// Quiota AMP
vendredi 16 avril 2021
Accueil / Articles abonnés / Direction générale : le cœur du réacteur de l’Institution
Des gendarmes dans le hall du nouveau siège de la Direction générale de la Gendarmerie, en 2012, à l’issue de son inauguration par Nicolas Sarkozy (Photo : M.Guyot/L'Essor).
Des gendarmes dans le hall du nouveau siège de la Direction générale de la Gendarmerie, en 2012, à l’issue de son inauguration par Nicolas Sarkozy (Photo : M.Guyot/L'Essor).

Direction générale : le cœur du réacteur de l’Institution

Si les gendarmes de terrain voient souvent la Direction générale de la Gendarmerie comme un mammouth administratif, le nombre de militaires qui y sont affectés reste raisonnable par rapport à d’autres administrations.

Cependant, si vous mettez pour la première fois les pieds à la DG, un conseil : ne lâchez pas d’une semelle la personne qui vous cornaque ! Dans le dédale de couloirs tous identiques, on a tôt fait de perdre tout sens de l’orientation.

La Direction générale : une énorme machine

Tandis que l’on marche, les bureaux défilent, les portes le plus souvent entrouvertes sur un ou plusieurs gendarmes studieux, les yeux rivés à leur écran. L’ambiance est calme, la moquette au sol étouffe le bruit des pas, et on peut songer, durant cette petite promenade, à l’énorme machine qu’est devenue la Direction générale.

En 2012, elle a dû déménager de la mythique rue Saint-Didier, dans le 16e  arrondissement de Paris, devenue bien trop étroite. Au fil des ans, la Direction générale avait poussé les murs. Avant de littéralement déborder et se trouver éclatée sur une douzaine de sites sur Paris et sa proche banlieue.

A Issy-les-Moulineaux, qui accueille la construction du nouveau site, la Direction générale a vu les choses en grand pour son projet immobilier majeur. Inséré dans des fortifications édifiées par Vauban, le complexe – dont le chantier a coûté 130 millions d’euros  – s’étend sur 47.300 m2. On y trouve l’équipement et les infrastructures nécessaires pour dormir, manger, tenir des conférences, faire du sport, et même une crèche et un coiffeur.

Un ratio sans commune mesure avec la police

A projet hors norme, ouverture en grande pompe, et c’est le président de la République Nicolas Sarkozy qui a lui-même inauguré les locaux où 1.300 gendarmes étaient en train de déménager progressivement.

Face à ces chiffres, la Direction générale est souvent soupçonnée de gigantisme. Pas du tout, répond le sociologue François Dieu, qui étudie la Gendarmerie de longue date : “La Gendarmerie a suivi un mouvement qui ne lui est pas propre, explique l’universitaire. Beaucoup d’administrations se sont densifiées au niveau des agents administratifs.” Il souligne d’ailleurs que “le ratio de 1.000 personnes à la DG pour un total 100.000 gendarmes est très correct par rapport à d’autres administrations”. Un chiffre en trompe l’œil, auquel il faudrait ajouter “toutes les ressources administratives consommées au niveau des états-majors déconcentrés, régions, groupements et même compagnies. Il y a tout un fonctionnement technocratique très lourd”. Avec ce décompte, et même si le nombre de postes chargés de tâches administratives augmente, il restera “sans commune mesure avec la Police “, précise François Dieu.

Sur le terrain, le regard sur la Direction générale n’est pas toujours si bienveillant. “Une espèce de machine qui produit du papier, un produit que personne ne lit vraiment“, juge ainsi sévèrement un officier supérieur. Très opérationnel, il ajoute que “la Gendarmerie n’est plus une arme, mais une arme peinte en bleu” avec, à la Direction générale, “des politiques et pas des militaires”.

Il ajoute que ceci constitue “une évolution logique puisque, depuis le transfert vers l’Intérieur, auquel j’étais favorable, on fait essentiellement des missions civiles.

De la programmation à la pression

François Dieu confirme que le rattachement au ministère de l’Intérieur a bien changé les choses.

“Il a transformé les méthodes de travail de la Direction générale. C’est une véritable révolution silencieuse, qui n’a pas concerné les gendarmes de terrain.” Et le sociologue des organisations de développer : “Avec le ministère de la Défense, on était sur une gestion d’antan, avec une programmation et un travail à moyen et long termes. L’Intérieur, en revanche, est le ministère de l’urgence, avec une obligation de rendre des comptes au ministre tous les soirs. C’est le ministère de la pression. La Direction générale a basculé dans une nouvelle ère.

Une chose n’a pas changé  : le passage par la Direction générale est un incontournable pour les officiers durant leur carrière. Et il est très important pour ceux qui seront appelés à de plus grandes responsabilités. C’est en effet à cette occasion qu’ils acquièrent des connaissances et des technicités très pointues dans des domaines comme les ressources humaines, les finances ou l’immobilier. Des domaines éloignés du terrain, mais à maîtriser pour faire partie des grands chefs de l’Institution.

Petit bémol, pour François Dieu, ce temps d’apprentissage se fait au détriment du terrain. “Cela consomme des ressources de qualité pour des tâches qui ne sont pas directement en lien avec l’exécution de service public”, explique-t-il.

Lire aussi: Protection des personnels de la Gendarmerie : la direction générale décroche un “2 sur 20” !

Et qui, parfois, se reposent quand même sur ledit terrain. Notre officier supérieur se souvient avec amertume de cette “demande urgente de la DG, en mode crash“. En lisant la chaîne de mails, il réalise pourtant que “plein de gens n’avaient pas répondu, et c’est pour cela qu’en bout de chaîne, les gens de terrain doivent répondre dans l’heure à une demande qui date de plusieurs jours“.

Crowdfunding campaign banner

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Gratuit : la newsletter de "l'Essor"!

Recevez chaque semaine notre newsletter " Rue Bleue " :  articles inédits, veille sur la presse et infos pratiques

Votre inscription est réussie ! Pensez à confirmer cette inscription dans le mail que vous allez recevoir. Merci.