jeudi 28 janvier 2021
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La Gendarmerie des Vosges cartonne sur les réseaux sociaux et totalise plus de 80.000 abonnés, ce qui en fait le premier groupement connecté. (Photo: LP/L'Essor)
La Gendarmerie des Vosges cartonne sur les réseaux sociaux et totalise plus de 80.000 abonnés, ce qui en fait le premier groupement connecté. (Photo: LP/L'Essor)

La “recette miracle” des gendarmes des Vosges sur les réseaux sociaux

Présentant une importante communauté d’abonnés sur les réseaux sociaux, la Gendarmerie des Vosges fait office de leader parmi les groupements connectés. Nous avons voulu en savoir un peu plus sur la gestion de leurs comptes sociaux.

Depuis une dizaine d’années, la carte des départements où la Gendarmerie dispose de comptes locaux sur les réseaux sociaux s’étoffe. En premier lieu sur Facebook, mais également sur Twitter ou encore Instagram. Aujourd’hui, cela concerne la quasi-totalité des groupements de gendarmerie départementale. Parmi eux, un groupement semble néanmoins sortir du lot: celui des Vosges. En effet, quand certains réunissent quelques centaines ou milliers d’abonnés, les gendarmes des Vosges en comptent aujourd’hui plus de 50.000 sur Facebook et 30.000 sur Twitter. Ils sont ainsi le premier groupement en terme de nombre d’abonnés. Des très bons chiffres à rapporter à la population de ce département, 67e de France par son nombre d’habitants (367.000).

Le patron aux manettes

“C’est beaucoup de travail”, souligne le colonel Brice Mangou, commandant le groupement de gendarmerie départementale des Vosges. Avec deux autres gendarmes, c’est lui qui publie sur les réseaux sociaux. “Nous n’avons pas de créneau spécifiquement dédié. C’est principalement sur notre temps personnel, car c’est souvent là que naissent les idées.”

Le colonel Brice Mangou, commandant le groupement de Gendarmerie des Vosges, fait partie de l'équipe de community managers de la "Gendarmerie088". (Photo: Gendarmerie)
Le colonel Brice Mangou, commandant le groupement de Gendarmerie des Vosges, fait partie de l’équipe de community managers de la “Gendarmerie088”. (Photo: Gendarmerie)

Doté d’un goût prononcé pour la communication, l’officier n’avait pourtant pas de prédisposition aux réseaux sociaux. Avant son arrivée dans les Vosges, il avait tout de même été en poste au service d’information et de relations publiques de la Gendarmerie. Mais il s’occupait alors du journal interne Gend’info, pas des médias sociaux. C’est suite à sa prise de commandement en 2018 qu’il se penche sur la question. “Nous sommes partis d’une interrogation: quelle forme donner à nos messages pour qu’ils soient audibles?”

Lire aussi: “Comment la Gendarmerie tisse sa toile”, à retrouver dans le n°539 de L’Essor.

Pas d’opposition des Vosges aux autres groupements

De fait, selon lui, les messages diffusés par la Gendarmerie sont les mêmes depuis 20 ans. “On ne peut pas imposer nos codes institutionnels. Il faut s’adapter aux codes du grand public et des réseaux sociaux. Nous essayons de faire passer nos messages de manière ludique. Cela nous permet de susciter des réactions, des partages, et donc de toucher plus de personnes. Nous essayons d’aller chercher ceux qui, naturellement, ne s’intéresseraient pas aux publications d’un compte de Gendarmerie.”

“Il ne s’agit pas de nous opposer aux autres groupement, prévient toutefois le colonel. Ils font un travail formidable!” D’ailleurs, si le compte des Vosges séduit autant, c’est sans doute aussi en raison de sa singularité. “Si tout le monde faisait pareil, ça ne marcherait plus aussi bien.”

Lire aussi: La communication judiciaire confiée en partie aux gendarmes et aux policiers?

“Les tweets ‘gratuits’ fonctionnent mieux”

Mais le succès du compte ne s’est pas fait en un jour. Avant d’en arriver là, il a connu plusieurs phases. Créé en 2018 à l’arrivée du colonel à la tête du groupement, le compte a tout d’abord tâtonné avec une phase d’essais et de tests. Puis en 2019, les publications ont commencé à prendre un virage décalé. Enfin en 2020, “le décalé a cédé sa place au décomplexé” explique l’officier.

“Aujourd’hui, ce sont les tweets ‘gratuits’ qui fonctionnent le mieux! Les messages les plus simples font les meilleurs scores”. Preuve en est avec ce tweet publié le 31 décembre 2020. Un simple “Bonjour” récolte à lui seul près de 1.000 likes. Il engendre aussi plusieurs centaines de réponses.

Une stratégie que défend le gendarme. “Les tweets classiques n’intéressent pas. Pour capter les gens, il faut leur parler d’eux avant de parler de nous; partager leur quotidien.” Pour cela, ils évitent donc les “mises en scènes institutionnelles”. Et on observe davantage d’efficacité sur le terrain, sans qu’il y ait une hausse des sollicitations des personnels qui ont bien d’autres choses à faire. Les réseaux sociaux représentent en cela une solution idéale.

Le soutien d’une communauté

Comme sur le terrain avec les administrés, les gendarmes des Vosges revendiquent leur proximité en ligne avec les internautes. “Nous agissons avec eux comme nous agissons lors des patrouilles. Souhaiter une bonne journée ou un bon weekend… Tout cela ne coûte rien mais est important. Ca nous permet de tisser des liens avec notre communauté.”

