mercredi 21 avril 2021
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Le véhicule criblé de balles des deux gendarmes (Photo : M.Guyot/L'Essor).
Le véhicule criblé de balles des deux gendarmes (Photo : M.Guyot/L'Essor).

Attentats de janvier 2015 : l’amertume des primo-intervenants

Ils ont été confrontés au pire. Ils sont aujourd’hui amers. La cour d’assises spéciale de Paris, qui juge les attentats de janvier 2015, a entendu les deux gendarmes départementaux qui ont fait face, le 9 janvier 2015, aux frères Kouachi, à Dammartin-en-Goële en Seine-et-Marne.

Après avoir assassiné onze personnes dans l’immeuble de Charlie Hebdo, les terroristes s’étaient évanouis dans la nature.

Au matin du 9 janvier, Mélanie et Francis, deux gendarmes de la brigade de Dammartin-en-Goële, partent en patrouille. Ancien militaire, Francis avait demandé l’autorisation d’emporter un fusil d’assaut Famas, car l’image du meurtre d’Ahmed Merabet, le policier abattu dans la rue juste après l’attentat contre l’hebdomadaire satirique, lui avait fait vivre “un flash-back”. “Je me suis revu à l’armée, dit-il […], c’était tout simplement des images de guerre”. Mais ses habilitations ne sont plus à jour et sa requête sera refusée.

Pour moi, on allait mourir

Tous deux sont donc en train de rouler lorsqu’ils sont avertis de la présence des deux hommes réfugiés dans l’imprimerie. Ils se précipitent sur place. En arrivant, Francis voit un homme qui lui fait des signes par la baie vitrée. Il réalise tout de suite le danger de sa position. “S’ils sortent et arrosent, c’est pour moi. Je repère un seul point de protection pour nous, c’est sur la gauche de la société ”. Il ordonne à Mélanie de le suivre sur le côté.

Chérif Kouachi sort alors et tire sur le véhicule des gendarmes en criant Allah Akhbar. Mélanie ne voit pas le terroriste. “Je ne savais pas d’où ils tiraient, s’ils venaient vers nous […] j’étais dans un état second, je regardais devant moi mais, pour moi, on allait mourir“, explique la gendarme, des sanglots dans la voix. En réalité, Chérif Kouachi est à 3 m de Francis et se tourne vers lui. Repéré, le gendarme anticipe l’ouverture de feu du terroriste et tire à une seule reprise, touchant Chérif Kouachi à la gorge.

Après les attentats, un stress post-traumatique

Le gendarme renonce à faire feu à nouveau en pensant au deuxième terroriste  : “Je me dis que si je tue son frère, il va être en colère et massacrer tous les otages. Pour eux, je ne peux pas le tuer.

Les deux gendarmes se replient alors. Au passage, Francis crève les pneus du véhicule des terroristes pour empêcher leur fuite. Ils attendront 47  minutes l’arrivée du GIGN, en craignant une sortie des terroristes.

Six mois après les faits, Mélanie réalise qu’elle est en situation de stress post-traumatique. “Un objet qui tombe, une porte qui claque, à chaque fois je me retournais pour voir ce que c’était, pendant plus d’un an et demi, ça devenait embêtant, c’était une hypervigilance”, explique-t-elle. Elle n’arrivera pourtant pas à se résoudre à rencontrer une psychologue de la Gendarmerie, par crainte d’être d’être “étiquetée”.

Comme Mélanie, Francis estime ne pas avoir été soutenu par sa hiérarchie. Bien sûr, il a été décoré de la Légion d’honneur par le président de la République. Il a aussi obtenu la médaille de la Gendarmerie, qu’il a refusée dans un premier temps en apprenant que Mélanie ne l’avait pas. “Et puis, elle l’a eue”, ajoute-t-il.

Lire aussi: Attentats de janvier 2015: la gendarme compagne d’un proche d’Amédy Coulibaly à la barre

“Déjà, moi, si je suis patron, je te prends dans les bras. Parce que je sens que t’es secoué, c’est la première chose à faire”, note-t-il à la barre.

“Je ne demandais pas à être félicité. Mais juste un ça va ? tu vas bien ?, c’est pas grand-chose“, ajoute-t-il avant de conclure, amer : “Le suivi, en fait, c’est : vous êtes abandonné.

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