L'Essor

Violences : pourquoi les gendarmes sont-ils différents des policiers ?

Violences urbaines (Photo d'illustration M.G/L'Essor).

Le débat sur les “violences policières”, relancé depuis le tabassage de Michel Zeclerc à Paris par quatre policiers, il y a trois semaines, a mis de côté les gendarmes. Ceux-ci se comportent-ils différemment des policiers lors du maintien de l’ordre ou en sécurité publique ?

Oui, répondent trois sociologues spécialisés dans les forces de sécurité interrogés par L’Essor. Quant au sondage Ifop pour L’Essor, réalisé deux semaines après les violences infligées à Michel Zecler, il révèle une baisse sensible de l’image des policiers par rapport à celle des gendarmes.

Manque de comparaison entre la Police et la Gendarmerie

D’emblée, Fabien Jobard, directeur de recherches au CNRS et Olivier Fillieule de l’université de Lausanne, auteurs de Politiques du désordre (Le Seuil, 2020), font part d’un regret. Que la dualité des forces de sécurité en France “n’amène pas plus souvent une comparaison entre la Police et la Gendarmerie”. Les deux sociologues relèvent que “l’usage de moyens mutilants comme le lanceur de balles (LBD) de défense fut de bien moindre ampleur” en Gendarmerie que dans la Police. Ils citent un rapport du Sénat selon lequel, de 2014 à 2018, sur les 50.000 balles de défense tirées, 2,14 % seulement l’ont été par des gendarmes. Ils notent aussi que chez les policiers, les CRS ne totalisent que 15 % des tirs recensés. Les polices urbaines interviennent, selon eux, avec leurs équipements propres, comme le LBD, prévu initialement pour la légitime de défense “face à des groupes hostiles dans les quartiers difficiles”.

Lire aussi: Un rapport du Sénat confirme nos informations sur l’usage respectif Gendarmerie/Police du LBD-40

Une opinion partagée par Laurent Mucchielli, directeur de recherches au CNRS. Plusieurs facteurs (recrutement, formation, contrôle interne) expliquent selon lui cette différence. D’abord le recrutement, secteur où les chercheurs “manquent d’ailleurs d’éléments sur les modes de sélection”. Le contrôle interne constitue une omerta”, assure Laurent Mucchielli. La formation initiale figure d’ailleurs parmi les “sept péchés capitaux” de la Police recensés par le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin après le passage à tabac de Michel Zecler.

“Une éthique professionnelle, marquée par la discipline”

“Depuis très longtemps j’observe que, chez les gendarmes, il y a une conception de l’éthique professionnelle, marquée notamment par la discipline”, dit par ailleurs Laurent Mucchielli. Il ajoute que “la culture de la force physique et de la virilité est davantage présente chez les policiers que chez les gendarmes”.

Meilleur contrôle de l’usage de la force par les gendarmes

L’objectif d’une force de police dans une démocratie avancée est de trouver les moyens de ne pas tuer et de ne pas mutiler”, assure Sebastian Roché, directeur de recherches au CNRS. L’auteur de La police en démocratie (Grasset, 2016) note qu’“en sécurité publique la Police tue plus que la Gendarmerie”. Il “imagine que les gendarmes contrôlent mieux l’usage de la violence du fait de leur formation et du rôle de l’encadrement local, plus vigilant”. Il voit également une “meilleure intégration dans une structure unique de toutes les unités (de Gendarmerie) que ne le réussit le responsable départemental de la Police avec le kaléidoscope des unités existantes”.

Pour lui, il faut étudier la question du contrôle de l’usage des armes. “L’extension des conditions de l’autorisation de l’usage des armes a correspondu avec une augmentation du nombre des tués par la police”, souligne-t-il. Sebastian Roché ajoute que ce nombre “reste aujourd’hui plus élevé qu’avant cet alignement sur les règles d’usage des armes” par les gendarmes.

Sur la formation, Alain Bauer, professeur de criminologie au Conservatoire national des Arts et Métiers, est catégorique. “Indiscutablement, l’effort engagé par la Gendarmerie en matière de formation n’a pas été compris ni dupliqué par la Police”, disait-il dans une interview au Figaro au début du mois.

Ces différences entre les deux forces de sécurité n’ont pas échappé aux Français. Dans le sondage de L’Essor de 2020, Ils sont 35 % à avoir une “très bonne opinion des gendarmes” mais seulement 17 % concernant les policiers. Il y a quatre ans ils étaient 35 % à avoir une “très bonne opinion des gendarmes” et 25 % pour les policiers.

“L’état militaire conduit a davantage respecter le citoyen”

Pour un grand ancien de l’Arme, ces différences “sont à mettre à l’actif de la Gendarmerie pour sa formation, son encadrement et son état de militaire qui conduisent le gendarme a davantage respecter le citoyen”. Conclusion d’un autre ancien: “Le militaire de la Gendarmerie est astreint aux règles du respect de l’adversaire. Il faudrait que la police s’en inspire“.

Pierre-Marie Giraud

Exit mobile version