vendredi 22 janvier 2021
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La triathlète Audrey Merle est un modèle de résilience. (Crédit-photo : DR)
La triathlète Audrey Merle est un modèle de résilience. (Crédit-photo : DR)

Audrey Merle, l’histoire d’une renaissance

Après des années de galère et de fatigue chronique, la triathlète Audrey Merle, 25 ans, a enfin pu livrer le combat de sa vie contre un mal mystérieux qui la rongeait. Lyme. Quatre petites lettres pour reprendre le contrôle sur son corps. Pour mettre un mot sur les maux. Refermer quatre années de cauchemar. Bousculer son destin. Retrouver le goût de la vie.

Le jour où Audrey Merle a identifié ce mal qui la rongeait de l’intérieur, la courbe s’est enfin inversée. “Je me suis dit : C’est bon, j’ai vraiment quelque chose et on sait ce que c’est. J’étais clairement soulagée. Cela faisait un moment qu’il y avait deux voix en moi  : l’une pour me dire que c’était physique  ; l’autre que c’était psy. Ouf, je n’étais pas folle.”

Quand on lui diagnostique la maladie, Audrey Merle esquisse un sourire

Quand on lui diagnostique la maladie de Lyme à la suite de tests réalisés en Allemagne, Audrey Merle esquisse un début de sourire. Comme cet espoir qui revient enfin, synonyme de premier pas vers la guérison. “J’ai compris que je pouvais reprendre ma vie, tout simplement, et ma carrière de sportive en prime“, se souvient l’athlète, qui bénéficie du statut de sportif de haut niveau au sein de la Gendarmerie nationale.

Entendre pour la première fois le nom de Lyme, c’est clairement une renaissance. “Moralement, je suis passée par des phases dépressives. Savoir ce que j’avais a été une libération.” Pour comprendre comment et à quel point l’athlète, considérée à l’époque comme une enfant prodige du triathlon français, a été habitée par le doute, il faut rembobiner l’histoire.

Une championne en pleine ascension

Retour en 2015. Audrey Merle est dans une phase ascendante. Vice-championne du monde en relais mixte un an plus tôt, alors qu’elle n’est que junior, la Clermontoise est sacrée championne du monde Espoirs (U23) à Chicago. Dans la foulée, elle obtient son billet pour les jeux Olympiques de Rio.

De retour d’une compétition disputée en Chine, elle remarque une piqûre sur la peau, mais n’y prête guère plus d’attention. 2016 est pourtant une année compliquée. Fatiguée et sans jus, elle observe une période de repos, mais son corps est apte à repartir au combat. Elle verra le soleil de Rio avec une honorable 35e place aux JO, à seulement 21  ans. Dès son retour du Brésil, elle se prépare à la défense de son titre U23 au Mexique quand, à la suite d’un mauvais bilan sanguin, un médecin lui interdit de prendre l’avion. Débute alors un long chemin de croix entre l’apparition persistante des symptômes et la découverte de la maladie.

Audrey Merle vise maintenant les JO de Paris en 2024 (Crédit-photo : DR)
Audrey Merle vise maintenant les JO de Paris en 2024 (Crédit-photo : DR)

Diagnostic en Allemagne

Sportivement, tout d’abord : “La chute est brutale, résume-t-elle. Je ne savais pas qu’on pouvait redescendre à ce point du jour au lendemain. Autour de moi, on me disait que je devais m’accrocher. Dans une carrière, un coup de mou, ça peut arriver.” Sauf que pour Audrey Merle, les jours sans se transforment en semaines. En mois. Puis en années. Avec un corps qui devient de plus en plus lourd à porter. “Et cette impression d’avoir 80 ans.” Elle enchaîne les examens médicaux, et se demande chaque fois quelle maladie on va lui déceler. Les symptômes de la maladie de Lyme font écho à tellement d’autres maladies… J’ai pris des traitements qui n’ont servi à rien. J’ai vu tellement de médecins… On m’a même dit que c’était dû au surentraînement, alors que j’étais incapable de m’entraîner.

A cette période, le sport de haut niveau appartient déjà aux souvenirs. “C’était invisible et progressif. Ça m’empêchait d’avoir ma vie de femme tout simplement.” Avec un moral en berne, faute de connaître l’adversaire à combattre. “Je pensais mettre un terme à ma carrière, et vivre avec ces douleurs, à défaut de pouvoir les guérir.” Ses proches n’y croient pas un seul instant et la soutiennent.

Passer par ces étapes nous rend quinze fois plus fort

Puis, il y a ce rendez-vous en Allemagne, en août 2019, et ces quatre petites lettres. Un diagnostic et un traitement adaptés plus tard, Audrey Merle est de retour aux championnats de France de triathlon, en septembre 2020, où elle obtient une prometteuse 7e place. Sa présence est une victoire. “Passer par toutes ces étapes nous rend quinze fois plus fort, je ne me fixe aucune limite.” Avec les JO de Paris 2024 en ligne de mire. “Rien qu’une qualification serait déjà une belle revanche sur la vie.

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Consciente que son parcours est une source d’inspiration pour toutes les personnes souffrant de la maladie de Lyme, Audrey Merle se fera, un jour, le devoir de partager ce vécu. Avec ce modèle de résilience, déjà contagieux.

Franck Seguin

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