etrangement, cette proposition de formation de gendarmes aux phénomènes occultes n’essuiera qu’un refus poli. 

Lire aussi: “Emile Tizané ne croyait pas aux fantômes”, une interview de Philippe Baudouin

Le chaos dans lequel plonge la France en 1940 lui offrira une occasion inespérée de poursuivre ses travaux. En 1943, sa hiérarchie l’autorise enfin officiellement à enquêter à titre privé sur les phénomènes paranormaux qui l’obsèdent. 

L’occupation lui permet d’obtenir un blanc-seing pour ses enquêtes

Ce blanc-seing, ainsi que l’occurrence de ce type de phénomènes à proximité de la brigade de Melle (Deux-Sèvres), dont il est le commandant, lui permettront de mener une véritable enquête de Gendarmerie sur les phénomènes paranormaux. 

Schéma d'une projection de képi, l'un des faits paranormaux constatés par le gendarme Emile Tizané dans une maison des Deux-Sèvres en 1943. (Archives E. Tizané / Collection privée Guy Tizané)
Schéma d’une projection de képi, l’un des faits paranormaux constatés par le gendarme Emile Tizané dans une maison des Deux-Sèvres en 1943. (Archives E. Tizané / Collection privée Guy Tizané)

Il dort dans une maison hantée avec ses occupants, réalise des croquis d’identité judiciaire des phénomènes qu’il constate lui-même (photo ci-contre), s’adonne à des séances d’écriture automatique, et identifie même le coupable : un esprit frappeur qui touche l’adolescente de la maison. Emile Tizané a en effet fait sienne la théorie anglaise de “la vilaine petite fille”. L’énergie des adolescents génèrerait ce type de phénomène. “Eloignez l’enfant et vous soignerez la maison”, professe-t-il à l’époque. 

A la Libération, les comités d’épuration le jugent coupables de collaboration. Il est mis en disponibilité avec possibilité de rappel ultérieur, avant d’être réintégré sans carence dans ses états de service. Ida Grinspan, à l’arrestation de laquelle il avait fait procéder en janvier 1944, alors qu’elle était âgée de 14 ans, et qui fut déportée à Auschwitz, garde pourtant un mauvais souvenir de ce gendarme qui, s’il ne l’a pas brutalisée, a tenté de lui faire avouer où se cachait son père. 

Après la Gendarmerie, Emile Tizané poursuit son enquête

Après avoir quitté l’Institution, Emile Tizané continuera à travailler sur ces phénomènes et écrira une dizaine d’ouvrages sur le sujet, dont il assurera la promotion sur les plateaux de télévision dans les années 1970.

Les esprits le rattraperont pourtant. Harcelé au téléphone par un certain Simonus, esprit plus ou moins extraterrestre qui le somme d’écrire à son sujet, il mourra peu de temps après d’un cancer généralisé fulgurant.

L’historien Philippe Baudouin, que nous avons longuement interrogé à ce sujet, a consacré un an d’études au gendarme Tizané, dont il a lu toute la production: notes, courriers et ouvrages. 

Il en a retiré en 2015 la matière à une exposition. Selon lui, en effet, le travail d’Emile Tizané, ses photographies et ses enquêtes constituent “non pas véritablement une tentative artistique, ce serait exagéré de dire cela, mais quelque chose de plus proche de ce que l’on appelle l’art brut. Chez lui, on se situe toujours au croisement de la science physique de l’époque, de la croyance liée au spiritisme, et de la technique judiciaire”.

Dans une exposition d’art contemporain intitulée “Dessiner l’invisible”, qui rassemblait une quarantaine d’artistes, une pièce entière présentait ainsi le gendarme Tizané. Un an après, un livre suivra, Les Forces de l’ordre invisible – Emile Tizané, 1901-1982, un gendarme sur les territoires de la hantise, aux éditions du Murmure.

Matthieu Guyot

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