mercredi 27 janvier 2021
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Les élèves sous-officiers, un genou à terre, lors de la cérémonie du dévoilement de leur grade de gendarme. Ici, à l’école de Chaumont (Photo: école de gendarmerie de Chaumont).
Les élèves sous-officiers, un genou à terre, lors de la cérémonie du dévoilement de leur grade de gendarme. Ici, à l’école de Chaumont (Photo: école de gendarmerie de Chaumont).

La Gendarmerie : voyage au cœur d’une Institution en marche

La Gendarmerie a-t-elle un ADN particulier ? L’Essor a posé la question à des gendarmes d’active et retraités, ainsi qu’a un historien de l’Arme.

“La militarité de la Gendarmerie ne lui fournit pas seulement une matrice, un cadre d’emploi et un mode d’action. Elle constitue un enjeu et contribue à l’image, positive ou non, que les autorités, les autres forces de sécurité et la société lui renvoient.” En deux phrases, l’historien et professeur émérite de la Sorbonne Jean-Noël Luc définit ainsi la militarité comme l’essence même de l’Arme.

“En cas de crise majeure, le gendarme reste le dernier rempart du gouvernement,  parce  qu’il  est  militaire.” A 73 ans, dont trente-trois ans de service en gendarmerie départementale, l’adjudant-chef  Bruno  Sylvestre  se montre catégorique . “Les gendarmes, ajoute-t-il, sont attachés aux mêmes valeurs et sont solidaires entre eux.

“L’essence militaire” de la Gendarmerie

Le général d’armée Denis Favier, chef du GIGN à deux reprises et directeur de l’Arme de 2013 à 2016, préfère mettre en avant “l’essence militaire” de la Gendarmerie, qui se traduit par “sa disponibilité et sa capacité à répondre à des engagements lourds“. Une “essence militaire” renforcée par le rattachement au ministère de l’Intérieur, il y a onze ans.

“La Gendarmerie, rappelle également le Pr Luc, est d’abord une institution enracinée dans l’armée par la Révolution et l’Empire. Elle lui emprunte, à des degrés divers selon les périodes, ses hommes, son encadrement, son organisation, ses équipements.” Sans oublier “une partie de son référentiel réglementaire, pratique et culturel, pour l’exécution de certaines de ses missions de police“, ajoute ce grand spécialiste de la Gendarmerie. Même si la Gendarmerie, souligne-t-il, “principalement dédiée à la sécurité intérieure, est aussi une force complémentaire des autres troupes, avant, pendant et après les opérations”.

“Une force armée instituée pour veiller à l’exécution des lois

La loi du 3 août 2009, qui rattache la Gendarmerie nationale à l’Intérieur, la définit en effet comme “une force armée instituée pour veiller à l’exécution des lois“. D’aucuns, à l’époque, craignaient une dissolution de la Gendarmerie au sein de l’Intérieur. En fait, relève Denis Favier, “ce rattachement a permis à la Gendarmerie d’affirmer son identité et le renforcer son état militaire”.

Un lien donc direct avec l’état militaire, qui la distingue sans ambiguïté de la Police nationale, et une place solide due à la cohésion entre les personnels qui la servent, quel que soit leur grade. Les trois quarts des quelque 7.000 officiers de l’Arme sont en effet d’anciens sous-officiers. Une spécificité sans équivalent dans les Armées, la Police ou la Fonction publique. “Un esprit de corps“, note Bruno Sylvestre, qui fait que “les gendarmes sont attachés aux mêmes valeurs, et solidaires”. Grâce notamment au logement obligatoire –  une autre spécificité –, qui assure également “une meilleure cohésion entre les familles“, ajoute l’adjudant-chef.

“Les  gendarmes vont tous dans le même sens”.

“Cette cohésion et cet esprit de corps, insiste le général Favier, n’existent pas dans la Police.” “Les  gendarmes sont très soudés et vont tous dans le même sens”.

Etat militaire, cohésion, et aussi proximité avec la population. Celle-ci reste, pour Bruno Sylvestre, l’élément premier de l’ADN de la Gendarmerie. Ce que confirme d’ailleurs le commandant Thomas Fressin, chef du pôle Recherches et Relations universitaires du centre de recherches de l’Ecole des officiers de la Gendarmerie nationale. Selon lui, “c’est le territoire qui a commandé la militarité de la Gendarmerie et sa capacité à gérer une crise n’importe où”. “Déjà dans le Royaume de France, poursuit l’officier, également docteur en histoire moderne, les Maréchaussées étaient présentes sur les routes et les grands chemins pour sécuriser et protéger les flux de personnes et de marchandises. C’est toujours le cas aujourd’hui.

