dimanche , 13 juin 2021

Violences urbaines (Photo d'illustration/ M.G/L'Essor)
Violences urbaines (Photo d'illustration M.G/L'Essor).

Violences : pourquoi les gendarmes sont-ils différents des policiers ?

Le débat sur les “violences policières”, relancé depuis le tabassage de Michel Zeclerc à Paris par quatre policiers, il y a trois semaines, a mis de côté les gendarmes. Ceux-ci se comportent-ils différemment des policiers lors du maintien de l’ordre ou en sécurité publique ?

Oui, répondent trois sociologues spécialisés dans les forces de sécurité interrogés par L’Essor. Quant au sondage Ifop pour L’Essor, réalisé deux semaines après les violences infligées à Michel Zecler, il révèle une baisse sensible de l’image des policiers par rapport à celle des gendarmes.

Manque de comparaison entre la Police et la Gendarmerie

D’emblée, Fabien Jobard, directeur de recherches au CNRS et Olivier Fillieule de l’université de Lausanne, auteurs de Politiques du désordre (Le Seuil, 2020), font part d’un regret. Que la dualité des forces de sécurité en France “n’amène pas plus souvent une comparaison entre la Police et la Gendarmerie”. Les deux sociologues relèvent que “l’usage de moyens mutilants comme le lanceur de balles (LBD) de défense fut de bien moindre ampleur” en Gendarmerie que dans la Police. Ils citent un rapport du Sénat selon lequel, de 2014 à 2018, sur les 50.000 balles de défense tirées, 2,14 % seulement l’ont été par des gendarmes. Ils notent aussi que chez les policiers, les CRS ne totalisent que 15 % des tirs recensés. Les polices urbaines interviennent, selon eux, avec leurs équipements propres, comme le LBD, prévu initialement pour la légitime de défense “face à des groupes hostiles dans les quartiers difficiles”.

Lire aussi: Un rapport du Sénat confirme nos informations sur l’usage respectif Gendarmerie/Police du LBD-40

Une opinion partagée par Laurent Mucchielli, directeur de recherches au CNRS. Plusieurs facteurs (recrutement, formation, contrôle interne) expliquent selon lui cette différence. D’abord le recrutement, secteur où les chercheurs “manquent d’ailleurs d’éléments sur les modes de sélection”. Le contrôle interne constitue une omerta”, assure Laurent Mucchielli. La formation initiale figure d’ailleurs parmi les “sept péchés capitaux” de la Police recensés par le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin après le passage à tabac de Michel Zecler.

“Une éthique professionnelle, marquée par la discipline”

“Depuis très longtemps j’observe que, chez les gendarmes, il y a une conception de l’éthique professionnelle, marquée notamment par la discipline”, dit par ailleurs Laurent Mucchielli. Il ajoute que “la culture de la force physique et de la virilité est davantage présente chez les policiers que chez les gendarmes”.

Meilleur contrôle de l’usage de la force par les gendarmes

L’objectif d’une force de police dans une démocratie avancée est de trouver les moyens de ne pas tuer et de ne pas mutiler”, assure Sebastian Roché, directeur de recherches au CNRS. L’auteur de La police en démocratie (Grasset, 2016) note qu’“en sécurité publique la Police tue plus que la Gendarmerie”. Il “imagine que les gendarmes contrôlent mieux l’usage de la violence du fait de leur formation et du rôle de l’encadrement local, plus vigilant”. Il voit également une “meilleure intégration dans une structure unique de toutes les unités (de Gendarmerie) que ne le réussit le responsable départemental de la Police avec le kaléidoscope des unités existantes”.

Pour lui, il faut étudier la question du contrôle de l’usage des armes. “L’extension des conditions de l’autorisation de l’usage des armes a correspondu avec une augmentation du nombre des tués par la police”, souligne-t-il. Sebastian Roché ajoute que ce nombre “reste aujourd’hui plus élevé qu’avant cet alignement sur les règles d’usage des armes” par les gendarmes.

Sur la formation, Alain Bauer, professeur de criminologie au Conservatoire national des Arts et Métiers, est catégorique. “Indiscutablement, l’effort engagé par la Gendarmerie en matière de formation n’a pas été compris ni dupliqué par la Police”, disait-il dans une interview au Figaro au début du mois.

Ces différences entre les deux forces de sécurité n’ont pas échappé aux Français. Dans le sondage de L’Essor de 2020, Ils sont 35 % à avoir une “très bonne opinion des gendarmes” mais seulement 17 % concernant les policiers. Il y a quatre ans ils étaient 35 % à avoir une “très bonne opinion des gendarmes” et 25 % pour les policiers.

“L’état militaire conduit a davantage respecter le citoyen”

Pour un grand ancien de l’Arme, ces différences “sont à mettre à l’actif de la Gendarmerie pour sa formation, son encadrement et son état de militaire qui conduisent le gendarme a davantage respecter le citoyen”. Conclusion d’un autre ancien: “Le militaire de la Gendarmerie est astreint aux règles du respect de l’adversaire. Il faudrait que la police s’en inspire“.

Pierre-Marie Giraud

9 comments

  1. Derrière les violences policières vous semblez oublier les vôtres (Adama et autres…) Quelle honte de rejeter la faute sur la police alors que vous faites partie des forces de l’ordre. J’oubliais que la gendarmerie fait partie aussi de la grande muette.

