L'Essor

2020, une année historiquement basse sur la douloureuse question des suicides

Illustration (Ph: M.GUYOT/ESSOR)

Avec dix suicides déplorés, l’année 2020 se solde par un nombre de drames humains dans la Gendarmerie historiquement bas.

Il est sans doute encore trop tôt pour en tirer des conclusions. Toutefois, la tendance esquissée en 2019 s’est confirmée en 2020. Après une première baisse du nombre de suicides il y a deux ans (21), l’année écoulée s’est à nouveau terminée par une nouvelle baisse. En 2020, seuls dix gendarmes se sont donnés la mort. Un chiffre à comparer au pic de l’année 2018. Trente-trois militaires s’étaient alors suicidés. 

L’évolution du nombre de suicides dans l’Arme sur les neuf dernières années. (Graphique: L’Essor, créé avec Datawrapper; Source: ministère de l’Intérieur)

Attention cependant à ne pas tirer de conclusion trop rapide. “Le suicide, tout aussi grave qu’il est, reste un évènement ‘statistiquement plutôt rare’, soumis à fluctuation”, expliquait ainsi il y a un an la docteure en épidémiologie Gaëlle Encrenaz, à propos de la baisse de 2019. L’année 2018, particulièrement noire, avait inquiété à la direction générale. L’Arme avait organisé une journée de travail consacrée aux risques psycho-sociaux. L’un des risques spécifiques auquel sont exposés les gendarmes? L’exigence émotionnelle, un risque lié à l’activité des militaires, confrontés à des situations complexes, à la misère sociale ou à la violence, selon le capitaine Grégory Clinchamps, psychologue du travail, interviewé dans une vidéo de la direction générale.

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Tous les gendarmes ont “un rôle à jouer” pour prévenir des suicides

Face aux risques psycho-sociaux, “chacun à un rôle à jouer”, relevait dans cette vidéo diffusée en décembre 2020 le général de division Armando de Oliveira, le directeur des personnels militaires. “Une démarche fondée sur la cohésion et la solidarité que nous devons tous les uns aux autres”, ajoutait-il.

Vivant en caserne, les gendarmes peuvent s’inquiéter d’un camarade qui broie du noir. Les conseillers concertation ont par exemple un rôle à jouer, en aidant les personnels en souffrance. Mais les psychologues ou assistants sociaux ont également une action cruciale sur ce sujet. Signe que la formation sur ce sujet doit commencer le plus tôt possible, un cours spécifique de prévention aux risques psycho-sociaux a été mis en place en 2019 au sein du stage national de formation à l’encadrement opérationnel de l’école de gendarmerie de Dijon. Mais les drames de vendredi dernier – deux gendarmes se sont donnés la mort, à Lyon et Toulouse – rappellent tragiquement que, sur ce sujet, rien n’est acquis.

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