Fin-novembre 2020, la “Gendarmerie_88” a même remporté un concours informel lancé par un gendarme adjoint sur Twitter. Il opposait une trentaines de comptes de forces de sécurité et visait à désigner le meilleur community manager d’entre-eux. Au final, les lorrains se classent premiers, devançant même le compte national de la Gendarmerie! Une reconnaissance qui donne le sourire au colonel Mangou. “Les participants ont bien joué le jeu en mobilisant leurs communautés. Nos nombreux followers nous ont soutenus jusqu’au bout!”

Lire aussi: La Gendarmerie passe le cap du million d’abonnés sur les réseaux sociaux

Second degré

En plus de ces messages “gratuits” d’autres ingrédients font le succès des comptes. Des publications pleines de second degré, mais dans lesquelles les gendarmes parviennent à glisser quelques messages. Sécurité routière, prévention contre les cambriolages et même contre les incendies et feux de forêts comme ici, à la fin de l’été 2020.

Ces quelques lignes vantant les efforts des agents de l’ONF pour que les écureuils arrêtent de fumer ont beaucoup fait réagir. Rire surtout, alors même que le fond du sujet sur la protection de la faune et de la flore locale est grave. Et les résultats parlent d’eux-mêmes, puisque le tweet a enregistré plus de 11.000 likes. Peut-être un record pour une publication d’un groupement de Gendarmerie!

Un ton qui dérange

Mais tout n’est pas rose dans l’histoire de la présence numérique des gendarmes des Vosges. Le côté sarcastique ou ironique de certaines publications a du mal à passer. Les piques à leur égard sont fréquentes. Outre les invectives d’internautes anonymes au discours anti-police, plusieurs membres de la communauté des forces de sécurité intérieure ne cachent pas leur agacement quant au ton employé ou aux contenus diffusés. Y compris des adeptes du second degré qui jugent que les gendarmes des Vosges vont parfois trop loin.

Derniers exemples en date avec une publication faite suite à l’irruption de manifestants pro-Trump dans le Capitole, pour empêcher la certification de l’élection du nouveau président des Etats-Unis. Un post considéré par de nombreux internautes comme étant à caractère politique et qui ne devrait pas figurer sur un compte institutionnel d’un groupement de Gendarmerie.

Autre fausse note relevée par des twittos, la diffusion d’une vidéo montrant des techniques pour forcer une porte à l’aide de divers procédés.

“C’est un choix assumé, rétorque le colonel Mangou. Lorsque nous préparons nos publications, nous échangeons entre nous. Et s’il ressort que le message n’est pas compréhensible, alors on ne le publie pas.” D’ailleurs, les publications sont presque systématiquement porteuses d’un message. Plus ou moins perceptible de prime abord. De la prévention contre les cambriolages ou les violations de domiciles par exemple pour le deuxième cas cité précédemment. Quoi qu’il arrive, la décision finale de publier reste de la responsabilité du commandant de groupement.

Une liberté de parole qui ne semble pas déranger les partenaires institutionnels du groupement vosgeois, qu’il s’agisse de la préfecture ou des collectivités. Idem du côté direction de la Gendarmerie. “La direction générale laisse aux groupements la possibilité de gérer leurs réseaux sociaux comme ils l’entendent. C’est très précieux et appréciable!”

Coups de projecteur sur les gendarmes des Vosges

Au-delà du ton employé, la réussite du compte des gendarmes des Vosges peut aussi s’expliquer par la notoriété acquise au fil des mois. Et notamment les reprises de certaines publications par la presse locale et nationale. La plupart mettent ainsi en avant la recette miracle des gendarmes des Vosges, qui associent humour et choses sérieuses, loin de l’image d’Epinal que l’on pourrait s’attendre à trouver.

En octobre 2020, Le Parisien soulignait cette “nouvelle tactique de communication, destinée à séduire mais aussi à mieux prévenir”. Quelques semaines plus tard, mi-décembre, c’était au tour du magazine du Monde, M le Mag. Il consacre un article à la présence des gendarmes des Vosges sur les réseaux sociaux. Intitulé “Les farces de l’ordre”, il mettra encore davantage la lumière sur ces comptes qui, en l’espace de quelques jours, voient leur nombre d’abonnés grimper d’une dizaine de milliers supplémentaire. L’article suscitera d’ailleurs d’autres engouements journalistiques.

Sous le feu des projecteurs après cette large exposition médiatique, les community manager vosgeois ont offert une surprise à leurs fans pour la nouvelle année. Cédant à la demande de nombreux internautes, ils sont “sortis de l’anonymat”. Du moins d’une certaine manière, puisque c’est avec des photos d’eux enfants qu’ils ont finalement accepté de montrer leurs visages.

Capitalisant sur cette notoriété propulsée, les messages publiés gardent toute leur énergie, parfois grinçante. Présents sur Facebook et Twitter, les gendarmes des Vosges n’envisagent pas pour le moment d’investir d’autres plateformes. L’avenir des comptes actuels, lui, reste incertain. Ils pourraient perdre en intensité dans les mois à venir puisque le patron du groupement quittera cet été son commandement pour prendre un poste en état-major. Sauf peut-être si le relai est assuré. Un gendarme-adjoint, “Nicolas le stagiaire”, vient justement de rejoindre l’équipe de contributeurs.

LP

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