    • il be faut pas.oublier que la police nationale couvre toutes les grosses agglomérations et forcément ce qui inclut la périphérie et tout le.lot de zones à problèmes
      on comprend aisément la difficulté d’avoir a gérer des genres différents et d’user de prévention et de prévention vis à vis de la population.
      la gendarmerie n’est forcément confrontée aux mêmes difficultés dans ses zones de compétences.
      il n’y a pas si longtemps le gendarme pouvait user de son arme après les sommations d’usage.
      je trouve cette comparaison des deux forces malvenue.

    • Pichenet Jean-Hugues

      Absolument d’accord avec les deux commentaires précédents. (Auquel j’ajoute le cas Rémy Fraisse, hein!)

      Concernant les manifs, il y a sans doute du vrai, mais cela à sans doute avoir avec l’emploi qui est fait des gm. Par ailleurs on garde à l’esprit leur extraordinaire passivité face aux coups de poings de Dettinger…, belle illustration selon moi de la doctrine…

      Et oui, plus des forces sont exposées, plus peuvent apparaître des manifestations de violences de la part de ces dernières.
      Voilà toute la différence pour ma part entre la police et la gendarmerie.

  2. Faudrait juste rappeller aux différents lecteurs et chercheurs que la police travaille en milieu urbain avec ses diverses populations et au contraire la gendarmerie reste sur un secteur plutôt campagnard avec une population plutôt hétéroclite.
    Quand on dit que les gendarmes respectent mieux leur population grâce à leur passé militaire, c’est sûrement vrai mais devant l’intolérable en période de guerre civile ou urbaine, je pense que tout homme s’adapte aux gens en face.
    La dernière fois que j’ai accompagné des gendarmes dans le secteur où je travaillais, ils sont arrivés à 5 voitures avec 3 a 4 personnes dans chaque véhicule pour une interpellation, alors que je me trouvais dans le même secteur avec mon adjoint de sécurité. Que l’on se le dise la comparaison entre gendarmerie et police est compliquée, demandez juste aux gendarmes si ils veulent reprendre les villes en responsabilité ou plutôt garder leur bonne image.
    En aucun cas je ne cautionne de qui se passe dans nos rangs mais les gendarmes sont mieux préservés.

    • On part d un postulat corporatiste, la gendarmerie c est mieux que la police, qu on tente de justifier avec des arguments plus que douteux. La vérité c est que la gendarmerie règne sur les zones les paisibles, et chaque fois que la situation se tend, on les bascule en zone police.
      Essor de la gendarmerie = autosatisfecit et vanité, générant une incapacité à se remettre en question.

      • C’est un point de vue, une affirmation, un brin polémique, ce ne sont pas des arguments… Notre conception de la liberté d’expression vous autorise à publier ce commentaire, mais sans convaincre…

  3. Les forces de gendarmerie n’interviennent pas dans les banlieues et quartiers difficiles où intervientla police nationale qui est largement moins bien équipée que la gendarmerie . Arrêtez de faire de la “police bashing” .

  4. La gendarmerie est confrontée dans sa zone d’action à des problématiques similaires à celles de la police et notamment de commissariats situés en zone urbaine à faible densité de population.
    C’est le cas du fait de son implantation à la périphérie de grandes cités, par transfert de zones de compétences ou du fait des migrations saisonnières annuelles vers la montagne ou les plages.
    Elle sait s’adapter aux attitudes de ces populations citadines issues ou non de banlieue et sans que cela défraye, outre mesure, la vie quotidienne.
    Elle y est aussi confrontée par une présence continue à Paris dans le cadre du maintien de l’ordre, voire dans d’autres lieux, ailleurs au titre de la lutte contre l’immigration clandestine comme en zone frontalière, ou actuellement par des réservistes comme à Nantes et d’autres villes de moindre importance de zone de montagne.
    Ainsi que l’expriment les sociologues consultés, sa différence de comportement tiendrait à :
    – une éthique professionnelle marquée par la discipline.
    – un meilleur contrôle de l’usage de la force lié à la formation, au rôle de l’encadrement local.
    – l’effort de formation initiale et continue lors de laquelle est inculqué mais aussi régulièrement rappelé le respect de l’adversaire.
    Il semble que sur les deux derniers points, leur vision soit partagée au sein de la police ainsi que peuvent l’exprimer des syndicalistes.
    Il reste à trouver les conditions d’une objective comparaison entre les modes d’action des deux forces.
    Elles pourraient résulter du maintien de la gendarmerie dans les zones devenues péri urbaines et où il n’apparaît pas que son action soit décriée (Cf. élus de la banlieue toulousaine), voire de lui confier des villes ou des départements où la présence policière mériterait d’être reconsidérée.
    Pourquoi ne pas s’abstraire des poncifs actuels, urbain / rural et rechercher d’autres critères d’une efficacité de la présence assurée, dont celui du respect des rapports de force avec ceux qui dans des populations s’affichent comme des adversaires à l’ordre établi.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


Gratuit : la newsletter de "l'Essor"!

Recevez chaque semaine notre newsletter " Rue Bleue " :  articles inédits, veille sur la presse et infos pratiques

Votre inscription est réussie ! Pensez à confirmer cette inscription dans le mail que vous allez recevoir. Merci.