Un maillage de proximité grâce à une implantation de plus en plus fine

Cette nécessité dune présence sur les grands axes date de la première moitié du XVIIIe siècle. Le service des Ponts et Chaussées commence alors à développer et à entretenir les routes les plus importantes, avec le concours du ministère de la Guerre. Dans la continuité, en 1720, le réseau des brigades de ce qui deviendra la Gendarmerie nationale se dessine en France, en s’appuyant notamment sur le réseau de routes et les relais de poste.” Une implantation de plus en plus fine, gage d’un maillage de proximité. “Territoire, terroirs, voilà ce qui définit et constitue avant tout, à mes yeux, l’ADN de la Gendarmerie“, résume ThomasFressin.

Mais, pour Bruno Sylvestre, ces contacts réguliers avec la population, et donc cette connaissance du territoire de la brigade, ont “été perdus de vue”, dans les années 1980. Il rappelle que le noyau dur du groupe terroriste Action directe avait été démantelé par le Raid dans une ferme isolée de Vitry-aux-Loges, dans le Loiret, en février 1987. Une planque en zone Gendarmerie où les quatre dirigeants d’AD vivaient sans avoir été détectés par les gendarmes  ! “On a alors demandé aux gendarmes de mieux surveiller leur zone”, se souvient-il.

Garder le contact

L’ancien sous-officier insiste aussi sur la nécessité, pour les gendarmes d’active, de garder le contact avec leurs anciens qui n’ont pas perdu leurs réflexes de gendarmes.

“Les gendarmes ont une relation très forte avec le pays”, affirme Denis Favier. L’ancien patron des gendarmes ajoute  : “Tout le monde connaît la Gendarmerie parce qu’elle est présente sur l’ensemble du territoire, qu’elle a lié des liens de confiance avec la population, et qu’elle garde une image très forte et positive.

L’identité de la Gendarmerie, note quant à lui le Pr Luc, est “le fruit d’un panachage, à géométrie variable selon les époques et les composantes du corps, entre des invariants empruntés à l’armée et les empreintes de la territorialité”. C’est, poursuit-il, “la condition d’une proximité avec la population, du légalisme et de la culture d’un service policier polyvalent de première ligne”.

Cette proximité et ce contact avec la population, “qu’elle cultive depuis plus de trois siècles, font de la Gendarmerie une institution humaine“, souligne Thomas Fressin. Un engagement qui fait écho à la devise de l’Arme : “Pour la patrie, l’honneur et le droit”. Mais, poursuit l’officier commissionné, également maître de conférence en informatique, “la Gendarmerie – loin d’être une vieille dame  – est une force qui se transforme et innove pour s’adapter continuellement aux évolutions de la société”.

Une force qui s’adapte et innove

Elle fait ainsi en sorte de “suivre les bonds technologiques”. C’est le cas, par exemple, pour les systèmes d’information et de communication, passés du simple registre manuscrit d’antan à la machine à écrire, puis la radio, l’ordinateur, et aujourd’hui la tablette et le smartphone. Autre exemple avec les moyens de mobilité. Historiquement à cheval, les gendarmes ont ensuite enfourché des bicyclettes, puis des voitures et des motos. Idem côté ressources humaines, puisque l’Arme s’est ouverte aux personnels civils ainsi qu’aux femmes.

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Par ailleurs, “au-delà du territoire physique, elle est devenue très présente sur le territoire numérique”, aujourd’hui réputé comme “la troisième dimension de la sécurité“. Un terrain sur lequel elle s’illustre également pour ses actions au contact de la population connectée, avec, par exemple, sa brigade numérique ou encore sa présence sur les réseaux sociaux, où elle a été précurseur.

La Gendarmerie  ? Une “arme d’élite“, répondait Bonaparte Premier Consul. “Une institution à part“, ajoutait l’empereur Napoléon quelques années plus tard. “Et c’est ce qui fait l’originalité de son fonctionnement et de ses nombreuses missions, comme l’intérêt de son histoire”, conclut le Pr Luc. 

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