dimanche 18 avril 2021
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Sandra Chirac Kollarik,et Pascal Rouiller, avocats d'un des trois gendarmes mis en cause dans l'affaire Traoré (Photo: DR)
Sandra Chirac Kollarik,et Pascal Rouiller, avocats d'un des trois gendarmes mis en cause dans l'affaire Traoré (Photo: DR)

Affaire Traoré : émotion et vindicte populaire

Ils ont décidé de s’exprimer publiquement sur l’affaire Traoré “pour rectifier les fausses informations qui circulent actuellement”. Les avocats de l’un des trois gendarmes impliqués dans l’interpellation d’Adama Traoré ont pris la plume et dénoncé le “mensonge” que la famille du jeune homme essaie, selon eux, de substituer à “la vérité judiciaire”.

Dans un communiqué publié le 9  juin, Me Sandra Chirac Kollarik et Me  Pascal Rouiller, respectivement avocats aux barreaux de Paris et d’Angers, demandent qui, parmi les manifestants du 2 juin, a eu accès au dossier  ?  ”Les personnes ayant pris fait et cause pour la famille d’Adama Traoré ?”, ou “les personnalités publiques ayant pris la parole dans cette affaire ?”. Pour les avocats, ces personnes se permettent, “contre les évidences, de laminer la vie de trois gendarmes”. Ils rappellent la “violence” que constitue pour leur client –  gendarme depuis onze ans  – “ainsi que pour ses proches, d’entendre et de subir cet acharnement médiatique incessant”.

Mort d’Adama Traoré :“Rétablir les faits et uniquement les faits”

Les deux avocats décident donc de “rétablir les faits et uniquement les faits”.

Ainsi, la fuite d’Adama Traoré, qui s’est effectuée “sous une chaleur de près de plus de 35°C”, n’a pas été de quelques mètres. “Il s’est enfui du premier contrôle d’identité à vélo, puis a couru” avant d’être rattrapé par un gendarme avec lequel il a lutté et qu’il a frappé. Après cet effort qualifié d’“intense” par des témoins, un homme non identifié intervient et permet à Adama Traoré de s’enfuir à nouveau.

“Il parviendra jusqu’à l’appartement d’un témoin – dont les parties civiles n’acceptent pas les déclarations puisqu’il affirme qu’il n’a jamais vu Adama Traoré dans un état pareil, assis devant sa porte et essoufflé  – à qui il va demander de le tirer jusqu’à l’intérieur”, notent les avocats.

Lorsqu’un second équipage de gendarmes le retrouve, dissimulé dans un drap, “ventre au sol avec ses mains cachées”, le fuyard refuse de dégager ses bras, il agite ses jambes.

Pas de “plaquage ventrale”

Les gendarmes ne pratiquent “aucun plaquage ventral” et, “à aucun moment”, ne font “peser le poids de leurs corps” sur le jeune homme. Son essoufflement ne les alerte pas au regard de la course-poursuite et de l’interpellation qui viennent de se produire. Après le malaise d’Adama, les militaires le placeront en position latérale de sécurité jusqu’à l’arrivée des secours.

Les expertises détaillées par les avocats sont terribles pour la version du comité de soutien à Adama Traoré. Elles font toutes état d’une “cardiomyopathie hypertrophique”, d’“éléments d’une crise drépanocytaire”, de “lésions sarcoïdose systémique”, d’une concentration élevée de THC, et de l’“absence de lésions qui attesteraient de violences générées par les appuis de trois corps sur celui d’Adama Traoré”. Sa température corporelle était par ailleurs de “39.2°C plus de deux heures après le décès”. Selon l’une de ces expertises, “le pronostic vital d’Adama Traoré était déjà engagé au moment de son arrivée au domicile du témoin chez lequel il sera interpellé”.

Des contre-expertises sans valeur ?

Quant aux contre-expertises brandies par le comité de soutien, les avocats rappellent qu’il ne s’agit que d’“avis médicaux”, avant de les balayer.

Lire aussi: Lettre d’une “moitié” de gendarme à la soeur d’Adama Traoré

Le premier avis relève en effet “une fracture de côte postérieure qui aurait témoigné d’une compression disproportionnée par les forces de l’ordre”. Pourtant, “il n’y a jamais eu de fracture de ce type, c’est un arc antérieur qui a été touché des suites du massage cardiaque”, rétorquent les avocats. En ce qui concerne le second avis, “signé par l’une des personnes ayant contribué au premier”, d’ailleurs “non spécialiste de médecine légale”, les avocats estiment que “l’on ne peut que s’interroger sur les circonstances de son obtention et de sa diffusion médiatique” en soixante-douze heures, durant un week-end de Pentecôte.

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