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vendredi 16 avril 2021
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Gendarmes adjoints volontaires lors d’une cérémonie dans la cour d’honneur des Invalides, à Paris. Engagés pour quelques années, certains de ces jeunes feront carrière en Gendarmerie, mais aussi parfois dans la Police (Photo : DR).
Gendarmes adjoints volontaires lors d’une cérémonie dans la cour d’honneur des Invalides, à Paris. Engagés pour quelques années, certains de ces jeunes feront carrière en Gendarmerie, mais aussi parfois dans la Police (Photo : DR).

La Police et la Gendarmerie vues de l’intérieur

Trois policiers, anciens gendarmes, ont accepté de nous donner une vision dépassionnée des deux institutions. Tous avaient passé les examens pour intégrer la Police et la Gendarmerie et ont été reçus dans les deux. Mais la Police ayant répondu en premier, ce hasard du calendrier aura décidé de leur carrière. Un seul ajoute que sa “vie personnelle (l’a) poussé à faire un choix plus que l’autre ”. Il était cependant déjà en école de Police lorsqu’il a appris que la Gendarmerie l’acceptait dans ses rangs.

Alexis*, qui n’a pas 30 ans, garde de bons souvenirs de ses premières années militaires. Alors gendarme adjoint volontaire en outre-mer, il se souvient avoir apprécié “la rigueur militaire qu’on vous inculque dès l’école ”. Il était moins emballé par la vie en casernement, “pas toujours très facile“.

“Vous n’êtes jamais vraiment au repos dans une caserne, ajoute-t-il. Vous êtes toujours susceptible dêtre sollicité. Votre vie privée est en quelque sorte publique. A mes collègues policiers qui me parlent de l’avantage du logement à titre gratuit, je rappelle que l’on vit en collectivité. Et cela ne plaît pas à tout le monde !

“En Police, nous ne sommes pas corvéables H24.”

Même son de cloche chez Luc, ancien gendarme auxiliaire, dont le frère est sous-officier de Gendarmerie. “En Police, nous n’avons pas l’avantage du logement, mais nous ne sommes pas corvéables H24 “, souligne cet OPJ de Loire-Atlantique.

En vingt ans de carrière, il ne se souvient que d’un “rappel exceptionnel ”. A contrario, “quand j’allais chez mon frère et qu’il était Premier à marcher, comme une panthère noire, il partait souvent la nuit ” !

Les zones de compétence des uns et des autres sont évidemment source de différences importantes. “Le cœur du métier n’est pas exactement le même”, estime Franck, policier de commissariat. Ancien gendarme adjoint volontaire dans un Psig du sud de la France, ce dernier est aujourd’hui affecté en Seine-Saint-Denis. Il note que, “sur une grosse circonscription, vous apprenez très vite et voyez beaucoup de choses”.

“S’il y avait la même activité en Gendarmerie et en Police, cela poserait problème.”

Ceci dit, l’organisation est adaptée au territoire. “S’il y avait la même activité en Gendarmerie et en Police, cela poserait problème. Moi, dans le 93, je fais une dizaine d’interventions police secours pendant mes 8  heures de travail. Avec une activité similaire, les gendarmes qui sont Premiers à marcher (PAM) partiraient sur trente interventions pendant leurs 24  heures.

Une activité plus faible, qui peut avoir des conséquences négatives. “En Police, nous couvrons la ville, particulièrement en région parisienne où vous avez du flic au mètre carré “, analyse Luc. Pendant ce temps, “mon frère me disait qu’il avait des interventions au fond de son département rural. Il mettait une heure pour arriver ! Comment faire de la bonne police avec 40 km2 à couvrir dans la nuit et seulement 4 heures pour le faire ?“, se demande-t-il.

“Le DGGN a plus d’autorité sur ses troupes.”

Autre différence importante : le grand patron. Nos trois témoins jugent sévèrement le DGPN. “Franchement, je connais son nom, mais sans plus. Le DGGN a plus d’autorité sur ses troupes”, assure le plus âgé, Luc, qui a pourtant servi sous un Directeur général de la Gendarmerie (DGGN) civil.

Lire aussi: Info L’Essor – La Gendarmerie envisage la création d’un corps d’engagés à la place des GAV

“Le patron de la Gendarmerie impose beaucoup plus de respect de par le statut militaire. Dans la Police, le numéro un est beaucoup plus politisé. Au final, en Ile-de-France, votre patron, ce n’est pas le DGPN, mais le préfet de police de Paris“, abonde Alexis. De fait, “le policier d’en bas a l’impression que le gendarme est plus défendu par sa hiérarchie que le policier“, précise Franck. Il se souvient, encore ébahi, de l’intervention du général Favier sur BFM, trois jours après la mort de Rémi Fraisse, lors des manifestations de Sivens dans le Tarn. “Aucun DGPN ne l’a fait et aucun ne le fera jamais“, pense-t-il.

“Chacun fantasme sur l’autre corps car il ne le connaît pas.”

Au final, c’est surtout la méconnaissance de l’autre institution qui ferait y croire l’herbe plus verte. “Quand j’étais en Gendarmerie, les anciens me disaient “Va dans la Police, ils sont mieux équipés que nous”. Chacun fantasme sur l’autre corps car il ne le connaît pas“, regrette Franck. “Les conditions d’exercice sont aussi mauvaises pour tous les deux. Tout comme la considération du public et du pouvoir politique“, lâche-t-il, désabusé.

*Tous les prénoms ont été changés.

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